8/10

Critique Oliver Sherman

A chaque nouvelle guerre, des films pleuvent sur le sujet. Qu'ils décrivent l'enfer du quotidien des batailles, qu'ils glorifient les soldats, qu'ils dénoncent l'absurdité de la chose, les cinéastes ont parfois fait preuve d'imagination pour traiter de manière différente le même sujet. Mais bon, il faut bien dire qu'après les clones de Platoon, de Voyage au bout de l'enfer ou Il faut sauver le soldat Ryan on commençait à avoir fait le tour de la chose et il fallut donc se renouveler.

 


DR.

 

Un film qui sait ne pas en faire trop.

Dans Oliver Sherman, on retrouve le thème de Né un 4 juillet, c'est-à-dire celui du traumatisme d'un soldat après la guerre. Et la comparaison s'arrête là. L'histoire tourne autour de trois personnage : Sherman Oliver (et oui c'est l'inverse), Franklin Page, qui lui a sauvé la vie durant la guerre, et sa femme Irène. Sherman n'a jamais réussi à se remettre de l'enfer de la guerre et, pour une raison qui restera floue, y compris pour l'intéressé, il va voir son sauveur qui lui, a reconstruit sa vie avec femme, enfant, et barbe de bucheron. Le film se focalise alors sur la rencontre de ces deux mondes incompatibles et incapables de se comprendre mutuellement.


Garren Dillahunt
L'essentiel de l'action se situe dans une petite ville rurale d'un coin indéfini, avec son bistrot, sa bibliothèque municipale, son supermarché et surtout, la maison de Frank perdue au loin dans la plaine. Dans un tel cadre, le réalisateur choisit évidemment un traitement extrêmement minimaliste, que ce soit dans le nombre de lieux, tous cités précédemment, dans le nombre de personnages réduit au strict minimum ou même dans les plans qui sont tous plus ou moins les mêmes durant tout le film.

C'est un pari assez difficile mais on ne ressent de longueurs à aucun moment dans cet espèce de huis-clos fictif qui semble immobile et hors du temps. Une absence de mouvement qui se retrouve dans l'histoire, laquelle n'avance que très peu au cours du film, laissant la part belle aux relations qui s'établissent entre les personnages. On ne voit pas non plus de flashbacks qui pourraient montrer ce qu'ont vécu les soldats pendant la dernière guerre, l'attention étant toute entière sur le retour, indépendamment de ce qui a bien pu se passer avant.

 


Donald Logue
Des acteurs au service de leurs personnages.

Cela réussit à rendre les personnages d'autant plus réalistes, car on ne fait qu'imaginer leur passé, les causes qui les ont menés à voire la vie d'une manière plutôt que d'une autre. Le fait de ne pas avoir accès à tout ce background permet de s'attacher d'autant plus à ces personnages remarquablement bien écrits. On comprend les crises de colère de Sherman, les efforts de Frank, et ce malgré l'hostilité grandissante de sa femme. A tout moment, le drame pourrait virer dans de nombreuses directions et on croit à de nombreuses reprises que tout va basculer mais au contraire, le film sait rester toujours mesuré sans aller trop loin, ce qui ajoute encore une fois au réalisme brut et sans fioritures.


Molly Parker
Cette retenue est aussi présente chez les acteurs toujours très sobres et extrêmement mis en valeur par une réalisation qui privilégie les plans fixes sur les visages. Garren Dillahunt, qui incarne Sherman, est alors impressionnant par sa capacité à faire passer une large palette d'émotion malgré un visage fermé et marqué au burin. Donald Logue apporte un peu de légèreté sans pour autant atténuer la fraicheur de son personnage. Avec une telle focalisation sur les rapports entre les personnages, un acteur un peu en-dessous nuirait à l'ensemble du film mais même la femme de Frank incarnée par Molly Parker, que l'on aurait pu imaginer un peu plus en retrait par rapport aux anciens soldats, apporte beaucoup par un jeu aussi subtil que celui de ses partenaires.

Une chose que l'on pourrait par contre reprocher au film est son climat vraiment lourd qui n'est quasiment à aucun moment allégé par un peu d'humour ou des situations moins angoissantes. Le final laisse donc un goût un peu amer et pessimiste qui ne s'estompe que longtemps après le visionnage. Mieux vaut donc bien s'accrocher car ce n'est pas le genre de film qu'on regarde à la légère. Cependant, si vous cherchez un film complexe, avec de bons acteurs, et que vous n'êtes pas allergique aux longs plans fixes ou aux scénarios minimalistes, Oliver Sherman peut s'avérer une bonne surprise que vous ne regretterez pas.

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Augustine

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

1 commentaires

  • Guillaume

    12/11/2012 à 18h13

    Répondre

    Garren Dillahunt c'est le type qui joue dans la série Raising hope

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