6.5/10

Critique du film Detachment de Tony Kaye

Henry Barthes est un professeur de littérature qui va de lycée en lycée, au gré des postes qui lui sont proposés. Il atterrit dans un énième établissement tout aussi à la dérive que lui, et se paye comme à l'accoutumée, le lot d'insultes, de provocations et d'indifférence qui font son quotidien d'enseignant remplaçant. Cette fois pourtant, les choses vont tourner autrement pour lui et ses étudiants, faisant basculer cette humanité souffrante, d'une tristesse banale à un tragique bien cruel.


Adrian Droody et la chute de la Maison Usher.

Un film qui porte bien (mal) son nom

Impossible de rester détaché face au dernier film de Tony Kaye. Le jeu de mot est facile, certes, et ce n'est pas toujours à l'avantage d'un film qui, sur le plan formel, laisse souvent le spectateur perplexe. Les flashbacks de l'enfance d'Henry couleur sépia ; les ralentis et les accélérations injustifiées ; la succession de plans en noir et blanc, puis en couleur, puis en qualité vidéo ; la musique qui se surimpose à un contenu déjà émotionnellement saturé ; les petites scènes d'animation écolière qui parasitent la mise en scène... Pendant le film, on se surprend souvent à se demander ce qui justifie une telle surcharge d'effets, et à regretter qu'une histoire déjà difficile, n'ait pas été traitée avec beaucoup plus de simplicité.


DR.

Il reste que Detachment vaut le détour. Le jeu des acteurs y est pour beaucoup : Adrian Broody tourmenté par le spleen d'une trop grande implication, la proviseur vacillante derrière une façade inébranlable (Marcia Gay Harden), le professeur délirant sous amphétamines (James Caan). Une galerie d'enseignants menant chacun à sa façon un combat de Sisyphe ; des élèves déjà vieux, brûlant la bougie par les deux bouts ou bien embourbés dans l'épaisseur d'un mal-être dont ils n'arrivent pas à se sortir. Si le naufrage guette, de brusques illuminations révèlent un enseignant sur le vif, qui agrippe in extremis des jeunes pourtant résolus à la dégringolade. Certains pourront légitimement reprocher au film sa naïveté ou son pessimisme. D'autres retiendront une juste illustration des subtiles confusions de la relation d'autorité, des grandeurs et des tourments qu'elle implique pour ceux qui y sont engagés. Entre enseignants et étudiants, pas de détachement possible donc, et c'est pour le pire comme pour le meilleur. Et on pourra en dire autant de l'état d'esprit du spectateur au sortir de Detachment.


DR.

A propos de l'auteur

3 commentaires

  • Kil.Art

    19/03/2012 à 19h51

    Répondre

    C'est drôle, j'suis a peu pres du même avis que toi Noub, mais beaucoup critique pour ma part, et je n'aurais pas mis plus de 4/10 et encore ...

    Voila ce que j'en avais penser le jour du visionnage :

    Au travers du regard d'un enseignant, Tony Kaye tente de décrire les maux du système éducatif Américain dans son ensemble, qu'ils soient scolaire ou extra-scolaire.
    Un casting de rêve qui permet de révéler la jeune Sami Gayle.
    Malheureusement cela ne va pas plus loin et quel gâchis !!
    Le film laisse place un patchwork de cinéma qui ne sait pas où se placer.
    Entre le faux documentaire et les effets de style a répétition, le film est totalement parasité et se transforme en pot pourri a peine bon a décorer notre temps.
    Tony Kaye nous vend un discours totalement démagogue mettant en avant les individualités tout prenant le spectateur pour un imbécile en lui imposant sa vision et lui ôtant toute sensibilité d'interprétation...
    Un brouillon de cinéma réchauffé.http://cinema.krinein.com/-24595/critiq ... 18427.html

  • Noub

    21/03/2012 à 00h20

    Répondre

    Merci pour ton commentaire Kil Art. Je suis d’accord avec toi, il y a beaucoup de scènes du film qui méritent moins de 4. Si j’ai mis 6,5, c’est parce que malgré ses défauts, le film m’est resté en tête longtemps après, signe qu’il a soulevé, même très imparfaitement, quelque chose d’important (ça m'a fait repenser à ma propre scolarité, même si elle n’a pas du tout été à l’image de ce que l’on voit dans le film). Malgré de gros ratages, j’ai trouvé qu’il y avait de temps en temps quelques petites pépites, et je n’ai pas pu m’empêcher de voir le verre à moitié plein…

  • Kil.Art

    21/03/2012 à 07h35

    Répondre

    Je suis peut être dur car au contraire, j’étais énervé après le film de voir autant de gâchis.
    Car quand le film ne se parasite pas lui même avec ses scènes de faux documentaire ou ses entrelacements de souvenirs et effets de style, c'est vrai que la prestation de Brody et Gayle est excellente, et que le film (celui qui traite le présent du film) est vraiment bon !

    Effectivement j'suis du genre a enfoncer ce genre de gâchis ^^

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