4/10

conte de Noël (Un)

Le film français dans sa splendeur. Verbeux et pédant, mais intéressant. A ne conseiller qu'aux esprits bien accrochés.

Arnaud Desplechin est l'un de ces réalisateurs acclamés par la critique et dont tous les films ont été en compétition à Cannes dans une catégorie ou une autre. Son oeuvre précédente, Rois et Reine, était intelligente et sensible, malgré une façon de (sur)jouer rappelant le théâtre. Qu'en est-il de Un conte de Noël, une fois de plus, adoubé par le monde du cinéma ?

Des longueurs et un sujet rebattu

La grande famille du théâtre
La grande famille du théâtre
Un conte de Noël
est l'histoire d'une famille bourgeoise de Roubaix. Je vous rassure, ici, on est loin des « biloutes » ou de l'accent cheutimi. Ici c'est la bourgeoisie, mâdâme, on écrit des pièces de théâtre à l'âge de cinq ans ; on lit l'allemand aussi facilement que le français ; on peint de superbes tableaux. Ici, on a un vocabulaire forcément pédant : les enfants, regardant des flocons tomber, lancent un « Il neige » presque choquant. Tout respire l'intelligenzia, la haute société. Si bien qu'assez rapidement le film plonge le spectateur dans un ennui total, abattu par des phrases alambiquées. Décrire cette famille ne pouvant évidemment pas faire un film, il faut quelque chose de plus : cet habituel secret de famille, ces déviances vues et revues, ces non-dits qui pourrissent la vie, ces défauts de la famille qu'on a rencontrés déjà mille fois au cinéma, montés ici en épingle par la relation entre une soeur (Elizabeth - Anne Consigny) et un frère (Henri - Mathieu Amalric), entre une mère (Junon - Catherine Deneuve) et son fils (ce même Henri). Le spectateur est lâché au milieu de cette famille et se retrouve comme un parachutiste en pleine jungle : il ne comprend pas ce qui lui arrive, il tente de comprendre les relations entre les différents personnages. Cette mise en place durera une bonne demi-heure qui paraîtra plus longue encore qu'un jour sans pain.

Plus d'amour, partant, plus de joie

Ya du monde au balcon
Ya du monde au balcon
Rapidement, quand le film commence à se lancer réellement, viennent se greffer des thèmes annexes : la maladie, celle de Junon qui a besoin d'une greffe que seul un membre de sa famille pourra lui offrir, mais aussi celle de Paul (Emile Berling), fils d'Elizabeth, à deux doigts de la folie ; la mort, celle de l'aîné de la famille, décédé à l'âge de 6-7 ans, mais aussi celle de Madeleine, la femme d'Henri. Ce qui peut sembler être un tableau très noir, haineux et triste se révèle à l'écran aussi sous un jour humoristique, notamment grâce à Henri : heureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière. Mais s'il y a un sentiment quasiment absent du film, c'est l'amour. Les seuls amours sont soit passés, voire imaginés, soit impossibles. D'où souvent des dialogues très durs, et on vous citera sûrement celui entre Junon et son fils. D'où aussi la sensation d'un faux rythme sur lequel se déroule le film, un gnan-gnan ronronnant.

 Des acteurs brillants au service d'un symbolisme trop nébuleux

T'as mal Ric ? (jeu de mot © krinein 2008)
T'as mal Ric ? (jeu de mot © krinein 2008)
Et pourtant, Un conte de Noël a d'indéniables qualités. Les acteurs, fine fleur du cinéma français, donnent une vie au film. Amalric est ébouriffant de folie, d'humour noir (on attend avec impatience de le voir dans James Bond). Deneuve, en mère omnipotente, occupe l'image d'une façon magistrale. Consigny, épuisante et détestable, porte en elle toutes les misères du monde. Jusqu'à Roussillon, père débonnaire, qui laisse sa famille partir en morceaux sans s'y impliquer. Et dire que, dans cette liste, il faut encore rajouter Emmanuelle Devos, Hippolyte Girardot, Melvil Poupaud ou Chiara Mastroianni.
Et que dire du symbolisme omniprésent dans le film, si omniprésent qu'à part Desplechin, personne ne peut prétendre comprendre entièrement Un conte de Noël ? Quand les personnages se prénomment Junon, Abel, Madeleine, Elizabeth ou Paul Dédalus, on se dit forcément que ce n'est pas par hasard. Il y a une raison. Mais quel message veut nous faire passer Desplechin ? On est bien en peine de le savoir. Quand on cite Nietzsche ou Emerson, on se dit qu'il faut avoir une grande culture littéraire pour poser des ponts, faire des liens, pour comprendre. Quand Desplechin parle en interview de films de Wes Anderson, de Bergman, de Renoir ou de Scorsese, on se dit que le film va encore plus loin, mélangeant références littéraires, cinématographiques. Enfin quand le film se déroule à Roubaix, ville de naissance du réalisateur, on se dit que c'est mort, qu'il faut être Arnaud Desplechin pour comprendre la globalité du film, et on peut se laisser porter, l'oeil abruti, par des images et des scènes dont le deuxième sens nous sera inaccessible.

