8/10

dernière maison sur la gauche (La) - 2009

Un remake d'une réussite inespérée qui se pose en jolie relecture d'un des films les plus marquants des années 70. Qui l'eut cru ?

Tout comme Massacre à la tronçonneuse, avec lequel il partage l'instrument de découpe lors d'un final mémorable, La dernière maison sur la gauche est un pur produit du cinéma d'exploitation des années 70, Wes Craven, à la différence de Tobe Hooper, n'ayant jamais eu d'autres ambitions que d'accumuler les séquences chocs. Et de choc, La dernière maison sur la gauche en reste un, Wes Craven nous contant par le menu, et sans rien épargner, le calvaire de deux infortunées jeunes filles parties chercher DE LA DROGUE et enlevées par trois voyous affreux sales et méchants, qui eux-mêmes choisiront la mauvaise maison pour se planquer. Refaire un tel film à l'heure où une simple pipe (celle de Tati, hein...) crée la polémique ne manqua donc pas de rendre incrédule, La dernière maison sur la gauche, outre son côté extrême, étant pleinement ancrée dans une époque révolue, vecteur de messages et de mécanismes filmique désormais archaïques. Ceci fait que l'exercice du remake sur un produit aussi typé ne pouvait appeler qu'une relecture complète, chose qu'à plutôt bien saisi le grec Dennis Iladis, chargé de ravaler la façade de La dernière maison sur la gauche et qui s'exécute avec la même réussite que Marcus Nispel au temps du décrassage, propre comme figuré, de Leatherface.

De 1972 à 2009, l'histoire n'a pas changé d'un iota (les puristes diront qu'elle date déjà de Bergman), ou si peu : Mary et Paige FUMENT DE LA DROGUE et se retrouvent embarqués par trois voyous affreux sales et méchants, qui eux-mêmes choisiront la mauvaise maison pour se planquer. Tout cantonné qu'il est à la tâche implicitement ingrate de devoir refaire un classique, Denis Iliadis peut une fois n'est pas coutume tirer parti des trente ans et des poussières qui le séparent de Wes Craven, en évoluant hors de toute volonté de créer le scandale. Pensée différemment, sa dernière maison ne peut être bâtie que différemment, quitte à quitter la gauche pour pencher un poil à droite dans un dernier acte jouissif mais sans ambigüité quant à sa vision de l'autojustice. La première chose qui frappe, habitués que nous étions au grain rugueux de Wes Craven, c'est l'élégance de la réalisation. La jeune Mary nous est ainsi présentée d'emblée dans toute sa dimension sexuelle, érotisée à outrance par la caméra sensuelle d'Iladis, captant ses jambes soyeuses ou sa poitrine naissante au détour d'un plan. Son viol n'en sera que plus dur, tant par l'acte en lui-même que parce qu'il symbolise l'échec du personnage à sortir, justement, de sa situation d'objet de désir. Cette volonté de s'inscrire dans une tradition esthétique du cinéma d'horreur se trahi tout particulièrement par le biais du personnage de Sadie, la femme du trio infernal. Longuement iconisée sur fond de tonnerre grondant, l'actrice acquiert une aura digne des muses du cinéma gothique, au point que sur certains plans, on croirait voir Barbara Steele renaître sous nos yeux.  Quasi seul pont formel entre les deux oeuvres, la poésie macabre qui hantait certains plans du Craven se retrouve logiquement accentuée, le martyr de Paige et Mary s'imprégnant alors d'une étrange mélancolie. 

Conçu tel un crescendo d'images choquantes, La dernière maison sur la gauche trouve en somme un juste contrepoids en ce remake tablant sur une réelle structure dramatique. Fort d'une volonté de réalisme, qui certes tord le cou aux réjouissantes idées bisseuses de Craven -exit la fellation carnassière et les pièges à cons à base de mousse à raser-, Dennis Iliadis apporte quelques rustines bienvenues à une écriture originelle somme-toute assez faible. Avec un film moins brut, plus soft, mais finalement plus cinématographique, Iliadis réussit, presque insolemment, à développer une retenue et une maîtrise du hors-champs qui aurait pu faire office d'affront là où elles permettent les plus beaux instants du métrage. De dentiste, le père de Mary devient médecin. Un détail qui n'en est pas un, permettant une scène toute en pudeur, où, pratiquant les premiers soins sur sa fille, il découvre là le viol dont elle fut victime quelques instants plus tôt.

Reste Krug, dans le trio de tête des psychopathes les plus marquants du septième art. Loin du fou-flippant David Hess, Garret Dillahunt, plus massif et au jeu bien plus rentré, fait montre d'un charisme viril assez inédit, le combat final, où, torse nu, il laisse exploser toute sa violence, lui conférant une dangerosité presque animale. L'acteur ne fait en rien oublier son prédécesseur, mais son Krug est sans rapport avec l'ancien. Ultime preuve de la capacité des deux versions à cohabiter.

D'un remake donné perdant, Denis Iliadis fait une réussite inespérée, dont on ne peut déplorer qu'une dernière scène gore de trop, cassant un peu la noirceur et la tristesse d'un film qui avait su jusque là assumer son style tout en se déchargeant de la moindre tentative d'humour. Un hommage tardif aux excès de Wes Craven, façon Masters of Horror, tentant de ramener plus ou moins adroitement La dernière maison sur la gauche 2009 vers son territoire d'origine. Une réjouissante faute de goût.

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1 commentaires

  • Jade

    24/06/2009 à 00h42

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    Je ne suis pas vraiment d'accord. Le film est à mon avis un échec.
    Sans même faire de comparaison avec l'original, ce qui serait, on est
    d'accord, assez déplacé, vu que celui-ci semble viser une toute autre
    cible, quelque chose cloche clairement.


    Il me semble cependant
    que cette nouvelle version tombe dans tous les écueils qu'elle aurait
    pourtant dû se faire un devoir d'éviter : la volonté de se ranger dans
    la catégorie des films d'horreur/suspens (musique d'ambiance très
    présente, sursauts de caméra) principalement, mais aussi - et entre
    autres - la dramatisation qui est ici la cause de nombreux effets de
    style assez malvenus. Moins de cris, de musique, plus de silences
    (notamment toute la scène dans les bois) auraient été inappréciable.


    On
    pourra toujours dire que ces choix présentent un parti pris, peut être
    de se démarquer du film d'origine qui se caractérisait précisement par
    sa sobriété. Soit. Mais là où y'a pas photo, comme disent les jeunes,
    c'est  justement dans ce que reprend le film de son ancêtre. La
    relation entre le chef des tueurs et son fils est ici bien trop mise en
    avant et explicite, souvent maladroite. Cela est à mon avis dû au
    personnage du père qui est extrêmement verbeux et mal dépeint. Alors que David Hess nous montrait en une scène l'essence du personnage (en éclatant le ballon d'un petit garcon qui se trouve sur son chemin, l'air de ne l'avoir pas même remarqué), ce nouveau méchant ne fait que se perdre en verbillage, et n'est du reste pas très convaincant en tant que figure paternelle ecrasante.


    Tout ca pour dire que si ce remake réussit à se démarquer de l'original, ses défauts en font un film un peu trop marqué par son époque. 

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