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Desperado - la trilogie du Mariachi

Sans Mariachi, pas de Machete. Mais si la trilogie du pistolero-guitarero a mis le pied de Robert Rodriguez à l'étrier hollywoodien, on ne peut pas dire qu'elle brille par sa cohérence...

Avant Machete, il y avait El Mariachi. Créer des légendes mexicaines, c'est la marotte de Robert Rodriguez depuis ses débuts. Mais lorsqu'il casse sa tirelire en 1991 pour réaliser un film de gunfights avec quelques potes moustachus, il est loin de se douter qu'il dirigera Robert de Niro et Don Johnson vingt ans plus tard... Du premier El Mariachi à Desperado, il y a un monde ; et lorsque Rodriguez sort Il était une fois au Mexique en 2003, l'appellation Desperado 2 laisse peser de sérieux doutes sur le concept de "trilogie du Mariachi" revendiqué par le cinéaste. A l'heure où le musicien a laissé la place au coupeur de membres, tâchons de rassembler les morceaux de cette saga fondatrice...

El Mariachi (1992)


Robert Rodriguez aurait pu appeler son premier long métrage Pour une poignée de dollars. Non pas que le scénario présente un quelconque rapport avec le western de Sergio Leone, mais son budget de 7 000 dollars en fait tout simplement un des films d'action (viables) les moins chers de tous les temps. Avec cette somme ridicule, dérisoire, le jeune réalisateur (23 ans au moment des faits) rassemble une bande d'enthousiastes et sonne le rappel des membres de sa famille (son cousin Alvaro, qui co-écrira plus tard Machete, signe ici une partie de la musique), pour tourner un polar en espagnol sur fond de guerre des gangs mexicaine. L'intrigue suit les pas d'un jeune guitariste au chômage (Carlos Gallardo, coproducteur du film), pris par erreur pour un tueur à gages qui cache ses armes dans un étui à guitare. Poursuivi par de redoutables malfrats à la solde du vilain Moco, le mariachi (que l'on appelle donc El Mariachi) aura fort à faire pour sauver sa peau, mais prendra le temps de tomber amoureux de la barmaid Domino...

Plus que le scénario, c'est le style qui prime chez Rodriguez. Dès ce premier opus, il est clair que la vraisemblance et la psychologie lui paraissent bien moins important que la violence gaguesque et le cadrage qui tue. Usant sans modération de l'objectif grand angle et de contre-plongées acrobatiques, il compense son manque de moyens évident (décors vides, lumières plates, acteurs sans talent) par une énergie débordante et un sens de l'humour qui force la sympathie. El Mariachi est l'équivalent de Bad Taste pour Peter Jackson ou d'Evil Dead pour Sam Raimi : un premier film tourné avec des clopinettes, plein de promesses mais sans comparaison technique possible avec la filmographie subséquente.

Desperado (1995)

Fort du succès en festival d'El Mariachi, et de sa distribution en salles par Columbia Pictures, Robert Rodriguez fait une rencontre qui va marquer le reste de sa filmographie : Quentin Tarantino. Révélé lui aussi tout récemment par Reservoir Dogs et Pulp Fiction, il œuvre dans la même catégorie "violence rigolarde et cinéphilique" que Rodriguez, et constitue en quelque sorte son parrain à
Hollywood. Pour Desperado, premier "gros" film du cinéaste mexicano-texan, rien d'étonnant à retrouver la patte de Tarantino : quelques longs dialogues cocasses, la présence de Steve Buscemi, et surtout Quentin lui-même dans le rôle d'un raconteur de blagues un peu trop bruyant. Mais pour le scénariste-réalisateur (cadreur-monteur), c'est aussi l'occasion de bâtir une famille de comédiens hispaniques qui lui resteront fidèles par la suite : Antonio Banderas, Salma Hayek, Danny Trejo et Cheech Marin tournent tous ici pour la première fois sous sa direction, et le retrouveront plusieurs fois par la suite.

