8/10

The dead don't die

L'ouverture du festival de Cannes s'est fait cette année avec un film de zombies. C'est assez exceptionnel pour être noté ! Certes le réalisateur est Jim Jarmush mais on vous en fait la chronique.

J'avoue. De Jim Jarmush, je n'ai vu que Dead man mais ce film m'a retourné et je le regarde encore de temps à autre avec plaisir. J'avoue. J'aime aussi les films de zombies, que ces derniers soient lents, rapides, qu'ils soient le “reflet de notre société” ou juste des éléments du décor.

Quand j'ai appris que Jim Jarmush allait sortir, pour Cannes, son film de zombies, il était donc normal que je sois fortement intéressé. Et quand en plus, j'ai pu découvrir le casting cinq étoiles (Steve Buscemi, Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton mais aussi RZA, Selena Gomez, Tom Waits ou Iggy Pop), il était hors de question que je rate le film !

Après 1h43 de pellicule ou plutôt de fichier numérique, que dire de cet étonnant film de zombies ? Tout d'abord, et c'est une évidence, Iggy Pop, 72 ans, fait un zombie véritablement crédible, il déambule au fil du film avec le même talent qu'il met à se déhancher sur scène. Iggy Pop est indéniablement l'une des réussites de The dead don't die comme, du reste, l'ensemble du casting des seconds rôles : Selena Gomez en jeune urbaine hipster, Steve Buscemi en redneck raciste, Danny Glover en magasinier un peu perdu ou Tom Waits en ermite hirsute. Ces personnages traversent le film comme autant de fantômes du cinéma, des légendes pour certains que l'on a plaisir à retrouver ici dans des rôles mineurs mais toujours bien troussés.


Tom Waits, ermite éclairé DR.

Bill Murray, élevé au rang de légende de premier rang depuis plusieurs années, promène la mélancolie qui semble désormais lui coller à la peau dans un environnement en complète décadence. Pourtant rien ne semble pouvoir le départir de son flegme de flic de petite ville, ce qui donne une grande partie de la coloration au film. Film de zombie certes, The dead don't die est surtout un film lent, presque contemplatif, une comédie horrifique où l'horreur et l'humour semblent rester à distance comme si Jarmush avait peint une pâle aquarelle de Shaun of the dead. Pour l'assister dans son œuvre et assister Murray dans son rôle de policier, Adam Driver amène lui aussi nonchalance et pessimisme de bon aloi. Et pour qui ne l'avait vu que dans le rôle de Kylo Ren dans Star Wars, on se rend compte que, cette fois, sa personnalité semble parfaitement coller à son rôle. Ne restent, parmi les personnages principaux, qu'évoquer une Tilda Swinton qui traverse le film avec un rôle encore plus en décalage que les autres, un personnage incompréhensible mais délicieux dont le départ ahurissant et étonnant aura fait partir un spectateur de la salle, sans doute déçu par ce film de zombies qui ressemblent plus à P'tit Quinquin ou à Twin Peaks qu'à The night of the living dead ou 28 jours plus tard.


Bill Murray et Adam Driver en sauveurs de l'humanité DR.

Car, oui, au final, The dead don't die est aussi un film de zombies avec tout le cortège de lieux communs que l'on connaît. Les morts vivants se déplacent lentement et finalement submergent par leur nombre les héros, même si ces derniers sont à peine plus vivants que des zombies. Ils bouffent de la chair et démembrent des gens. Et surtout, comme l'a inventé Romero dans Dawn of the dead, ils errent dans la ville et hantent les lieux qu'ils avaient l'habitude de visiter. Ainsi se pressent-ils autour d'un magasin de bricolage, comme nos concitoyens s'y pressent le samedi, en répétant à l'envi « Tools » car les zombies de Jarmush sont dotés d'assez de parole pour émettre un mot, celui qui les obsède après la mort et les obsédait sans doute de leur vivant. On voit, par exemple, une vieille ivrogne répéter « Chardonnay », une jeune fille « Fashion » ou plusieurs zombies, le smartphone levé, scander « wifi » dans une scène véritablement drôlatique. Rien de bien original, rien de bien révolutionnaire, rien de bien plus revendicatif qu'un film de zombie classique, d'autant plus que la cause de la zombification est liée au changement climatique, lui même conséquence de l'industrie. Cette critique légère de la société est amenée sans véritable finesse mais l'essentiel du film est sans doute ailleurs puisque Jarmush signifie lui-même avoir voulu s'amuser en faisant The dead don't die. Et le spectateur s'y amuse lui aussi à une condition, cependant : être client de ces films décalés aux personnages tous plus piteux les uns que les autres.


Iggy Pop en zombie DR.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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