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Delicatessen

Delicatessen n'est sans doute pas le plus connu des films de Jeunet, mais il est l'un des plus essentiels par sa poésie et son humour grinçant.

Delicatessen : selon Wikipedia, c'est un type de magasin d'alimentation ou de lieu de restauration qu'on pourrait traduire par charcuterie ou épicerie fine selon le contexte. Dans un univers post-apocalyptique où la viande se fait plus que rare, la boucherie de Clapet, joué par Jean-Claude Dreyfus (aka Monsieur Marie), sert pourtant toujours de bons morceaux de viande à ses voisins, ses seuls et uniques clients. Ceux-ci ne sont pas dupes sur la provenance de la viande : les accidents sont si vite arrivés, surtout chez les nouveaux venus de l'immeuble. A la suite d'un nouveau malheureux accident, Louison débarque à la recherche d'un petit boulot.

L'escargot et la boîte à Meuh

L'oeil était dans la poubelle...
L'oeil était dans la poubelle...
Louison est joué par l'un des acteurs fétiches de Jean-Pierre Jeunet, Dominique Pinon. De Delicatessen à Micmacs à tire-larigot en passant par Un long dimanche de fiançailles, il a été de tous les longs métrages du réalisateur, ainsi que du court Foutaises. Il faut dire qu'il est un de ces acteurs qui ont ce qu'on appelle une "gueule", une tronche pas croyable et un physique particulier qui lui permettent de s'imposer à la fois dans l'humour, le sentimental ou le fantastique. Son personnage de clown romantique, spécialiste de la scie musicale, joue ainsi sur tous les registres, et il est peu dire qu'il excelle dans ce rôle. Evidemment, il est bien accompagné par une galerie de personnages tous plus extravagants les uns que les autres : une dépressive suicidaire apparemment fan de The Incredible Machine, deux fabricants de boîtes à Meuh ou encore un éleveur d'escargot et de grenouille. Sur la description de ces personnages tous plus mémorables les uns que les autres, on ne peut que rapprocher Delicatessen des autres œuvres de Jeunet (et de Marc Caro, co-réalisateur sur ce long métrage comme sur La cité des enfants perdus).

Orgasmes et troglodistes

Jouer de concert
Jouer de concert
Malgré un décor glauque et moite, servi par des couleurs sursaturées principalement composées d'ocres (grâce au travail notamment du directeur de la photo Darius Khondji qu'on retrouvera d'ailleurs dans Se7en), le duo de réalisateurs crée un univers enchanteur et poétique, bien que parfois inquiétant. Les troglodistes qui habitent les égouts et dont les desseins sont inconnus apportent une touche angoissante au film, même si c'est le boucher qui engendre la terreur avec son redoutable hachoir. Clapet met ainsi tout l'immeuble au diapason, notamment dans une scène géniale où les grincements du lit du boucher (bien aidé par sa femme jouée par Karin Viard) vont mettre au pas le reste de l'immeuble jusqu'à l'explosion finale. Cette scène n'est d'ailleurs pas sans annoncer les multiples orgasmes vus par Amélie Poulain au dessus des toits de Paris. Mais la patte de Jeunet se retrouve surtout dans l'humour et la poésie, omniprésents dans le film. La rencontre entre cet ancien clown et la fille du boucher complètement myope est ainsi à la fois drôle et touchante. Leur concert à deux clôt d'ailleurs le film de belle manière.

De tous les points de vue, Delicatessen est une superbe réussite de Jeunet et Caro. Un mélange poétique et subtil d'humour, d'amour et d'horreur. Servi par une brochette de comédiens et de personnages, le film préfigure la suite de la carrière de Jeunet avec son goût pour les mouvements répétitifs, pour les petits détails poétiques, pour la musique d'une France surannée.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

1 commentaires

  • riffhifi

    21/10/2009 à 15h14

    Répondre

    Delicatessen fait partie de cette poignée de films déterminants qui sont à la source de ma passion pour le cinéma. Je l'ai découvert à l'époque où La cité des enfants perdus sortait au cinéma, et j'ai eu l'impression de découvrir un monde parallèle. J'ai dû notamment user la vidéocassette à voir et revoir le prégénérique et le générique


     

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