9.5/10

Crying Freeman

Quand la violence et la poésie croisent le fer avec brio... Crying Freeman est d'une beauté à verser une larme.

Une thématique « Quand votre coeur fait boum ». En voilà une idée saugrenue, surtout que Hartley coeurs à vif n'a rien à faire en cinéma. C'est donc un de mes premiers coups de coeur cinématographiques (adapté du manga du même nom) que je vais vous faire découvrir ici. Un film qui joue sans cesse sur les mélanges et les croisements : dualité violence/beauté mais aussi rencontre des univers occidentaux et orientaux.

Yin et yang

Crying Freeman fait partie de ces films qui dégagent une certaine classe, une atmosphère spécifique. Sans doute en partie grâce à un personnage central sombre et lumineux à la fois, chez qui l'éros et le thanatos sont sensiblement mêlés. Le cinéma regorge de ces situations où la mort et l'amour se rencontrent et s'entrecroisent. On peut penser à Eric Draven, dans The Crow, écorché vif revenu des morts, aimant toujours Shelly, sa petite amie assassinée. Ou encore aux Bonnie and Clyde d'Oliver Stone, Mickey et Mallory Knox (Tueurs Nés). Christophe Gans, avec Crying Freeman, nous propose un nouvel exemple d'un amour impossible et mortel : Yo est un tueur millénaire, tombé amoureux d'une femme qu'il doit supprimer. Mais, encore plus que la passion, c'est une sensibilité qui guide les pas de Yo. Ses meurtres d'une violence poétique s'accompagnent toujours de larmes. Force et faiblesse. Beauté et horreur. L'un des moments marquants du film est d'ailleurs l'assassinat d'un patron de la mafia, dans son restaurant italien. Le crime commis avec un poignard, arme passionnelle par excellence, tandis que des pétales de fleurs volent, est tout simplement d'une beauté stupéfiante et participe à la symphonie macabre de Yo.

Cette fusion contre-nature est magnifiée par l'image, la photo et le son du film. Christophe Gans donne, en effet, à Crying Freeman un esthétisme classieux qu'on retrouvera, avec plus ou moins de réussite, dans Le pacte des loups ou Silent Hill. Les gestes lents de Yo qui arme son arc, le tableau peint par Emu O'Hara, la scène angoissante chez la sorcière, autant de détails qui sont partie intégrante de l'âme du film, mélange réussi des extrêmes.

A la rencontre de trois mondes

De mélange il en est aussi question dans la trame même du scénario. Crying Freeman est une rencontre de trois mondes, bien différents. D'un côté, le monde des Yakuzas, la mafia japonaise qu'on ne présente plus, un monde rutilant de voitures, d'armes automatiques. D'un autre, la Chine millénaire, celle des Dragons, membres d'une confrérie ou animal fantastique, la Chine de la sorcellerie, des mystères. Le triangle se ferme avec l'Occident, les Etats-Unis pour être précis, qui n'a pas franchement le bon rôle dans cette histoire. Par peur d'une guerre des gangs, l'Inspecteur Neetah à la moralité douteuse va se retrouver coincé entre ces deux parties d'Orient, grain de sable rocailleux comme la voix du méchant parfait, Tchéky Karyo. Au milieu de ce maelström et sublimant sans doute ces trois mondes, Yo et Emu sont un point de rencontre des différentes cultures, dans le film comme du reste dans la vie réelle (Mark Dacascos aux origines métissées est marié, depuis le film, avec la craquante Julie Condra). Autour d'eux tomberont les hommes et les femmes, frêles papillons fauchés en plein vol. L'amour vaincra-t-il la haine et la mort ? Rien n'est écrit.

Crying Freeman, histoire d'un amour impossible d'un tueur et de sa victime, en plein milieu d'une guerre qui les dépassent, est un superbe monument d'une poésie et d'un esthétisme magnifiques, une ode à la beauté, malgré les morts, malgré le sang, malgré la mort.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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