Dernier étage gauche gauche : les huissiers s'indignent

Dernier étage gauche gauche, demain dans les salles, exhibe fièrement son affiche depuis près d'une semaine dans les lieux publics français. Mais la Chambre Nationale des Huissiers Français entend faire retirer son affiche qui constitue
selon elle « un trouble manifestement illicite qu'il convient de faire cesser immédiatement » (illicite, ah bon ?) et « porte atteinte à l'intégrité physique des Huissiers de Justice. [...] Il est clair au premier coup d'oeil que le personnage représenté par Hippolyte Girardot la bouche baillonnée, allongé dans une baignoire est celui d'un Huissier de Justice, et qu'il s'agirait de la façon dont il convient de recevoir tout Huissier de Justice, en portant atteinte à son intégrité physique. [...] Les Huissiers de Justice souffrent d'une image dégradée et le sous-titre "Cité Villon, on sait recevoir les Huissiers" sous la photographie de cet homme baillonné est d'une extrême gravité qui légitime la façon dont il faut recevoir les Huissiers de Justice. »

La Chambre Nationale des Huissiers Français vient d'assigner en référé les sociétés de production (Tu Vas Voir et Kasso Inc) et le distributeur (Memento Films), en exigeant le retrait de l'affiche et le paiement de 10 000€. On se demande bien au nom de quelle loi les huissiers pourraient obtenir gain de cause...

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16 commentaires

  • Islara

    16/11/2010 à 19h27

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    Ce n'est pas for­cé­ment évident pour les non-ju­ristes mais il est clair que leur ac­tion a carrément des chances d'abou­tir.


    Au nom de quoi ? Et bien entre autres me vient à l'esprit :


    - pro­vo­ca­tion et in­ci­ta­tion à la sé­ques­tra­tion (les huis­siers sont de plus en plus vic­times d'agres­sion donc c'est assez crai­gnos une af­fiche comme ça) ;


    - at­teinte à la di­gni­té hu­maine par la même oc­ca­sion ;


    - stig­ma­ti­sa­tion d'un groupe pro­fes­sion­nel avec pré­ju­gés à la clef.


    Quant à la no­tion de "trouble ma­ni­fes­te­ment illi­cite" c'est le terme ju­ri­dique em­ployé par le Code Pro­cé­dure Ci­vile et l'une des 2 condi­tions au­to­ri­sant une ac­tion en ré­fé­ré (pro­cé­dure ra­pide). D'où le fait qu'ils uti­lisent cette ex­pres­sion. L'illi­céi­té re­sulterait des élé­ments ci-des­sus. La liberté d'expression s'arrête quand elle devient délictuelle, c'est un peu la suite logique de l'idée : "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres".


    Evi­dem­ment, il y a bien sur des ar­gu­ments en dé­fense.

  • riffhifi

    16/11/2010 à 19h53

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    Je vois les arguments grâce à toi, mais je les trouve carrément indéfendables. Incitation à la séquestration ? C'est une simple affiche de film, qui annonce explicitement le contenu de son intrigue, sans violence excessive me semble-t-il (en tous cas il y a bien pire). Atteinte à la dignité humaine ? C'est un acteur bâillonné, qui pose en toute connaissance de cause. Stigmatisation d'un groupe professionnel ? On est mal barré si on va par là : combien de films véhiculent des clichés ? Aussi préjudiciables soient-ils, je ne vois pas comment on pourrait condamner les clichés en justice. Je n'ai rien de personnel contre les huissiers, mais pour le coup je trouverais navrant (et inquiétant) qu'ils obtiennent gain de cause.

  • Guillaume

    16/11/2010 à 20h08

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    Ce qui me surprend, c'est plutôt qu'on puisse croire que le cinéma modifie les mentalités. Même des films super engagés et super violents n'ont jamais eu d'impact avéré. Alors ce petit film, je doute


    Par contre, si j'étais habitant d'une cité s'appelant Villon, entre deux poèmes, je m'insurgerais car on me fait le coup habituel de la cité qui ne sait répondre que par la violence.


    Et je parle en toute ignorance car je n'ai évidemment pas vu le film

  • Anonyme

    16/11/2010 à 23h56

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    Je trouve tout aussi indigne de s'offusquer d'une simple affiche sans avoir vu  le film en question. C'est affligeant, ça en devient presque pathétique la façon dont les gens s'indignent et crient au scandale pour la moindre phrase, la moindre image. Cette paranaoia collective aboutit à une auto censure et une aseptisation de notre société...

  • nazonfly

    17/11/2010 à 09h19

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    Quand je pense que la Poste était contente de servir de décor à Bienvenue chez les Chtis...


    En tout cas, d'après le synopsis du film, l'histoire est loin de brocarder les huissiers ou les gens des cités...


    Mais ça me fait penser à la censure sur le dernier album de Saez représentant une femme dans un caddie. Censuré dans le métro parce que donnant l'image de l'objet à une femme. Parfois j'ai l'impression que les gens ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

  • Islara

    17/11/2010 à 10h31

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    En toute honnêteté, je n'étais pas au courant de cette histoire de caddie et je découvre avec plaisir que ça a été censurée.  Franchement, mon coeur saigne à chaque fois que je vois des affiches comme ça, dégradante pour les femmes. Les ravages terribles de millénaires de misogynie sont encore très présents même dans notre société. Et cette tendance à vouloir "inférioriser" les femmes existera toujours (il y a quelques mois, un ado de 14 ans n'hésitait pas à dire sur un forum dont je taierais le nom que "les femmes étaient inférieurs aux hommes" mais que "les hommes avaient besoin des femmes").


