7.5/10

La critique de Margin Call


Be first. Be smarter.
Sale journée pour Seth et Peter. Traders à Wall Street, leur patron et la moitié de leurs collègues sont, du jour au lendemain, renvoyés de la façon la plus brutale. Apparemment rescapés de ce dégraissage massif, ils ne sont toutefois pas au bout de leur peine : ils pressentent avant les autres, les premiers vacillements de l'empire boursier sur lequel règne la banque où ils travaillent. Et puisque - sous le poids de ses propres chimères - le capitalisme s'apprête à un effondrement définitif, pourquoi ne pas précipiter sa chute, en arrachant d'un grand coup les cordons de la bourse ?

L'arnaque avant la tempête

Si Margin Call vaut le détour, c'est avant tout parce qu'il a su capter cette lourde ambiance de déclin qui caractérise la première décennie du deuxième millénaire. Et rien ne semble pouvoir distraire les personnages qui y défilent du lent spectacle de leur propre chute - ni les voitures, ni les costards, ni les putes - et encore moins les techniques managériales de la pensée positive, à coup d'applaudissements étouffés et de « Going ahead » qui sonnent comme autant d'arrêts de mort.


Or cheat.
S'inspirant de la - très réelle - chute de Lehman Brothers en 2008 ; Margin Call ne se réduit pas à une illustration de la crise financière que nous traversons, ni à une condamnation convenue du monde de la finance. Du gros patron au plus petit des traders - le film est porté par un casting au meilleur de sa forme : J. Irons, K. Spacey, D. Moore, Z. Quinto -, chacun flirte à sa façon avec le bord du gouffre, comme des suicidaires dans l'attente de l'impact.

C'est donc l'histoire d'une veille de crack boursier, dans le huit-clôt d'un open-space désert, où rien ne vient s'opposer à la mise en œuvre d'une arnaque d'ampleur internationale, à la lueur doucement bleutée des écrans de la bourse. Le cynisme et la mauvaise foi n'épargnent personne et l'emportent avec une facilité désarmante sur les quelques états d'âme qui peuvent se révéler, ici et là, ne laissant au spectateur aucune issue rassurante.


Demiblues
Ni héros, ni même vilain, mais bien plutôt le spectacle d'une humanité banalement avide, qui s'adonne avec une étrange mélancolie - sans originalité, ni superbe - à une accumulation névrotique devenue routinière. Les plans nocturnes sur la ville silencieuse, les vues en plongée du haut des gratte-ciel dans une ambiance crépusculaire, traduisent une impression de vertige d'autant plus glaçante que la chute est imminente et résolue. Un film d'une inquiétante actualité, pour ceux qui veulent garder les yeux bien ouverts, en attendant de voir ce que l'avenir du monde réel nous réserve.


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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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