7/10

Comme les autres

Un film émouvant et sincère, qui traite un sujet casse-gueule avec une retenue appréciable. Le casting est à la hauteur, même si Lambert Wilson en fait un poil trop dans le rôle principal.

A la base, il y a un débat de société : les homosexuels peuvent-ils avoir des enfants ? Biologiquement, tout le monde est d'accord pour dire que c'est difficile. Après, la question de l'adoption, des mères porteuses, etc., amène à se demander si un enfant peut être élevé par un papa porté sur les hommes ou une maman attirée par les femmes. Il y a matière à de longues heures de discussion, au cours desquelles on se demandera naturellement s'il est vraiment moins perturbant d'être élevé par une maman célibataire handicapée, un papa alcoolique violent, un grand frère drogué ou une congrégation de bonnes sœurs. Le scénariste-réalisateur Vincent Garenq aurait pu verser dans la propagande aux pieds lourdement chaussés de gros sabots, mais s'en abstient intelligemment et se Le docteur Ross est GAY ?
Le docteur Ross est GAY ?
contente de présenter un mélodrame doux-amer bien écrit, aux personnages humains et cohérents, dont les motivations sont aussi naturelles que les frustrations.

Emmanuel (Lambert Wilson) est pédiatre, quadragénaire et homosexuel. Il aimerait un enfant, mais Mère Nature ne veut pas, la société non plus, et son mec Philippe (Pascal Elbé) non plus. Son envie de parentalité est aussi impérieuse que celle d'une femme, mais s'avère bien plus délicate à réaliser... La solution viendra-t-elle de la jeune Argentine Fina (Pilar López de Ayala) ?

Contrairement à ce que pourrait laisser croire l'affiche, le couple homosexuel formé par Lambert Wilson et Pascal Elbé n'est pas au centre du film. Leurs envies divergentes les séparent très vite, et Wilson se retrouve seul en scène avec sa quête de bébé. Bien que le jeu de l'acteur ait tendance à frôler la caricature par moments (j'ai le poignet tombant, le phrasé onctueux et je mets mes petites lunettes sur le bout de mon nez), le personnage est écrit avec subtilité, de même que ceux qui l'entourent. Le scénario n'est pas orienté pour prendre radicalement parti : d'un côté le personnage de Lambert Wilson s'enfonce dans une situation complètement branque pour avoir un enfant, de l'autre ses amis et sa famille font
"J'en voudrais un comme ça, s'il-vous-plaît"
preuve d'un conservatisme frileux mais compréhensible. Pascal Elbé se montre particulièrement dur, masquant presque totalement ses sentiments sous une couche de rationalisme qui fait mal au cœur lors des conversations qu'il a avec Wilson. Les actrices ne sont pas en reste, puisque l'adorable Pilar López de Ayala et l'impeccable Anne Brochet bénéficient elles aussi de rôles solidement écrits, avec finesse et sensibilité.

Contre toute attente, rien ne paraît facile ou mièvre, bien qu'on se promène régulièrement au bord de la fosse aux clichés. Le film pose les questions logiques liées au sujet, sans avoir la prétention d'y apporter des réponses fermes. C'était sans doute la meilleure approche, celle qui permet d'offrir un récit frais et sincère, réellement émouvant et parcouru de moments d'intimité saisis sans impudeur (pas facile !). Pour un premier film, Vincent Garenq s'en sort franchement bien. On regrettera tout juste les deux-trois scènes finales, un peu redondantes, mais l'ensemble reste une heureuse surprise.

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2 commentaires

  • Anonyme

    04/09/2008 à 13h09

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    Pourquoi ce film à la gloire des homosexuels en mal d'enfants: ils n'assument pas leur problème les pauvres.  Ou bien on a un enfant avec l'autre, celui ou celle qu'on aime et qui est sexuellement complémentaire. Ou bien on n'aime que sa propre image (problème des homo) et alors  il faut assumer . Un enfant n'est ni un chat ni une voiture auxquels tout le monde aurait droit. Le "droit à l'enfant" c'est grotesque. C'est l'enfant qui a des droits : il me paraîtrait plus humain que les homosexuels aillent en  adopter un . Il y en a tellement d'orphelins qui attendent désespérément qu'un adulte lui apporte l'affection qui lui manque.   Ce film n'est pas un progrès pour les femmes.... on n'est pas des ventres !

  • Umbriel

    02/10/2008 à 16h13

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    J'avoue avoir été déçu par le film. Surtout la fin et ce besoin de faire un pseudo happy end (les 5 dernières minutes sont de trop).


    J'ai trouvé certains personnages assez caricaturaux, peut être un peu trop. Il faut reconnaître par contre, que Lambert Wilson est plutôt bon dans ce rôle.


    Ca reste un film qui pose de bonnes questions, sans nous imposer un point de vue.

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