7.5/10

Dancer in the dark

Ice land cream

La lumière décline dans la salle de cinéma. L'écran reste désespérément noir. Une musique surgit des ténèbres. Un thème symphonique lancinant qui inspire désespoir et force. Puis virevolte un feu follet islandais qui rompt la glace et illumine l'écran pendant plus de deux heures. Björk.

Immigrée tchécoslovaque dans l'Amérique profonde des années 60, Selma Jezkova (Björk) est une mère célibataire qui travaille dans une usine. Une vie dure, dépouillée, rythmée par un rude labeur qui laisse peu de répit et peu de rêves. La vie semble s'acharner sur la pauvre Selma qui souffre d'une maladie qui la rend aveugle chaque jour un peu plus et qui menace de cécité son fils, à terme . Selma se bat contre la dure réalité qui la frappe continuellement et réussit à y échapper par moments en se réfugiant dans son imaginaire...

Après Breaking the Waves et les Idiots, Lars Von Trier achève sa trilogie sur le sacrifice, l'amour, le don de soi par un drame musical composé, chanté, dansé et porté par son interprète principale: la merveilleuse Björk.
Lars Von Trier est à l'origine du Dogme avec d'autres réalisateurs danois. Un style de mise en scène qui privilégie le jeu des acteurs, l'authenticité par l'emploi de la vidéo et d'une réalisation épurée, sans fioritures. Cette manière de filmer tremblotante, façon docu en rebute pas mal. Pour Dancer in the Dark : pas de changement. Lars tourne caméra à l'épaule, avec des zooms et gros plans approximatifs, des va-et-vient déstabilisants. S'il filme souvent chichement, il utilise jusqu'à 100 caméras digitales (pour les parties dansées et chantées) qui prennent au vif les acteurs sous de multiples angles.

Suivant une caméra réaliste et brutale, le spectateur assiste impuissant à la descente aux enfers de Selma et souffre avec elle. On éprouve à son égard compassion et empathie, d'où une foule d'émotions qui s'entrechoquent à la vision du film. Lars Von Trier use (et abuse ? ) du pathos larmoyant et racoleur, Télérama parle même de « pornographie des sentiments ». Mais, le cinéaste venu du froid n'est pas échaudé par ce genre de critique. Il cherche à interpeller, à prendre aux tripes, à mettre à nu. Il porte un regard cru sur la société et l'homme qu'il s'agisse d'injustice, d'amour, des conditions de vie des ouvriers, du système judiciaire, de la peine de mort (...)

Malmenée par une vie âpre, une fatalité aveugle, Selma s'expatrie dans « La mélodie du Bonheur », que ce soit dans la pièce qu'elle joue et chante parmi une troupe théâtrale d'amateurs, ou dans les comédies musicales de son enfance. En effet, la dernière échappatoire de Selma demeure dans la parade et les pirouettes libératrices de son imagination. Tout (son) est prétexte pour s'évader : les bruits des machines de l'usine, d'un train, des pas. Selma se crée un monde tout en musique, chansons et couleurs pour suppléer la réalité insupportable. Elle trouve ainsi asile dans une forme de folie salvatrice. Les échappées oniriques qui parsèment le film offrent de magnifiques chorégraphies (signées Vincent Paterson) et chansons. De véritables moments de grâce donnés sans retenue par Björk. Elle donne toute son énergie, sa fragilité, sa force et sa générosité à Selma. Elle lui donne, en fait, corps et âme. Et beaucoup d'amour. Les compositions musicales de Björk originaires de son univers extra ordinaire et magique s'accordent parfaitement à la personnalité de l' êtr'ange Selma en marge d'une humanité dénaturée et inhospitalière.

Malgré le combat acharné de Selma pour sauver son fils, on peut se rebeller (à notre tour) contre la résignation finale de Selma quant à son propre sort. Elle semble se complaire dans son rôle de victime fatale promise au sacrifice.
Cependant, le film ne se révèle pas aussi désespéré et pessimiste sur l'humanité et la vie car Selma met en avant le don de soi, l'abnégation par amour. L'amour, l'imagination, l'expression artistique (dont le cinéma, ici, est un parfait exemple) servent de remparts et de refuges stables et sûrs. La magie de l'enfance (dont l'imaginaire sans borne se déploie en chacun de nous) et l'innocence de l'enfance (représentée par le fils de Selma et la parcelle enfantine de Selma) demeurent aussi des sanctuaires contre l'hostilité environnante.

