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dents de la mer (Les)

Phénomène de mode en 1975, Les dents de la mer apparaît avec le recul comme un film assez mineur dans la filmographie de Spielberg. Historique, mais mineur.

Roy Scheider est mort cette semaine. Si son nom apparaît au générique de près de 80 films, on se souvient de lui essentiellement pour deux rôles qu'il a tenus dans les années 70 : celui du partenaire de Gene Hackman dans French Connection, et celui du shérif Brody dans Les dents de la mer (et dans sa première suite). En 1975, la sortie du film traumatisa les spectateurs, certains développant même une phobie de la baignade marine...

Amity Island, destination touristique par excellence, est la proie d'un requin mangeur d'hommes. Martin Brody, chef de la police locale, tente de convaincre les autorités de fermer les plages, mais il se heurte à un refus : on ne ferme pas la porte aux profits. Il devient alors urgent de partir à la pêche au gros.

Jaws, littéralement « Les mâchoires », n'est pas tant un film sur les requins ou la mer qu'un film sur l'angoisse de l'inconnu. En d'autres termes, ce n'est rien d'autre Feu Roy Scheider
Feu Roy Scheider
qu'un remake aquatique du célèbre téléfilm réalisé peu de temps avant par Spielberg : Duel. Dans les deux cas, il est question d'une menace invisible, féroce et obsessionnelle, auquel le héros est confronté lorsqu'il s'aventure dans un territoire qui n'est pas le sien, et qu'il ne peut vaincre qu'en acceptant les règles de ce nouveau milieu. Avec ses 71 minutes et son personnage quasiment seul à l'écran, Duel (1971) était d'une intensité et d'une précision exemplaire. Jaws, en revanche, affiche deux heures au compteur et une galerie de personnages assez unidimensionnels, le plus important étant le chef Brody, torturé par son incapacité à protéger les vacanciers du monstre marin. Le film tourne autour des angoisses de cet homme ordinaire, peu habitué aux situations de crise, obligé d'endosser une responsabilité et un risque énorme pour être en paix avec lui-même ; on remarquera qu'il est le seul à traquer le requin pour sauver les victimes potentielles : tous les autres le font pour l'argent, pour l'aventure, pour la science... sans parler de ceux qui tentent d'éluder le problème pour continuer à faire de l'argent (on retrouvera le même type de trame dans les Jurassic Park près de vingt ans plus tard).

On l'a répété un nombre incalculable de fois, la grande habileté de Spielberg dans ce film consiste à miser sur le suspense plus que sur l'horreur : les massacres commis par le requin sont presque tous suggérés, le plus connu étant le premier, Va te baigner, ça va te requinquer.
Va te baigner, ça va te requinquer.
celui de la jeune fille quasi-nue ballottée à droite et à gauche par le requin (hors-champ) d'une façon qui sera reprise par Christophe Gans dans l'ouverture du Pacte des Loups. Le requin ne commence à apparaître qu'à la moitié du film, et ne se montre en gros plan que dans la dernière demi-heure. La raison de cette parcimonie n'est pas seulement le talent de Spielberg (qui n'en était certes pas dénué mais manquait également de maturité à plus d'un titre), mais surtout l'avalanche de problèmes techniques affectant la marionnette du requin. Affectueusement surnommée Bruce par l'équipe, la bestiole animée n'avait été testée qu'à l'air libre, et passait son temps à se détraquer sous l'eau. Au bout du compte, Spielberg utilisa un simple mannequin de requin dans plusieurs plans, d'où l'aspect particulièrement moche de la créature dans la scène finale. Une scène si kitsch qu'elle ruinerait presque l'impact des trois premiers quarts du film, et même les premières apparitions si fugaces et bien amenées de la bête. Heureusement, on retient surtout de l'ensemble les séquences marines exaltantes, la musique ultra-culte de John Williams, le travelling compensé sur Roy Scheider lorsqu'il est témoin de sa première attaque de requin... Spielberg a déjà le sens du spectacle et du suspense, et Les dents de la mer se regarde avec plaisir malgré son impact considérablement amoindri aujourd'hui. Néanmoins, on remarque que le réalisateur refusa de tourner la moindre suite malgré les propositions alléchantes du studio. Il avait probablement compris qu'un seul film suffisait très largement à faire le tour du sujet.