    Sinon, il est clair que la question de cette affiche est délicate et je ne sais franchement pas ce que je déciderai si j'étais à la place des magistrats.  Trouver le juste équilibre entre les différents Droits de l'Homme est un exercice très difficile. Quoi qu'il en soit, cette action de la Chambre des Huissiers ne me choque pas. Ils ont eux aussi le droit de s'exprimer (même si c'est pour râler ^_^). Que chacun puisse râler (même si ce n'est pas à juste titre) donne lieu à une réflexion et c'est ce qui fait qu'une société avance.

  • nazonfly

    17/11/2010 à 11h21

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    Là je me fends d'un LOL.


    En ce qui concerne Saez, son but c'était justement de dénoncer la marchandisation des corps, notamment celui de la femme.

  • el viking

    17/11/2010 à 12h25

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    ça me fait penser à un de mes profs, qui analysait Friends et ce genre de série... Il expliquait que l'homme avait le pouvoir, mais un peu à l'état brut. La femme, elle, avait le pouvoir du sentiment. C'est pour ça qu'au final, c'était elle qui avait le gain de cause, car elle influençait les actions de l'homme, et obtenait au final ce qu'elle voulait...


    Il est trop fort ce prof, quand même... Celui qui lit àtravers les sériestélé US...

  • Islara

    17/11/2010 à 13h00

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    Là je me fends d'un LOL.


    En ce qui concerne Saez, son but c'était jus­te­ment de dé­non­cer la mar­chan­di­sa­tion des corps, no­tam­ment celui de la femme.


    Et c'est pourquoi, (j'ai fini par me renseigner sur cette histoire), il a volontairement accepté de retirer cette jaquette suite à l'action en justice. D'ailleurs, j'ai cru comprendre que ce n'était pas lui qui avait fait la jaquette.


    Donc pourquoi te moquer de moi ?  Les anti-censures sont parfois les moins ouverts d'esprit...

  • gyzmo

    17/11/2010 à 14h13

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    ... et vice versa


     

  • nazonfly

    17/11/2010 à 14h33

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    Islara, je ne me rappelle pas d'une action en justice, mais d'une censure dans le métro.


    Le 'LOL' était sans doute exagéré, mais je vois difficilement comment une telle image, accompagnée du mot "J'accuse" peut être pris autrement que comme un message "revendicatif". (comme le dit Saez, on s'émeut beaucoup moins d'une photo de femme à poil en 4X3 pour un soutif) : http://www.dailymotion.com/video/xci3vl ... 3-10_music). Comme je vois difficilement comment on peut penser qu'avec l'affiche plus haut, on puisse penser que c'est une incitation à la violence contre les huissiers (d'autant plus que le métier d'huissier est souvent brocardé et ça ne date pas de ce film).

  • Islara

    17/11/2010 à 14h52

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    Je suis bien d'accord avec toi sur ce point que bien d'autres images ou affiches mériteraient qu'on s'insurge.  Mais ce n'est pas parce que certaines passent entre les mailles du filet qu'on ne doit jamais rien dire.


    Pour l'action, je ne sais pas s'il y a eu un référé comme pour les huissiers, ou si c'était d'abord des plainte des associations.  J'ai bien compris en revanche que ça concernait uniquement le métro. Quant au mot censure, je ne sais pas s'il est vraiment adapté. La censure implique l'arbitraire, sans débat, sans explication. On est loin de cette situation.


    Quant à la jaquette, que j'ai finie par voir, elle n'est pas si claire. Je n'y connais vraiment rien en musique en ce qui me concerne : si j'avais vu cette affiche, je n'aurais pas immédiatement compris qu'on parlait d'un chanteur (je l'aurais compris seulement en voyant zénith), et je ne suis vraiment pas sûre que j'aurais compris que  le chanteur dénonçait la société de consommation.


    Mais au final, le fait qu'il y ait eu cette "censure" qui vous désole tant n'aura fait que donner une pub supplémentaire au chanteur et à son message donc c'est très bien. C'est même à se demander s'ils n'ont pas fait exprès de la provoc pour se faire de la pub...

  • Luz

    17/11/2010 à 18h04

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    Moi aussi cette affiche me gène : un homme séquestré, et tout habillé?


    On ne respecte plus rien de nos jours...

  • gyzmo

    17/11/2010 à 18h14

    Répondre




     

  • Guillaume

    19/11/2010 à 14h38

    Répondre

    Pour saez je ne connais pas la teneur de l'album mais si ça parle de la marchandisation de la femme, ça ne me choque pas que le visuel corresponde, même si ce n'est pas vraiment très fin.
    Là où je peux m'offusquer c'est quand des enseignes vont vendre des petits pois à l'aide d'une femme peu vêtue dans une pose sensuelle. Que le produit soit présenté par quelqu'un de souriant ça peut sembler légitime, mais il y a un palier où l'on espère seulement faire diversion, et là on devient objet puisqu'on ne vend plus la boite de petits pois, mais la femme.

  • Luz

    19/11/2010 à 16h22

    Répondre

    Mieux vaut une boite de p'tits pois, qu'un p'tit pois tout seul !

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