7/10

couleur de l'argent (La)

Martin Scorsese filme La Couleur de l'Argent, la suite un peu stand-alone de l'Arnaqueur. Paul Newman y prend sous son aile le jeune Tom Cruise, encore un peu chien fou à l'écran comme à la ville.

Le billard.

Un sujet bien vaste, multiple par ses règles, et pourtant si peu utilisé au cinéma. Les films sur la question sont bien rares, et s'il vous prenait un jour l'envie d'en rechercher, par exemple pour satisfaire une thématique « Film de boule(s) », nul doute que vous tomberiez certainement sur « La couleur de l'argent ». Et qu'est-ce qui vous passerait par la tête à ce moment très précis ? « Quoi ? Un film de Martin Scorsese, avec Paul Newman et Tom Cruise, que je n'ai pas vu ? »

Légende
"Quelqu'un a vu le cochonnet ?"
Les eighties. Après une période de vaches maigres faisant suite à un des pics de sa carrière (Raging Bull, 1980), Martin Scorsese essuie deux échecs commerciaux rapprochés, La Valse des Pantins (1983) et After Hours (1985). Pour récupérer la confiance des studios, il dote L'arnaqueur (Robert Rossen, 1961) d'une suite (La couleur de l'argent, 1986), avec le même Paul Newman dans le rôle principal, et avec la star montante Tom Cruise (surélevé par le Top Gun de Tony Scott, 1985).
Newman reprend le rôle d'Eddie Felson dit « Fast », un as des boules et de la queue, reconverti dans la vente de stupéfiants. Par hasard, il croise le chemin de Vincent, jeune blanc-bec frimeur et un peu niais doué d'un talent indéniable pour le billard. Eddie est ramené 25 ans en arrière, se revoit au sommet de son art, et décide de revivre la grande aventure à travers le jeune homme. Il emmène la tête brûlée et sa petite amie, Carmen, à travers les Etats-Unis pour écumer les bars et les former à l'arnaque pure et dure, celle qui rapporte, la seule vraie façon de vivre de son don, selon Eddie.

Si La couleur de l'argent n'est certainement pas l'un des films les plus impressionnants de Martin Scorsese, et malgré le poids des âges qui a contribué à détériorer son sex-appeal, il reste néanmoins une valeur solide comme divertissement enrichi en psychologie. Le sujet, à travers le billard, saute aux yeux très rapidement : en devenant le mentor de Vincent, Felson devient une espèce de père de substitution, essayant de lui inculquer une philosophie de la vie que le pseudo rejeton rejette en bloc. La jeunesse a tout à apprendre de la vie, de ses aînés, et Felson s'évertuera à le mettre sur le chemin de la sagesse. De sa sagesse.
Pourtant, au fil des minutes, la tendance s'inverse et livre son message, légèrement obsolète : qu'est-ce qui est le plus important, le résultat ou la partie ? Les convictions sont ébranlées, les parties s'enchaînent, et les personnages se dessinent enfin, tels qu'ils sont devenus. Une belle évolution, nette dans son découpage, qui pourrait s'appliquer à nombre de domaines, sportifs ou non.

Légende
"Non, je n'ai pas de Smecta,
mais j'ai du papier si tu veux..."
L'intégralité du film tient sur les épaules de Paul Newman, absolument impeccable dans son rôle de sage homme forgé par les années, les succès, et les échecs. A l'inverse, Tom Cruise en livre des caisses, et se montre insupportable la majeure partie du film, sa voix française n'aidant pas. Il est néanmoins tout à fait remarquable, dans un cas comme dans l'autre, de parvenir à générer l'illusion des grands joueurs de billard. A aucun moment l'ombre d'une doublure professionnelle ne se dessine, comme si les deux acteurs s'étaient formés pendant des mois. Ou bien ont-ils cumulé les prises jusqu'à la réussite, s'efforçant de jouer et rejouer leurs scènes avec la même conviction ?
Peut-être Martin Scorsese en est-il le vénérable maître d'orchestre. Peu désireux de rester sur la touche, le réalisateur oscarisé récemment livre une belle leçon de cinéma. Le film se traîne parfois sur quelques longueurs, mais la caméra virtuose rend quelques instants inoubliables, à l‘image de plusieurs plans-séquences circulaires et de quelques petites excentricités de réalisation. Agréable à regarder, et également agréable à écouter, même si la musique ne fait en définitive que peu d'étincelles.

Un peu vieillot, certes, mais La couleur de l'argent constitue un classique de la filmographie de Martin Scorsese qu'il est intéressant d'avoir vu au moins une fois dans sa vie. Les films sur le billard étant rarissimes, il serait dommage de se priver de la belle carrure d'Eddie Felson, qui vaudra à Paul Newman l'oscar du meilleur acteur. Son faire-valoir, Tom Cruise, n'en est encore qu'à ses balbutiements...

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