Des suites, il y en eut trois : Les dents de la mer 2 (le genre de titre qui réjouit autant le Français que Saw VI) en 1978 montrait Martin Brody de nouveau aux prises avec un requin, le 3 (1983), filmé en relief, mettait en scène Dennis Quaid dans un parc d'attraction aquatique et Les dents de la mer 4 - La revanche (1987)
partait d'un pitch particulièrement imbécile selon lequel le fils du requin du premier film voulait accomplir une vengeance personnelle contre la famille Brody (sur l'affiche, on peut lire : « This time it's personal »). Mais la mode de l'animal marin mangeur d'homme ne s'est pas arrêtée à la franchise Jaws : sans prétendre à l'exhaustivité, on citera Les mâchoires infernales (1975), Tintorera - Du sang dans la mer (1976), Tentacules (1976), Orca (1977), Piranhas (Joe Dante, 1978), La mort au large (1980), Piranha 2 (James Cameron, 1981)... Sans compter le retour de la vague (désolé) dans la deuxième moitié des années 90 : Cruel Jaws (1995), Deep Blue Sea (1998), Shark Attack (1999), Lake Placid (2000), Shark Attack 2 (2001), La nuit des requins tueurs (2001), Shark Attack 3 : Megalodon (2002)...

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2 commentaires

  • Anonyme

    17/02/2008 à 14h38

    Répondre

    Ah les dents de la mer!!!!!


    Encore un film qui vous marque. On trepigne le soir ou il passe a la télé et la cassette est prete dans le magnetoscope. On sursaute a chaque attaque de requin, on regarde tous les détails pour ne rien rater. On le regarde bien des années après avec toujours le même enthousiaste et on s'apercoit qu'on avait oublier certains passages. Certes les differents bonus nous aprennent que le film a été un calvaire pour spielberg (problemes technique,equipe crevée...) et que le requin aurait du etre plus present a l'ecran.Mais finalement,ca a peut etre été favorable au film car le monstre reste enigmatique jusqu'a la fin ou il est vrai qu'il a une sale gueule.


    Allez un film qu'on a tous vu et qui reste en mémoire.

  • hiddenplace

    17/02/2008 à 14h50

    Répondre

     Les dents de la mer 4 - La revanche (1987)

    partait d'un pitch particulièrement imbécile selon lequel le
    fils du requin du premier film voulait accomplir une vengeance
    personnelle contre la famille Brody (sur l'affiche, on peut lire: « This time it's personal ») 


    >


    Notons que je ne suis jamais allée plus loin que le premier opus, et en plus j'étais bien trop petite pour le voir^^ En lisant ce magnifique pitch, je crois que j'ai bien fait. 


    Sinon ça me fait bizarre de me souvenir de quelques extraits (je ne l'ai pas revu depuis la seule et unique fois où je l'ai vu, je devais avoir 5 ou 6 ans , non non mes parents ne sont pas indignes, c'est moi qui suis un peu chieuse sur les bords, surtout quand le lendemain y a pas école^^) et rien que quand tu évoques la jeune fille ballotée par le requin hors champ, j'en ai encore froid dans le dos. 


    Pour ça, je devrais dire que c'est un film remarquablement efficace, même si je suis quasiment sûre que je ne le regarderai plus jamais jamais . J'ai vraiment été traumatisée à l'époque, et j'ai peur de l'être encore la prochaine fois que j'irai me baigner^^ Musique vraiment très forte de John Williams, tellement que j'ai aussi bien du mal à l'écouter encore aujourd'hui^^ 


     


     

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