Il faut une dose de bonne volonté phénoménale pour accepter Desperado comme suite d'El Mariachi : le casting est totalement différent (Carlos Gallardo fait une apparition clin d'oeil, mais laisse son rôle au plus bankable Banderas), le style visuel n'a rien à voir (avec son montage parfois inutilement frénétique et ses fondus dans le plan, Desperado est sans doute affligé du montage le plus agaçant de la filmographie de Rodriguez), et le scénario, qui s'inscrit péniblement dans une certaine continuité narrative (El Mariachi veut se venger d'un gars qu'il n'a jamais vu, mouais) n'a résolument pas le même ton que son prédécesseur. Cette fois, l'esprit cartoon prévaut, avec gadgets à gogo (on croise entre autres le pistolet phallique que l'on retrouvera l'an d'après sur Tom Savini dans Une nuit en enfer) et fusillades démentes ; le déroulement de l'intrigue se limite essentiellement à une déclinaison des mille et une façons de tuer un homme, avec les figures de gymnastique associées (un flingue dans chaque main à la John Woo, mort avec salto à la Sam Raimi...). L'humour toujours présent n'est pourtant pas arrivé au degré de folie que le réalisateur trouvera par la suite, et les personnages ne se révèlent jamais assez attachant pour qu'on s'émeuve de leur mort chorégraphiée. En revanche, Desperado compte la seule belle scène de sexe tournée par Rodriguez à ce jour (comprendre par là : non-parodique...).

Desperado 2 : Il était une fois au Mexique (2003)

Huit ans après Desperado, El Mariachi revient. Robert Rodriguez lui donne à nouveau les traits d'Antonio Banderas, et convoque cette fois encore Salma Hayek, Cheech Marin et l'indéboulonnable Danny Trejo (dans le rôle d'un nommé Cucuy, le premier qui rit a perdu). Ambition et budget obligent, le casting s'étoffe
des pointures Johnny Depp et Willem Dafoe, tandis que Mickey Rourke se voit offrir un job au milieu d'une carrière qui bat de l'aile, et que la jeune Eva Mendes hérite d'un de ses premiers grands rôles. Profusion de personnages, multiplication des intrigues (on trouve à nouveau une histoire de vengeance sortie de nulle part, noyée cette fois dans de sombres conspirations politiques mêlées d'espionnage et de grand banditisme), nouveau changement de style visuel (la pellicule cède la place au numérique, utilisé sans heurt esthétique - ce qui est rare)... Cette fois encore, on peine à sentir la continuité avec les films précédents, d'autant qu'au jeu du charisme, Johnny Depp vole aisément la vedette à Banderas et à sa guitare. En agent de la CIA détraqué, Depp parvient à s'attirer la sympathie du spectateur malgré un comportement de parfait salopard, égoïste et meurtrier.

Joyeux foutoir au scénario touffu, Il était une fois au Mexique enfonce le clou de la violence graphique et des gadgets incongrus (dont un qui renvoie à Fantômas se déchaîne !), et possède l'avantage sur son prédécesseur de posséder une galerie de protagonistes dotés d'un réel relief : outre Johnny Depp, on s'attache particulièrement à Mickey Rourke et à son personnage d'homme de main vieillissant et blasé. Le film fait un bide, offrant trop de folie sans afficher assez clairement ses intentions (comédie ? film d'action à volonté politique ?...). Raté mais sympathique, il se rachètera une deuxième vie en vidéo et à la télévision.


La trilogie du Mariachi, comme celle de Mad Max, présente un triple visage étonnant bien que tous ses épisodes soient l'œuvre de la même personne : film amateur pêchu mais fauché, petit film de studio hargneux qui touche une large audience, gros film hollywoodien qui déçoit le public, les trois segments ne s'emboîtent ni sur le fond ni dans la forme. Mais sont des jalons, des indicateurs d'évolution dans la carrière de leur auteur.


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Nico

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1 commentaires

  • Canette Ultra

    24/11/2010 à 10h57

    Répondre

    Sans oublié Enrique Iglesias dans le dernier opus ^^

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