7.5/10

continent des Hommes Poissons (Le)

Entre la fin des années 70 et le début des années 80, Sergio Martino sort une fausse trilogie de films exotiques, dont les histoires extravagantes reposent sur les mêmes critères : une belle fille (ex-James Bond Girl de surcroît), un cadre dépaysant et un tournage en milieu naturel. C'est ainsi que surgissait, après La Montagne du Dieu Cannibale et ses sauvages lubriques et avant Alligator et son saurien en carton, un de ces films au titre savoureusement poétique dont seuls les Italiens semblaient avoir le secret : le Continent des Hommes Poissons. A être poisson l'on en est pas moins homme, et c'est à la jolie Barbara Bach qu'échoie le rôle de troubler la nage de nos hybrides, trop heureux de sortir de l'eau pour boire un verre en compagnie de cette mystérieuse brune, dont la seule présence devient propice à toutes les ambiguïtés érotiques. Visiblement satisfait de sa prestation, Martino la sollicitera à nouveau pour patauger dans l'eau croupie d'Alligator.

Véhicule opportuniste conçu pour suivre le sillage de l'Île du Dr Moreau de Don Taylor, un des succès américains de la fin des années 70, le Continent des Hommes Poissons place une poignée de naufragés sur une île inconnue, habitée par un vieux misanthrope et une jeune femme entretenant des relations étranges avec une tribu de monstres humanoïdes amphibiens (des Hommes Poissons, donc). De fil en aiguille se construira une intrigue rocambolesque visant à la découverte de l'Atlantide et de ses trésors. Un scénario fourre-tout dont Sergio Martino, par ailleurs pourvu d'un budget conséquent pour l'époque, tire un film d'aventure fantastique efficace pour spectateur en mal d'exotisme. Il faut bien reconnaître que le Continent des Hommes Poissons, intégralement tourné en Sardaigne et nanti d'effets spéciaux allant de l'efficace au burlesque -les Hommes Poissons étant devenus plus rigolos qu'effrayants-, aurait pu tourner au cataclysme si tombé entre de mauvaises mains. Sergio Martino n'est pas de ce bois là et gomme les défauts les plus visibles de son film avec une réalisation solide et un parfum de nostalgie, quitte à vieillir prématurément un film qui se serait bien passé de ce luxe. D'une introduction fiévreuse sur un navire prison, où la caméra s'attarde sur quelques sales têtes sans avenir, à une jungle inhospitalière truffée de pièges, Le Continent des Hommes Poissons entremêle Jules Verne, HG Wells voire un soupçon de Lovecraft, lorsqu'il ne rappelle pas directement les 7 Cités d'Atlantis de Kevin Connor, sympathique épopée avec laquelle le film partage quelques instants mémorables à bord d'une "cloche", cet ancêtre du sous-marin guidé par des câbles.

Revoir le Continent des Hommes Poissons aujourd'hui peut bien sur faire sourire, d'autant qu'il est aisé de céder à la facilité du sarcasme. Des Hommes Poissons pas toujours très à l'aise (pensez donc : les bouteilles d'oxygène des acteurs-plongeurs étaient camouflées dans le costume...), dont l'exploitation souffre en même temps que le récit du traitement très classique de Martino. Car tout à sa volonté à créer un récit d'aventure noble -en témoignent le traitement de l'intrigue et le développement des personnages-, Sergio Martino oublie, si ce n'est le grain de folie, en tout cas la pincée d'audace qui aurait élevé le Continent des Hommes Poissons au delà de son statut de divertissement honnête. Un péché que l'on devine plus de prudence que de sagesse -Martino, se laissant aller à la nanaritude, n'avait-il pas livré Ursula Andress à une horde de cannibales zoophiles ?-, rendant l'ensemble aussi agréable à regarder que surprenant dans son manque d'excès.

Le Continent des Hommes Poissons, un film à l'affiche plus mémorable que son propre contenu ? Pour juger pleinement cette série B à l'importance incertaine, rien de mieux que de laisser la parole à Sergio Martino lui-même : "Jaume Balaguero m'a confié un jour que quand il était gosse, il était allé voir Le Continent des Hommes Poissons cinq ou six fois, obligeant sa mère à le suivre. Ils passaient leurs vacances au bord de la mer et au lieu de se rendre à la plage, il allait voir mon film tout le temps. Et il s'agit d'un garçon plein de talent, c'est un des réalisateurs qui est en train d'imposer le cinéma ibérique dans le monde entier*".

Et si tout était dit ?


* Toxic n°11, juillet 2004

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