8/10

Démineurs

Mis sur le devant de la scène grâce aux Oscars, Démineurs revient à la vie après une existence en salles des plus courtes. Un grand oublié de nos colonnes, malgré une somme de qualités inhabituelle pour un film de ce genre.

Passé quasiment inaperçu aux yeux du grand public, le film a néanmoins fait son petit bonhomme de chemin parmi les professionnels, pour finalement aboutir sur une série de récompenses plutôt impressionnantes. Sans compter qu'il est maintenant le principal concurrent d'Avatar à la course aux Oscars, alors que son budget doit atteindre un montant environ vingt fois inférieur à celui-ci. Inconsidéré, Démineurs l'a certainement été au début de sa carrière. Sa nouvelle notoriété, portée par son parcours critique, lui prédit une seconde vie en DVD et Blu-Ray, plus ou moins importante selon ses résultats aux Oscars.

Démineurs prend place au début de l'année 2003, alors que les Etats-Unis sont une nouvelle fois englués dans un affrontement direct avec l'Irak.
Le film de guerre n'est pas une nouveauté, encore moins sur le conflit américain / irakien des trente dernières années, mais quelques réalisateurs ont su y donner un nouveau visage ces dernières années, notamment Redacted de Brian De Palma, et Mensonges d'état de Ridley Scott. Démineurs a une vocation assez proche : film de guerre, oui, mais d'un point de vue très différent du soldat de base. Comme son nom l'indique, l'idée sera de suivre le quotidien trépidant d'une équipe de déminage.
Pas de conflit de masse, donc. Juste un trio de personnages, voués non pas à l'affrontement direct, mais à la préservation de la vie humaine. En ce sens, il ne faut pas s'attendre à une effusion de sang ou à des scènes de fusillades nerveuses, bien que le film comporte son lot d'affreusetés indissociables de la guerre. L'exemple le plus parlant est cette scène centrale, où l'équipe de déminage est prise pour cible par un petit groupe de tireurs isolés. Si l'événement n'a rien de la grosse scène d'action typée, la pression est palpable, dérangeante, s'étire en longueur pour mieux cultiver le suspense pesant de la situation. Le film dans sa globalité s'attaque aux tripes, par ce biais. La moindre erreur est fatale, tout est question de précision et de patience. Une dualité interne à l'équipe de déminage renforce cette impression de précarité : alors que le démineur est au plus proche de la bombe, à entretenir son calme et sa logique, le reste de l'équipe garde un œil constant sur l'environnement, les nerfs à vif, attentif au moindre mouvement suspect.
L'originalité du film lui octroie le loisir de s'attacher notre intérêt pendant toute sa durée, mais elle n'est néanmoins pas son unique attrait. La première phrase présentée nous amène à dire que Kathryn Bigelow, la réalisatrice, va une nouvelle fois s'attarder sur un des thèmes chers à sa filmographie : l'addiction au danger, aux situations extrêmes. « La guerre est une drogue », tels sont les mots utilisés en ouverture de ce long métrage. Le personnage principal de Démineurs est une tête brûlée, une mentalité inconsciente ne vivant que par son métier. Bigelow effleure cet état d'esprit, ne cherche pas à l'expliquer, et l'intègre au paysage sans en faire réellement un moteur scénaristique - même si le conflit entre les membres de l'équipe sera une constante. Le film n'a pas besoin de ça, et pourtant sa finalité n'en est que plus forte.
Car à l'inverse de beaucoup de récits de guerre, Démineurs présente des hommes n'existant que par la guerre, qui en tire un but, une force de vivre, une individualité. Ce simple fait s'additionne au malaise ambiant ressenti pendant le film, et lui confère quelques kilos de complexité supplémentaires, à discuter au-delà de la séance.
Choix quasiment évident, Kathryn Bigelow opte pour une réalisation à la documentaire. Elle alterne les types de caméra, multiple les changements de profondeur de champ, les zooms hasardeux, les angles établis à la va-vite, les tremblements « de terrain ». Le film y gagne son esthétique, assez commune tout en étant judicieuse, et renforce son côté terre-à-terre. La musique n'est pas excessivement présente, elle souligne l'action par ses notes répétitives, dans le but tout à fait louable d'augmenter le suspense et la pression exercés sur le spectateur. Tous ces traits de caractère ont évidemment plus d'impact sur le grand écran que sur le petit, mais le film n'en perd pas pour autant de sa superbe maîtrise et de son réalisme.

Sur un sujet vaste et usité, à savoir la guerre en Irak, Démineurs parvient à proposer un nouvel angle de vue très intéressant et convenablement maîtrisé par la réalisatrice Kathryn Bigelow. Aucun artifice superflu, le film se veut réaliste et oppressant, n'utilise ses têtes d'affiche (Ralph Fiennes, Guy Pearce, Evangeline Lilly) que pour mieux les rabaisser. Une manière de mettre en valeur les hommes de l'ombre, injustement considérés ? Quoi qu'il en soit, avec son budget plutôt maigre, Démineurs est incontestablement un des films majeurs de l'année 2009, à ne pas rater en DVD / Blu-Ray.