Si le fond de ce Conte de Noël est intéressant, la forme est détestable. Inaccessible, pédant, lourd, nébuleux et prétentieux, le film tombe dans tous les clichés du cinéma français. Sans doute plaira-t-il à certains car il ne manque pourtant pas de qualités, mais l'ensemble est malheureusement loin d'être convaincant.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

33 commentaires

  • Anonyme

    30/05/2008 à 10h38

    Répondre

    film magnifique !





    ceux qui pigent pas ne sont pas obligés de s'exprimer !!!!!!!!!!!

  • nazonfly

    30/05/2008 à 10h45

    Répondre

    Trop tard. Ma critique est prête

  • Anonyme

    30/05/2008 à 11h45

    Répondre

    J'y allais avec une certaine appréhension (je préfère les films type batman "you know").

    Et bien j'ai été envouté. Excellent film. C'est tout. Pas le courage de plus.

  • Anonyme

    30/05/2008 à 22h46

    Répondre

    Film formidable. Quel brio dans le récit et dans la mise en scène. Cette chronique familiale est d'une grande richesse


     


    8,5/10

  • Anonyme

    31/05/2008 à 14h47

    Répondre

    J'ai tellement aimé que je vais le revoir et là,je cherche des critiques intelligentes pour enrichir ma compréhension.Sur ce site,c'est raté pour l'auteur de la critique...oxa

  • riffhifi

    01/06/2008 à 18h18

    Répondre

    Entièrement d'accord avec nazgul, le film pèche par excès de pédanterie et de complaisance. Manifestement conçu pour un public télérameux ou cannois, il se perd dans son propre sérieux. Mais j'ai bien aimé les scènes entre Mathieu Amalric et Catherine Deneuve, qui font souvent mouche.

  • gyzmo

    01/06/2008 à 18h44

    Répondre

    Décidément, ça devient une "drôle" d'habitude de la part des rédacteurs ciné de Kri de s'amuser à provoquer le public visé par ce genre de film en les traitant de péteux... Aussi peu de tolérance, c'est presque déprimant, tiens.

  • riffhifi

    01/06/2008 à 18h55

    Répondre

    Serait-ce à dire que tu as vu le film, Gyzmo [img]/cinema/../forum/images/smilies/wink.gif"%20border="0[/img]


    Parce que je doute que qui que ce soit puisse contester le côté pédant de la mise en scène et du jeu des acteurs, délibérément affecté ; après, on aime ou pas, c'est autre chose...

  • gyzmo

    01/06/2008 à 19h24

    Répondre

    Je ne crois pas que vous vous en rendiez compte - j'espère qu'il n'y a pas un peu de provocation là-dedans, mais lorsqu'une personne indique à certains - implicitement ou pas, qu'ils ont des goûts de chiotte, c'est faire preuve d'arrogance. Y'a des façons plus diplomatiques de dire qu'on aime ou pas une oeuvre en se tenant uniquement à l'objet critiqué, et en évitant de s'attaquer à ceux qui aiment (ou pas). Même si c'est difficile d'y résister, l'insulte n'est pas une façon, à mon sens. Mais bon, j'ai comme l'impression de crier dans l'oreille d'un sourd en soulignant ce genre d'attitude de plus en plus commune ici...

  • riffhifi

    01/06/2008 à 19h46

    Répondre

    Je ne crois pas qu'on insulte le public, ou qu'on l'attaque, en essayant de le définir. D'ailleurs rien n'exclut d'apprécier un film en n'appartenant pas au public en question...

  • Danorah

    01/06/2008 à 19h59

    Répondre

    Je crois que ce que voulait souligner gyzmo c'était l'aspect péjoratif de la définition.


    (Film "pédant", public "télérameux" ou "cannois" : la conclusion qui vient directement à l'esprit c'est que les gens qui aiment sont eux-mêmes forcément prétentieux et pédants.)


