7.5/10

couperet (Le)

La filmographie de Costa-Gravas se montre éloquente sur l'engagement du réalisateur, assez prompt pour s'accaparer les sujets qui dérangent. Le Couperet, le film, trouve sa source dans Le Couperet, le livre du romancier américain Donald Westlake. Rien qui ne laissait envisager la présence de José Garcia, éternel comparse des bouffonneries d'Antoine de Caunes, qui pourtant s'assume complètement dans un rôle dramatique tout en accompagnant l'un des films « choc » de 2005.

Depuis deux ans au chômage, licencié pour cause de délocalisation du personnel, Bruno Davert (José Garcia) se sent au bout du rouleau. A tel point qu'il décide de prendre les choses en main, et s'offrir lui-même la place qui lui revient et lui rendra sa dignité : assassiner un cadre supérieur pour postuler à la fonction qu'il laissera derrière. Mais rien ne doit être laissé au hasard, il faudra d'abord s'occuper des potentiels candidats...

Une fois n'est pas coutume, le cinéma français ose parler de sujets d'actualité sous des allures de film grand public. Délocalisation, compression, chômage, dépression, des termes à la faveur des journaux de 20 heures, pour une société placée sous le signe de l'économie et de la rentabilité. Le Couperet n'est néanmoins pas un film sur les sans-emploi, chose qui n'aurait en soi rien de bien extraordinaire, mais sur la société qui les génère et les déshumanise. Sans histoires, mais pourtant ennemis (ou « concurrents »), telle est la condition des « demandeurs d'emplois » en proie au système qui les a formés, éduqués, puis virés sans complaisance pour des motifs qui les dépassent. Ce qu'illustre Costa-Gravas sous forme d'un thriller noir et inquiétant, d'une exception telle qu'elle fait froid dans le dos. Rien de plus qu'un homme ayant une famille à nourrir, un CV en béton, mais pas le poste qui va avec. La solution ? Libérer soi-même une place en n'oubliant pas d'évincer les concurrents potentiels. Une logique implacable, ou devrais-je dire un « mobile » implacable. Au lieu d'être le meilleur, il sera le seul, quitte à faire disparaître les « autres ». Le réalisateur passe toutefois à travers le serial killer, l'habille avec le costume d'un père, le rend profondément sympathique en dépit de la cruauté et de l'esprit pervers dont il fait preuve à chaque instant. Un rôle en or pour José Garcia, à la fois humain et monstre, qui parvient à nourrir l'ambiguïté et à se prouver acteur dramatique au-delà du talent comique que tout le monde connaît. Il met mal à l'aise. La police nous met mal à l'aise, dès qu'elle s'insinue dans la vie de Davert. Les recruteurs mettent mal à l'aise. Le Couperet est un film qui met à l'aise, qui pousse à porter sa réflexion sur notre société et son avenir, qui nous fait trembler par son caractère à la fois fantaisiste et pourtant si crédible.

Sobre et maîtrisé, Costa-Gravas signe une réflexion bouleversante sur l'état de notre société, la pointe du doigt, l'accuse à travers la troublante logique d'un sans-emploi merveilleusement bien campé par José Garcia. Le Couperet fait froid dans le dos, sans artifices, sans effusion de sang, simplement par le caractère tellement vraisemblable d'une fiction qui aurait pu avoir tout d'une histoire vraie.

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8 commentaires

  • Protos

    07/03/2005 à 00h41

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    une "reflexion bouleversante"? Je trouve les mots un peu fort. Si on regarde de près ce film, on remarque que l'abondance des situations comiques cassent tout son sérieux. Comment dire que ce film est bouleversant quant, au moment de tirer, le serial killer se fait contrer par un pit-bull sur un vélo? Et quand, au moment d'étouffer, la victime se trouvant dans une pièce pleine à craquer de méthane, ouvre la fenêtre et allume un cigarre? Et quand, encore (désolé pour ceux qui ne l'ont pas vu, mais les mots sortent d'eux-même) le tueur se retrouve finallement dans... ok je n'en dis pas plus. Mais les contrepétries cinématiques sont trop nombreuses pour rendre ce film crédible.

  • Nicolas

    07/03/2005 à 12h21

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    Les mots sont peut être un peu forts, c'est vrai, mais à mon sens c'est la réflexion qui est bouleversante, pas le film en soi. Les situations "comiques" sont là pour tempérer le sujet et éviter de tomber dans le thriller pur et dur qui n'aurait pas eu beaucoup d'intérêt.

  • vivant

    07/03/2005 à 14h06

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    Le reflexion est bouleversante, encore qu'elle transpire le message que tout le monde essaie de faire passer depuis 5 ans, un message que tout le monde reconnait comme réel, préoccupant, mais là encore le couperet n'apporte pas de solutions. Il fait comme tout le monde : il constate sans aller plus loin.
    Le film est donc long, triste, glauque, un peu gênant, à l'instar de millions de destins amers qui en ont marre de voir étalé leur pauvre condition sans message d'espoir, sans entrevoir aucune solution.
    Film engagé mais pas pour ceux qui veulent s'évader. Bravo à José Garcia qui est grandiose.

  • Sphax

    08/03/2005 à 18h45

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    C'est un des films que j'ai l'intention d'aller voir, rien que pour José Garcia dans un rôle malgré tout moins comique, mais le débat engagé depuis le début me rappelle pour ceux qui écoutent Le Masque et la plume passé sur France Inter, l'émission de dimanche. Un des journalistes dit "bof", l'autre "bien !", le troisième "divin" et le quatrième "LE film de la décennie"...

  • Kain2097

    23/03/2005 à 12h39

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    J'ais vraiment été très étoné par l'inteligence du film. José Garcia ne cesse de monter dans mon estime. Sur le papier ça me paraissait une comédie assez noire. A l'écran ça me parait tjrs aussi comique, mais avec un vrais propro et de vrais chose a dire de la par du realisateur. Quand au jeux des acteurs c'est exemplaire (José Garcia est vraiment au top). J'ais beaucoup aimer aussi la musique du film.
    J'ais vraiment aimer les idées et point de vue dévelopé par le film (je vous laisse les découvrir par vous même).
    Une fois encore un très bon film a voir.

  • Anonyme

    14/01/2008 à 10h32

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    j'aimerais bien que quelqu'un m'explique la fin !!!!

  • Anonyme

    15/01/2008 à 10h57

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    je n'ai pas vraiment compris la conclusion?


    la dame est-elle sa concurrente? unpolicier?

  • Anonyme

    15/01/2008 à 15h03

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    j'ai trouvé José Garcia extraordinairement crédible dans un role de cadre psychopathe ! pour lui, ce qu'il fait ( exécuter des "concurrents" ) est normal ! il ne pense en aucun cas à la douleur des familles , à la detresse ..il ne voit que lui, son boulot qui est sa raison de vivre ! pas de boulot, pas de vie sociale, pas de moyens d'entretenir sa famille...il se doit de remedier à ce probleme et donc il décide de tuer ses concurrents qui sont tous + beaux, + souriants, + expérimentés alors il faut les éradiquer...implacable logique qui fait froid dans le dos...par contre, cinéphile averti, je n'ai pas compris la fin ! qui est cette charmante demoiselle ? j'ai revu le film à l'envers et je n'en vois nulle trace ds le film ? est ce la future patronne , ce qui se traduirait par une fin proche ? merci de m'expliquer

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