9/10

convoyeurs attendent (Les)

Les belges, dans leurs comédies, ont la dent dure et quand c'est Poelevoorde qui s'y colle on peut être sur que ce sera saignant. Les convoyeurs attendent n'échappe pas à cette règle. Moins sanglant mais plus cinglant que c'est arrivé près de chez vous ce film n'est regardable que par l'humour qui s'en dégage. Il n'a pas connu un grand succès en salle (100 000 entrées). Pourquoi ? Cela reste un mystère pour moi. Peut être que l'explication réside justement dans cette atmosphère à la fois glauque et burlesque. Le public semble rétif à ce genre d'humour sombre et se sent mal à l'aise de rire devant l'étalage de cette misère humaine. Benoît Mariage aurait il mis le doigt là où ça fait mal ?

L'histoire est assez surréaliste : elle est centrée autour de Roger Closset, petit photographe de chiens écrasés pour un canard de sa banlieue ouvrière, et de sa famille. L'association des comerçants met en jeu une voiture, le rêve de Roger, à gagner au premier qui rentrera dans le livre des records. Roger décide d'entraîner son fils à tenter de battre celui d'ouverture et de fermeture de porte en 24h.

Humour noir donc, mais pas du type Arnaque, Crimes et Botanique qui possède un côté jubilatoire, ici c'est plutôt de désespoir qu'on ri. Parce qu'il ne reste plus que ça. Il n'y a pas non plus l'aspect "méchant" de Aaltra, ici c'est plus l'ignorance et la pauvreté qui sont moteurs. Le film est en noir et blanc ce qui accentue l'impression de misère sociale. Il se déroule dans une banlieue industrielle de Belgique et pendant une bonne partie du film on pourrait croire qu'il se déroule dans les années 50 : en fait c'est à la veille de l'an 2000 qu'il se passe et c'en est encore pire.

Après une telle peinture on pourrait se demander quel intérêt il y a à regarder ce film. Le premier tient dans la finesse du récit : les dialogues ne sont pas lourds et beaucoup de choses sont suggérées et sont d'autant plus émouvantes. Il y a aussi la beauté de la photographie qui vous fera regretter de ne pas l'avoir vu sur grand écran : une partie de l'histoire traite de colombophilie. L'envol de milliers de pigeons voyageurs lors d'une compétition est somptueux, tout comme de superbes images de vent dans les champs. Il y a aussi la performance de Poelevoorde qui peut passer du tyran domestique au père émouvant en quelques instants. Cet acteur est une singularité qui résiste à toutes les tentatives de formatage. Et enfin ce film est poétique, il touche au coeur. Sa poésie est parfois surréaliste, parfois tragique, souvent inattendue mais indéniable.

Je vous recommande donc ce film sans réserves car, plus que tout, il est étonnant. Une fois que vous l'aurez vu, posez vous la question de sa construction, de comment avec des composants si étranges et si disparates on obtient un tel résultat. Quand on prend les différents ingrédients de ce film un par un (la beauté de l'image, la misère intellectuelle, le record absurde, la colombophilie,...) et qu'on tente de comprendre comment ils s'agencent on est forcé de reconnaître que Benoît Mariage est un sorcier. De la magie sur pellicule, le mot n'est pas trop fort.

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4 commentaires

  • Alain

    31/01/2005 à 13h12

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    Un de mes films preferé avec benoit... par contre, je n'ai jamais ressenti ce film comme étant comique. Bien au contraire !

    Pour trancher je dirais qu'il s'agit d'une comédie dramatique même si pour moi le côté dramatique est bien plus developpé...

  • Kassad

    31/01/2005 à 14h51

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    Pour moi ca me rappelle quand meme les comedies italiennes des annees soixante-dix type "affreux sales et mechants" dans les bidonvilles de Rome. C'est une satire sociale aussi affligeante (par ce que l'on sent bien que des existences comme ca ca existe) qu'hillarante. Mais c'est vrai que le mélange des genres y est tel qu'il est dur de le classer dans une case unique comme "comique", "satirique", "poétique" etc.

    Il n'empeche que certaines scenes, notament avec l'entraineur americain, sont du pur burlesque.

  • nazonfly

    26/07/2005 à 10h38

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    Oulà attention film poignant (pour ça je rejoins plus l'avis d'Alain que celui de Kassad).

    Au départ, on se dit que le film sera un nouveau [i]C'est arrivé près de chez vous : film belge, images en noir et blanc, ton grinçant, Benoit Poelevoorde... Mais il prend rapidement un chemin plus touchant.

    Car chaque personnage a une part inquiétante et une part humaine de plus développées (le voisin colombophile par exemple). Et on se rend compte que parfois sous les traits les plus durs se cachent de véritables coeurs d'artichaut.

    Et bien sûr il y a Poelevoorde, personnage central, un Poelevoorde tour à tour immonde, méprisant et sensible. On peut d'ailleurs voir dans ce personnage les prémisses de celui qu'il tient dans Podium[/i].

    Et pour finir il y a la Belgique, qu'on retrouve à chaque plan grâce à cet accent si spécial, une Belgique tellement différente de celle que l'on connaît touristique, cible des bonnes vieilles blagues, une Belgique miséreuse, décalée, étrange.

  • bousk8

    26/07/2005 à 10h47

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    J'ai revu ce film hier soir tout comme nazgul sur Arte et il m'a encore une fois ébahi par sa beauté, la photographie N&B est d'une rare qualité.

    C'est vraiment un film intemporel et la fin nous rappelle que cette histoire est bien ancrée dans notre quotidien (fait on encore des voitures neuves comme ça ?).

    Bref, un grand film dramatico-socio-burlesque (j'ai pas trouvé mieux).

    PS: je me suis aperçu en le re-regardant que la radio pour laquelle Michel fait sa rubrique sur les erreurs de cinéma s'appelle "Radio Chevauchoir", pour ceux qui matent Strip-tease, il y avait eut un reportage sur cette radio locale très très proche des gens et c'était exactement ça !

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