    'fin bon j'en sais rien moi hein, je faisais que passer

  • Kei

    01/06/2008 à 20h05

    Répondre

    Oui enfin quand même, Gyz a un peu raison : en disant "Manifestement conçu pour un public télérameux ou cannois", on est en train de cracher sur les gens qui ont aimé. Et ne viens pas dire que c'est gentil ! Les télérameux et les cannois, c'est un mode de dire "gros snob pseudo intellectuel".


    Ceci dit, y'a de quoi réagir comme ça quand on vient de prendre un "t'es manifestement con" dans la gueule. Bien que ça n'excuse évidemment rien. C'est un peu combattre le mal par le mal quoi. Sauf que ça marche pas. Au pire ça dérive en troll, au mieux chacun s'en va de son coté.


    Mais de toutes façon, c'est pas avec des commentaires de 5 lignes, qu'ils soit de riff ou de demi qu'on fait avancer le schmilblik.


    Même si les phrases assassines, dans un sens comme dans l'autre, me font bien rire  

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h06

    Répondre

    Je ne sais pas, si on me dit que j'aime des films de parisien bobo, ça ne me dérange pas parce que ce n'est pas forcément faux. Et ça ne veut pas dire que j'aime tous les films de parisien bobo (voir Les chansons d'amour). Il y a toujours le problème de la limite : plus un film est pédant plus il plaira à un public pédant ; plus un film est bourrin et dénué de scénario, plus il plaira à un public bourrin qui se contrefout de l'intrigue...

  • gyzmo

    01/06/2008 à 20h10

    Répondre

    Merci Dano pour ta traduction, c'est exactement ce que je voulais souligner


     


    Je crois qu'un deal serait sympa. Au lieu d'utiliser ces vilains mots péjoratifs et généralistes, pourquoi ne pas les troquer contre des choses plus positives ? Genre :  "Manifestement conçu pour un public qui ne craint pas d'utiliser son cerveau et va aussi au ciné pour autre chose que voir du pur divertissement...". Voilà. C'était pour dire rien du tout. 

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h12

    Répondre

    De toute façon, en disant qu'on n'aime pas un truc, on prend toujours le risque de faire de la peine :


    1. aux auteurs (quand même !)

    2. au public


    On ne va pas s'empêcher de s'exprimer pour autant, du moment que c'est fait sur un mode courtois (sauf oeuvre idéologiquement déplaisante, mais c'est un autre problème). Pour moi, dire que Sex & the city s'adresse surtout aux filles, Funny games aux intellos qui n'aiment pas les films d'horreur et Un conte de Noël aux lecteurs de Télérama qui kiffent les palmes d'or de Cannes, ce n'est pas injurieux. C'est schématique, ce n'est absolument pas une vérité incontournable, mais ce n'est pas injurieux. C'est comme de dire que Smallville s'adresse aux ados boutonneux et aux fans de comics ultra-geeks. Je suis le premier à le dire, et j'aime Smallville.

  • Danorah

    01/06/2008 à 20h14

    Répondre

    Et pourtant tu n'es ni un geek ni un ado boutonneux  

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h14

    Répondre

    Réponse au dernier message de Gyzmo : je suis farouchement opposé à la distinction "film de divertissement" / "film qui fait réfléchir". C'est une tarte à la crème qui donne bonne conscience aux cinéastes qui font des films chiants : "Non mais c'est un film qui fait réfléchir..."


    Inversement, un film très bête rate souvent son objectif de divertissement à mes yeux.

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h15

    Répondre

    Et pourtant tu n'es ni un geek ni un ado boutonneux


    Je suis un peu un geek quand même

  • gyzmo

    01/06/2008 à 20h18

    Répondre

    Faire des généralités et mettre "tout le monde" dans un même panier, c'est casse gueule de toute façon. Aucune nuance. Tu t'enfonces, quoi.


     


    Troll powa.


    Je m'en vais comme un prince

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h23

    Répondre

    Tu t'en vas comme un prince en n'ayant manifestement lu que la moitié de mes messages, gyzmo

  • Danorah

    01/06/2008 à 20h31

    Répondre

    Oui bon en même temps moi je trouve qu'il a pas tort.


    Mais ce que dit riff est pas foncièrmenent idiot non plus.


    Bon, faites-vous des bisous et on n'en parle plus.


    (Et riff, tu n'es définitivement pas un geek. Même pas en rêve.) 

  • Danorah

    01/06/2008 à 20h32

    Répondre

    Oh non, j'ai créé une 2e page

  • Kei

    01/06/2008 à 20h42

    Répondre

    Si si, riff est un geek, dans le sens originel du terme. C'est pas parce que le grand publique à découvert le terme en france l'an dernier en le cantonnant au domaine de l'info que c'est la vérité.


