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Deal : entente & mésentente (Le)

Si Meg Ryan est une routarde de la comédie romantique, ce n'est pas le cas du discret William H. Macy, qui donne tout son sel à ce petit film sympathique sur les coulisses d'Hollywood.

Le nom et le visage de Meg Ryan sur une affiche évoquent instantanément une comédie romantique : Quand Harry rencontre Sally, Nuits blanches à Seattle, French Kiss... depuis la fin des années 80, la blondinette n'est guère en compétition qu'avec Julia Roberts pour le titre de vedette longue durée de la rom-com. Bien que Le Deal appartienne au genre, il faut bien avouer que l'intrigue se concentre moins sur l'amourette que sur la peinture au vitriol d'Hollywood, et que la star n'est pas Meg Ryan mais William H. Macy, un acteur inestimable mais peu vendeur, ce qui explique sans doute la sortie direct-to-dvd du film. Dommage, car Macy gagne à être connu : les spectateurs d'Urgences se souviennent de lui comme du médecin-chef Morgenstern, mais une mémoire plus exercée permet de le resituer dans Fargo, Magnolia, Pleasantville... Il a également tenu des rôles
centraux dans la comédie Mystery Men, le thriller Edmond de Stuart Gordon, et dans une satire d'Hollywood appelée Séquences & conséquences en 2001 ; rien d'étonnant à ce que Le Deal soit sous-titré en français Entente & mésentente, car il présente un air de parenté évident avec son aîné.

Charlie Berns (William H. Macy) est un producteur au chômage, solitaire et dépressif, qui n'a pas eu de contrat depuis plusieurs années. Un jour, deux évènements simultanés produisent en lui un déclic : d'une part, son neveu Lionel (Jason Ritter) lui soumet naïvement un scénario consacré au premier ministre anglais Benjamin Disraeli, et à ses actions politiques à la fin du XIXème siècle ; d'autre part, la star d'action black Bobby Mason (LL Cool J, en pleine autoparodie) lance un appel à « scénarios juifs » après sa conversion au judaïsme. Charlie se lance alors dans une odyssée de baratin et de je-m'en-foutisme, surfant sur les lobbys et jouant avec la bêtise de ses interlocuteurs sous le regard effaré de Deirdre Hearn (Meg Ryan), chargée de développement au sein du studio.

Axée autour d'un personnage insaisissable, l'intrigue peut dérouter : Charlie ne lit pas une ligne des versions successives du scénario, il passe son temps à s'empiffrer aux frais des investisseurs et à faire du plat à Deirdre qui lui rappelle régulièrement qu'elle est fiancée... Sorte d'équivalent hollywoodien du Raoul Duke de Las Vegas Parano, il administre la production d'un film sans jamais s'y intéresser, rudoie la vedette en lui rappelant que personne ne s'intéresse à son
jeu d'acteur déplorable, et ne se fait aucune illusion sur la qualité de ce qu'il tourne : des scènes de fusillade sur fond de musique traditionnelle juive, sous l'œil d'un rabbin (Elliott Gould) chargé d'être le conseiller technique de cette vaste pantalonnade. Mais au fil des scènes, on s'attache à Charlie et à son air désabusé, à ses sourires tristes et son audace délibérément stérile. Bien entendu, le flirt qui lie à Meg Ryan est un des nerfs de l'histoire, mais l'évolution de leur relation se tisse en filigrane des évènements, à mesure que la production se dégrade. Le résultat est fin et léger, pas hilarant mais souvent amusant, et aurait bien mérité de se frayer une place dans les salles de cinéma cet été (ou l'été dernier, ou celui d'avant, car le film a été bouclé début 2008). Ne serait-ce que pour permettre à William H. Macy, acteur mais aussi coscénariste du Deal, de se faire mieux connaître chez nous.

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