8/10

dernier gang (Le)

Un retour impressionnant sur l'affaire criminelle qui a marqué la France des années 80 : les braquages du Gang des Postiches.

Vincent Elbaz en chef de gang, Cédric Klapisch avait prouvé que c'était possible dans Ni pour ni contre (bien au contraire). Si le film n'avait que moyennement convaincu, Elbaz se vit offrir une seconde chance en interprétant le rôle d'André Bellaïche, chef du Gang des Postiches dans les années 80. Sauf que son personnage dans le film s'appelle Simon Toledano, et qu'il n'a jamais été prouvé que Bellaïche ait été le chef de... blablabla, mentions légales pour se laver les mains. N'empêche que l'intrigue, bien que probablement romancée, est essentiellement tirée d'une histoire vraie et plutôt récente.

Simon (Vincent Elbaz) et son pote Casa (Sami Bouajila) sont à la tête d'une bande de potes qui ont pour la plupart passé leur enfance à Belleville. Le Juif et l'Arabe s'entendent à merveille, et réalisent quelques hold-ups audacieux pour la beauté du geste. Tout se complique lorsque Simon rencontre Julie (Clémence Poésy), la femme de sa vie...


"Allume le chauffage, enfoiré !"
Pour être honnête, il n'y avait pas grand chose à attendre de ce Dernier gang. Non pas que le casting fasse peur, mais quand on voit que le réalisateur est crédité jusqu'ici d'un Yamakasi, d'un XXL et d'un Bimboland (eh oui, quand même), on doute de sa capacité à traiter un sujet du calibre du Gang des Postiches. Quant à la promotion du film, elle faisait étalage de visuels commentés avec une rare bêtise : « Son premier gun », « Tant de billets à la fois », « Le temps de la provoc »... La surprise est de taille à l'arrivée, puisque Le dernier gang est tout simplement un des meilleurs films à l'affiche en cette fin d'année...

Pas de surprise fondamentale à chercher du côté du scénario, puisque tout est puisé dans l'histoire de André Bellaïche (qui a participé à l'écriture) et de ses amis. L'affaire est encore dans les esprits de la plupart des gens, même ceux qui étaient encore jeunes dans les années 80 : les bandits déguisés en curés ou en militaires dévalisaient des banques par dizaines, braquant souvent deux établissements dans la même journée. Leur témérité insensée les faisait passer pour des cow-boys modernes et leur attirait la sympathie de l'opinion publique, malgré les quelques drames occasionnés (plutôt rares étant donné le nombre de leurs casses). Cette sympathie, Ariel Zeitoun la recrée à merveille, largement aidé par Vincent Elbaz et ses comparses, notamment l'incroyable Guillaume Viry et son phrasé inimitable... L'identification aux personnages marche à fond, et l'urgence Lellouche est louche (facile)
Lellouche est louche (facile)
de la mise en scène dès le début du film permet d'embarquer pour deux heures d'action et de suspense au rythme sans cesse plus intense, qui laisse les mains moites par son réalisme et son efficacité ; une prouesse d'autant plus remarquable que les faits relatés sont étalés sur plusieurs années. Le choix d'une réalisation "à l'ancienne", à l'image granuleuse comme un film des années 70-80, n'est sans doute pas étranger à cette réussite. Cette mise en scène sans fioriture, à l'exception d'une utilisation un peu trop systématique de flashbacks inutiles, rend justice aux personnages et à leurs actions, sans juger mais en faisant clairement pencher le cœur du spectateur vers les braqueurs et leur insouciance.
Si les membres du gang sont incontestablement bien brossés, on remarquera que le commissaire Milan interprété par Gilles Lellouche bénéficie également d'une belle épaisseur, bien que son personnage soit inventé (certes à partir d'éléments de plusieurs policiers ayant enquêté sur l'affaire).

Pour peu qu'on pardonne au film une fin un peu expédiée, on lui accordera l'immense mérite de proposer une plongée vibrante au cœur de l'affaire criminelle la plus exaltante du paysage français des années 80. Un beau voyage dans le temps et une percée remarquable d'Ariel Zeitoun dans le cinéma qui se regarde.

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