    Riff est un gros geek, point final. Le fait d'avoir un collector du RHPS est une preuve (le fait de savoir ce que veut dire RHPS en est une autre) 

  • Danorah

    01/06/2008 à 20h50

    Répondre

    Ah bah oui mais alors bon, s'il commence à y avoir 36 définitions différentes pour un même mot, on va plus s'en sortir. 

  • riffhifi

    01/06/2008 à 20h51

    Répondre

    Et le fait d'avoir PRATIQUÉ le RHPS en est une troisième


    Et oui, je fais des bisous à gyzmo, on va pas se taper dessus !

  • Anonyme

    01/06/2008 à 20h52

    Répondre

    quoique "télérameuse", je n'ai pas du tout aimé ce film : trop prétentieux à mes yeux. J'ai vu 4 personnes sortir de la salle avant la fin, et je dois dire que moi-même, les dernières images m'étaient si désagréables que j'ai choisi le dénouement qui me convenait: je ne suis pas sûre qu'il corresponde à celui d'Arnaud Despechin, tant pis.
    Je retiens quand même quelques dialogues bien cuisinés, mais au milieu d'un film vraiment lourd à digérer.

  • nazonfly

    01/06/2008 à 22h45

    Répondre

    gyzmo : Au lieu d'utiliser ces vilains mots péjoratifs et généralistes, pourquoi ne pas les troquer contre des choses plus positives ? Genre : "Manifestement conçu pour un public qui ne craint pas d'utiliser son cerveau et va aussi au ciné pour autre chose que voir du pur divertissement...". Voilà. C'était pour dire rien du tout.


    En fait, pour moi, il est possible de faire un film pour un public qui ne craint pas d'utiliser son cerveau (comme si ce n'était pas péjoratif et généraliste?) sans pour autant qu'il y ait cette atmosphère pédante (oui je le redis, pédante, bourgeoise) avec tout plein de grands mots. J'aurais peut-être dû dire que le film manquait de simplicité. Ca serait peut-être mieux passé, mais l'idée est bien de faire ressentir ce que l'a ressenti à la vision du film.

  • Anonyme

    01/06/2008 à 23h20

    Répondre

    une atmosphère pédante, oui, mais pourquoi ajouter bourgeoise : ces 2 adjectifs ne sont absolument pas synonymes. La courtoisie et l'art de vivre de certains milieux bourgeois sont très loin de ce pesant huis-clos .
    Ceci dit j'approuve le reste du commentaire, ce film manque de simplicité : 2 h 1/2 pour ajouter à l'histoire des scénarios parallèles et des descriptions accessoires, c'était long.

  • Anonyme

    02/06/2008 à 12h30

    Répondre

    je n'ai pas vu ce film, cependant j'avais adoré roi et reine, celà dit je pense qu'il y a une certaine maturité intellectuelle à avoir pour rentrer dans ces films. C'est comme les films de Denys arcand, c'est il est vrai bourgeois, pédant, intellectuel, mais profond , sensible, réaliste, délirant, et ça fait reflechir sur la vie en tant que tel d'occidental de notre époque et ces travers, ses culpabilités, ses désirs. Après je comprend qu'on ne sois pas sensible à celà, ça viendra peut etre un jour ou jamais, on change, on vieillit, on a vécu et tout ça change le regard aussi sur certaine chose.

  • nazonfly

    02/06/2008 à 13h25

    Répondre

    Comme si en critiquant la forme (car cette ambiance pédante est purement formelle), on s'abstenait du fond (film qui fait réfléchir sur la vie). Il y a bien des films qui font réfléchir sans pour autant passer par cette espèce de sophistication artificielle.

  • SOPHY&

    13/06/2008 à 15h30

    Répondre

    Desplechin toujours aussi pretentieux, Amalric toujours aussi bon, Deneuve vraiment étonnante et une fin remarquable ! 


    Mais quel scénario insuportable, quelle vanité!!! Que Desplechin se passe en boucle les films de Melville et qu'il prenne une leçon de sobriété!!!

  • SOPHY&

    13/06/2008 à 15h33

    Répondre

    Oup une faute ...insupportable... pardon

  • Anonyme

    14/07/2008 à 21h17

    Répondre

    Ce film m'évoque la réflexion de C.Roy sur ces artistes qui, craignant que leur oeuvre ne parle pas assez, parlent à sa place...

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