7/10

dernier pour la route (Le)

Un film intelligent sur l'alcoolisme qui prend le parti de ne pas stigmatiser les buveurs. On n'est pas sûr que les personnages s'en sortiront, mais les acteurs, eux, arrivent à donner une image plausible de l'affaire.

Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO
Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO

Au cours des premières minutes du film, Hervé a soif. Il boit, avec une certaine parcimonie, bières et verres de vin. Si c'était seulement le petit blanc du bistro, on serait passé sans s'attarder. Mais quand même, dans le train il fait le pied de grue devant le wagon restaurant, impatient de le voir s'ouvrir pour enfin s'enfiler quelques bières. On saisit mieux le malaise du personnage incarné par François Cluzet.

Hervé a décidé de se sortir de son problème d'alcool. Le voyage qu'il entame le mène rapidement, après avoir comblé son manque d'hydratation, à un centre de soins entouré par la nature. Cinq semaines décisives vont alors se succéder. Entre déni de la maladie, acceptation des erreurs passées et peur du lendemain, le pauvre hère est souvent mutique, bien plus que ses compagnons d'infortunes qui tentent tant bien que mal de dissimuler leur détresse en plaisantant.

Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO
Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO
En groupe, on rigole, on s'amuse, puis on apprend à se connaître, à se reconnaître, et finalement on se confie. Les histoires sont moches et dramatiques. On est bien loin de se marrer à chaque scène. Sans aller jusqu'à l'empathie -savoir qu'il s'agit d'un film, même adapté d'une véritable histoire l'empêche- on en vient à s'imaginer pris dans les mêmes tourments. Le mythe de l'invulnérabilité de soi-même en prend un coup.

Quand Mélanie Thierry apparaît, la fragilité en profite pour faire son entrée. Dans son rôle d'écorchée, elle passe tout à tour du besoin d'affection à un déchaînement de violence. C'est la vraie paumée de la bande, celle que l'on ne s'attend pas à voir guérir, si ce n'est en imaginant un happy end hollywoodien. Face à elle, les autres participants semble bien pâles, offrant des caractères plus égaux. Pourtant, tous les acteurs jouent avec une sincérité assez étonnante. Si on a besoin de quelques temps pour comprendre le jeu intérieur de Cluzet, et si celui de Thierry est un peu trop expressif pour être honnête, les autres larrons manient une certaine légèreté dans la gravité.

Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO
Pan-Européenne © Photo Nathalie ENO
Le propos est bien présent dans l'oeuvre de Godeau, à la fois assez bien formulé pour être compréhensible, mais aussi assez discret pour ne pas donner de leçons. Malheureusement, le jeu de la caméra est quant à lui moins bien maîtrisé. On se demande encore comment on peut oser faire trembler l'image de façon aussi amateure pour exprimer le bourrage de gueule. Pour le reste, c'est correct mais sans surprise. Un peu plus de fantaisie aurait pu amener une âme supplémentaire à l'ensemble. Filmer de bons acteurs est une chose, les sublimer sera la prochaine étape.

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

4 commentaires

  • Anonyme

    08/10/2009 à 13h34

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    Filme décevant, ne montrant qu'une petite facette des alcooliques et pas du tout la réalité. Deplus on sort de ce film avec un goût d'amertume de ne pas avoir appris grand chose...

  • Anonyme

    08/10/2009 à 22h12

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    Abstinente depuis 9 ans, soignée en cure dans grand centre très moche mais dirigé par équipe médicale géniale (Marseille), je suis déçue par ce film. Il est assez loin de la réalité. Certes des moments difficiles m'ont peiné mais sans plus. Dommage, j'en attendais plus. Il est vrai que ce sujet est compliqué. Avoir vécu une cure, avoir touché le fonds de la bouteille et s'en être sortie est compliqué à expliquer.  C'est mon avis perso

  • Anonyme

    23/11/2009 à 09h38

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    Je suis une femme qui a vécu cette situation de dépendance à l'acool et qui s'en est sortie, cela fera bientôt 5 ans. Je peux dire à Guillaume dans que mettre " un peu plus de fantaisie"  pour sublimer les acteur aurait été indescent, car dans la maldie alcoolique, il n'y a pas de fantaisie. Je souhaite à Guillaume de ne jamais passer par cet enfer.

  • Anonyme

    14/11/2010 à 22h21

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    Les bons films FRANCAIS se faisant plus que rare depuis quelques années (voire décennies!), il est important de mettre le doigt sur ceux qui sortent du lot : "Le dernier pour la route "en fait partie. Même s'il n'a pas la prétention de se hisser au hit-parade des meilleurs films de l'année, il a au moins le mérite de nous offrir une des meilleures compositions de François Cluzet [déjà excellent dans "Ne Le Dis A Personne"] bluffant dans son rôle d'alcoolique sur le chemin de la guérison. C'est dans un jeu plein de sobriété de justesse et de force, qu'il nous démontre combien il est difficile de se débarasser du vice de la dépendance et de se tenir éloigné de ces démons intérieurs. Les autres comédiens plus transparents et rôles vraiment secondaires, ont un peu plus de mal à ne pas tomber dans la caricature ou le ridicule (à qui la faute?) et sont probablement les fruits d'un casting hasardeux et peu inspiré. Un film sur la réalité d'un fléau de société qui mérite toutefois le détour. A voir...

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