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Mac (Le)

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23 commentaires

  • gyzmo

    02/03/2010 à 21h12

    Répondre

    Venant de la part de la réalisatrice de Point Break et Strange Days, il aurait été étonnant que ce film ne soit pas marquant. Tout est très bien maîtrisé : le suspens, la tension (la scène du snip planqué), le casting, la violence... Ce film est une bombe.

  • LrEvets

    04/03/2010 à 09h40

    Répondre

    merci pour cette découverte, je n'en avais même pas entendu parler...jpense pas qu'il soit sorti en salle en belgique.

  • Nicolas

    08/03/2010 à 12h03

    Répondre

    Très bonnes attributions, pour la plupart méritées.

  • riffhifi

    08/03/2010 à 14h14

    Répondre

    Personnellement, j'aurais bien aimé que District 9 reparte avec un petit quelque chose... Tant pis !

  • Lestat

    08/03/2010 à 14h33

    Répondre

    Les oscars "techniques" sont globalement pour Avatar,c'est assez cohérent.


     Très content pour Démineurs.


     

  • Wax

    08/03/2010 à 14h48

    Répondre

    Ouaip, Démineurs meilleur film je sais pas mais meilleure réalisation c'est clairement mérité.

  • Anonyme

    08/03/2010 à 17h34

    Répondre

    Je suis désolé pour Avatar , mais bon ça reste de la science-fiction , il a pas la force tragique de "Démineurs" qui est basé sur des faits existants , après je sais pas si meilleur film c'est mérité ...

  • Wax

    08/03/2010 à 17h51

    Répondre

    Je suis dé­so­lé pour Ava­tar , mais bon ça reste de la
    science-?fic­tion


    Argh!

  • Lambègue

    08/03/2010 à 20h27

    Répondre

    Je suis ravi de mon coté qu'Avatar n'ait pas tout rafflé. Science fiction ou pas, sorti de l'image, c'était mauvais.

  • Anonyme

    08/03/2010 à 21h48

    Répondre

    J'aime beaucoup la science-fiction . Mais bon Avatar c'est Pocahantas dans les étoiles ..

  • Lambègue

    08/03/2010 à 21h56

    Répondre

    Ne sois pas de mauvaise foie ; dans les étoiles ET en bleu.


    Ca change rien ; sauf que le bleu c'est franchement ridicule dans le contexte.

  • Wax

    08/03/2010 à 23h33

    Répondre

    @Kovacs: c'est pas une raison pour sous-entendre que la SF est un genre inférieur. Avatar n'est pas la SF à son meilleur j'en conviens volontiers.


     

  • Anonyme

    09/03/2010 à 19h28

    Répondre

    @Wax: Non , me fais pas dire ce que je n'ai jamais sous-entendu . Comme je l'ai déjà écrit j'aime beaucoup la SF , mais je préfère un blade runner par exemple à avatar . Et Kovacs mon pseudo c'est le héros d'un roman de SF lol ...

  • Anonyme

    09/03/2010 à 20h16

    Répondre

    coup de coeur ? oscar ? ben ça ! en quoi ce film est-il éligible à la statuette ?


    scéario presque nul, ça craint


     

  • Wax

    09/03/2010 à 20h32

    Répondre

    Mea culpa, je trouvais que la formulation était méprisante. Je me suis trompé. Avatar est je trouve un spectacle réussi mais assez creux, ya bien mieux en SF effectivement (dont évidemment Blade Runner, grand grand film)...


    Et les romans de Richard Morgan c'est vachement bien aussi ('fin en tous cas celui que j'ai lu)

  • Anonyme

    09/03/2010 à 23h10

    Répondre

    Il y a pas de soucis

  • pastis-mirabelle

    10/03/2010 à 01h18

    Répondre

    Kovacs n'est-il pas également le vrai nom de Rorschach (Watchmen) ?

  • Anonyme

    10/03/2010 à 11h51

    Répondre

    @pastis-mirabelle: Oui ! J'avais oublié . Watchmen est sans doute le meilleur comics jamais publié , enfin pour moi .

  • pastis-mirabelle

    10/03/2010 à 12h18

    Répondre

    Je suis assez d'accord sur ce point. 

  • kou4k

    10/03/2010 à 19h28

    Répondre

    Takeshi kovacs ? (faudra que le je squatte a mon pote ce bouquin un jour...)


    Perso, Pas vu le film de Sandra Bullock, mais j'ai un peu du mal avec cette actrice, même si elle n'est pas aussi fade qu'une Liv Tyler...


     


    Dans la photographie, District 9 mérite 100 fois le titre, bien devant avatar, très classique sur ce point (quitte à rester dans la SF)

  • nazonfly

    11/03/2010 à 10h29

    Répondre

    Faut pas dire du mal sur Liv Tyler. Elle est quand même largement moins fade que Maggie Gyllenhal ou Kirsten Dunst . Et puis elle est jolie avec ses yeux bleus et ses oreilles pointues.

  • el viking

    11/03/2010 à 11h57

    Répondre

    c'est vrai que c'est la fille du chanteur d'Aerosmith?

  • hiddenplace

    11/03/2010 à 20h50

    Répondre

    Oui, El viking [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/smile.gif"%20border="0[/img])


    Sinon je trouve que Maggie Gyllenhal et Kristen Dunst sont mimis, moi ! (faut dire que j'aime bcp Entretien avec un vampire et Marie Antoinette, où K Dunst est loin d'être fade, je trouve)

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