8/10

dernier empereur (Le)

Film méticuleux sur les âmes tourmentées au milieu d'une histoire compliquée, il s'en dégage des notes douces et sensibles. Une fresque bien orchestrée sur un ton minimaliste. Beau sans aucun doute mais pas trop. Excellente bande son.

Il est des destins aussi phénoménaux que maudits dans la lignée quasi éteinte des rois du monde. C'est une de ces périodes de l'histoire que se propose de nous raconter Bernardo Bertolucci dans cette fresque de plus de deux heures livrée aux petites salles sombres en 1987. Ce film marquant et très instructif d'une période lointaine et peu éclairée fera les beaux jours du réalisateur en tout cas. Il se permettra d'enchaîner avec Little Buddha quelques années plus tard, apparemment particulièrement sensible à la vie volée des puissants de cet ancien monde enfermés dans leurs tours d'argent et d'or.

Un beau jour de 1908, Pu Yi se voit arraché à sa mère pour rejoindre ce qui sera sa nouvelle maison, une cité interdite rouge et jaune alors déjà symbole de la chute impérialiste et de la montée du communisme. Jeune enfant rieur et impétueux, il se transforme petit à petit en empereur fantoche puis en un jeune homme qui commence à se rendre compte de son emprisonnement dans un système dont il n'est que le jouet. Après de nombreux déboires politiques suivis de sa nouvelle nomination en tant qu'empereur de Manchukuo (ex-Manchourie), son alliance avec les Japonais le fait devenir traître de la république populaire de Chine aux yeux de son ancien peuple. Il se retrouve donc dans un camp de réhabilitation qui le délivrera de tous ses complexes de supériorité et d'infériorité lesquels ont eu le temps de bien se mélanger. Il finira sa vie jardinier de la ville de Pékin.

Si l'histoire est exemplaire et représente plus de soixante ans d'histoire de la Chine, le traitement choisi par le réalisateur italien n'en est pas moins intéressant. Outre l'utilisation connue du flashback multiple parallèle à l'interrogation de prisonnier, les différents tableaux que les diverses périodes parcourues par la caméra représentent sont peints d'une main particulièrement experte. Alors que la solitude et le dénuement se juxtaposent au développement d'un enfant roi de ses désirs, le rouge de la cité impériale pose des couleurs ternes et des touffes d'herbes parcourent les pavés d'un monde abandonné. Puis vient le temps de l'opulence démesurée et moderne de la fin des années folles dans les milieux expatriés de la Chine moderne. Et enfin le dépouillement des prisons populaires et des vestiges d'un passé militaire douteux et difficile. Toutes ces belles images servent un propos intense et définitivement inconnu pour la plupart du monde qui peuple les salles de cinéma et les aires d'autoroute. Il en ressort une définition bien réaliste d'un passé tumultueux et les information se bousculent au milieu des sentiments refoulés et des désirs d'un enfant éduqué par les intrigues et les doutes.

A ce niveau les acteurs s'en sortent d'ailleurs à merveille. Entre un John Lone à la fois inexpressif et blessé qui ne communique ses émotions qu'avec de grands yeux glacés et un Peter O'Toole intense et impérial qui délivre une sagesse sans âge à travers de petits gestes et regards foudroyants de bon sens et de compréhension, il ne manque pas grand chose de talentueux. Joan Chen que l'on retrouvera dans Twin Peaks quelques temps plus tard en riche héritière aux abois, est ici d'une présence incroyable. On la regarde évoluer comme dans un songe sous les traits d'une impératrice remplie d'une âme trop importante pour être contenue dans un corps si exigu. On arrive facilement à aimer toutes ces personnalités réunies par les acteurs et ajustées par le réalisateur prouvant de l'efficacité de la direction de ces avant derniers par ce dernier. La couleur qui manque ainsi à l'image se détermine dans les actions de ces symboles qui cachent leurs émotions de leur mieux dans un corps qui ne leur appartient plus.

Là ou l'on apprécie encore plus Le dernier empereur c'est lorsque l'on s'aperçoit que la fresque ne semble pas être un effort narratif ou graphique de chaque instant. Il semble presque couler dans l'air comme un air de fatalisme qui pose une ambiance calme et détachée malgré de nombreux éléments historiques et autant de sentiments qui se contredisent. Et c'est lorsque l'histoire n'est plus que celle des hommes que l'on se laisse bercer par ses méandres. Le tout en est du coup légèrement longuet mais rarement ennuyeux laissant à ceux qui savent le droit de savoir et ceux qui regardent l'envie de voir plus. Au final un très bon mix probablement teinté d'un peu trop de bons sentiments mais qui semble d'une honnêteté admirable. Un bon biopic pour éviter la version abrégée du livre dont le film est tiré. Parfait avec un bon feu de bois et des idées plein la tête. Mention spéciale pour la bande originale qui rappelle les meilleures compositions du cinéma asiatique.  

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