En dépit de quelques longueurs, et d'un pathos fortement appuyé , Dancer in the Dark n'a pas volé sa Palme d'or et son prix d'interprétation féminine pour Björk au Festival de Cannes 2000. Dans cette oeuvre cruellement humaine, Björk habite littéralement son personnage avec une performance intense et poignante. Elle compose aussi une fantastique bande originale dans laquelle tout son univers sonore rejaillit.
Du cinéma lacrymal et viscéral d'une grande beauté. On adore ou on déteste.

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6 commentaires

  • Protos

    17/09/2004 à 00h00

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    C'est un film à part, comme sait le faire Lars von Trier, du genre artistique musicale.
    Björk y est époustoufflante de talent, autant musicale (les fans se régaleront des parties musicales, comme la scène du train, inoubliable) qu'en tant qu'actrice. Malgrès quelques longueurs, l'histoire plonge progressivement dans la noirceur sans pénitence, condamnant l'innocence à la potence, ponctué par de brêves lueurs d'espoirs.

    Un film que l'on oublie pas dans l'essentiel, l'ayant vu à sa sortie, il y a trois ans de cela .

  • KalistoR

    23/09/2004 à 00h01

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    On adore ou on déteste.
    Tels sont les derniers mots de damoiselle Selena. Pour la critique, je choisis la première option car la plume savère fort jolie et de surcroît bien maîtrisée. Pour le film, je reste plus nuancé et pense que lon peut apprécier, tout simplement.
    Un chef duvre serait un mot bien trop fort à mon sens. Disons que Lars von Trier nous a fait un tour de force à sa manière et que la palme dor à Cannes na pas été volée. Mais que serait Dancer In The Dark sans Björk? Et là réside tout mon étonnement. Je suis loin dêtre un fan musicalement parlant de celle que lon nomme la fée islandaise, au risque den choquer plus dun(e). Pour certains, ses chansons sont envoûtantes, pour dautres, comme moi, elles insupportent.
    Mais voilà, je navais pas encore écouté Björk dans le noir total dune salle de cinéma, avec pour seul rythme celui des souffles impatients des spectateurs. Comme Selena ces minutes du tout début mont paru une éternité, à la fois apaisante et inquiétante. Et elle est apparue. Et elle a enchanté la toile géante qui se dressait devant moi, pendant près de 2h30. Mon esprit sest retrouvé contemplatif devant cette absence de prosaïsme. Du mouvement, des couleurs, de lémotion (au diable la pornographie des sentiments), du style. Si jajoute que la scène finale du châtiment ma arraché une larme, je risque de faire rire plus dun bougre qui me connaît mais quimporte... Finalement, Björk fut ma fée, lespace dun instant.
    Néanmoins, puisque rien nest jamais parfait, une petite réserve est à émettre sur la qualité de limage car lemploi de la caméra numérique ma laissé un souvenir visuel fort désagréable.

  • Marsi

    10/02/2005 à 12h39

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    Je n'avais entendu que du bien de ce film et comme il était réalisé par Lars Von Trier, je ne pouvais que m'en réjouir! Pourtant je n'ai pas aimé pour les raisons suivantes, malgré l'excellente prestation de Björk:

    ***SPOILERS***

    Je trouve qu'il est difficile d'entrer dans un drame puis de switcher vers une comédie musicale sans casser l'authenticité de l'histoire. En fait c'est surtout le scénario qui m'a déçu, pourquoi la justice n'a-t-elle pas vu que le voisin était endetté jusqu'au cou, pourquoi ne voit-on pas la défense de Selena lors du procès, pourquoi Selena veut-elle éviter le stress de la vérité à son fils quant à sa maladie alors qu'elle lui inflige de devenir orphelin, pourquoi Selena refuse-t-elle de dire la vérité pour sauver sa vie et la vie psychologique de son fils (où est l'Amour finalement dans son choix) ????

    Pour moi je préférais de loin "Breaking the waves", "Festen" et "Les Idiots"

    David

  • KalistoR

    10/02/2005 à 15h50

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    Marsi, la pauvre petite Selena n'y est pour rien dans cette histoire, tu répètes plusieurs fois son nom dans ton argumentation. Tu fais une confusion entre Selma (l'héroïne jouée par Björk) et Selena, notre modératrice, auteur de cette critique...

  • ousta

    12/02/2005 à 22h04

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    Moi jai trouvé ce film sublime, génialement interpreté, parfait en gros. L'histoire est d'une tristesse incommensurable, probablement l'un des films qui m'a fait verser le plus de larmes.

  • Anonyme

    16/02/2005 à 18h26

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    Alors moi j'ai trouvé ce film génial!
    Et vraiment à la fin quand la trappe s'ouvre ..... j'ai eue l'impression de partir avec elle, il m'a fallut un certain temps de réaction avant de réaliser que ce n'était pas Walt Disney et qu'elle était bien morte....

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