7/10

Comme une image

Comme une image est une arme de précision massive. Chaque mot fait mouche, chaque réplique claque et ça déménage sévère à tous les étages. Les dommages collatéraux sont minimes. Bref le dernier "JaBac" (coopération entre Jaoui et Bacri pour ceux qui ne parlerait pas courament le parisiano-branchouille) est plutôt une réussite d'un cinéma "à la française" où ce ne sont pas les poursuites automobiles et les effets spéciaux qui prennent le pas sur la finesse du scénario.

Comme une image est le croisement de plusieurs vies autour d'un romancier misanthrope et autiste : Etienne Cassard. A la fois trou noir qui aspire tout autour de lui, véritable vampire social, mais en même temps complétement insensible et inatteignable. C'est sa fille, Lolita, qui subit cette indifférence avec le plus de mal. Lolita est mal dans sa peau, en pleine crise d'adolescence elle ne s'accepte pas. Ils vont croiser l'itinéraire de Pierre Miller un écrivain lui aussi en mal de reconnaissance et de Sylvia sa femme qui est professeur de chant...

Tout le sel de ce type de film réside dans les dialogues et la subtilités des compositions d'acteurs. En l'occurrence Comme une image est de ce point de vue une réussite. Bacri y joue son Bacri, c'est à dire un personnage puant, orgueilleux et insensible tout en étant hilarant. Mais c'est du bon Bacri, donc avis aux amateurs comme à ceux qui ne le supportent pas ! La perfomance de Marilou Berry est exceptionnelle et son interprétation d'une adolescente au physique ingrat est remarquable de sensibilité et de finesse. Une jeune actrice à suivre à n'en pas douter.

Une des caractérisitiques de ce genre de production est qu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une "histoire" avec une tension dramatique énorme. L'histoire d'amour entre Lolita et Sébastien joue certe le rôle de moteur et fournit un squelette au film mais j'ai plus eu l'impression que j'assistai à une tranche de vie. J'imaginais pendant la projection qu'une caméra s'était approchée des personnages pour s'en aller comme une comête qui croiserait la terre avant de repartir dans l'espace. Il n'y a pas vraiment de conclusion, tout juste le constat qu'entre la vie rêvée et la réalité, les aspirations et les renoncements il y a un fossé infranchissable. Je dois avouer que cela donne un petit côté "instants volés" qui n'est pas déplaisant.

Cependant une des limites de ce film est la mysandrie constante qui s'en dégage. Je ne sais pas si c'est par ce que je suis un homme mais ce parti pris m'a un peu freiné dans mon appréciation du film. En effet les personnages masculins sont tous, à l'exception de sébastien (mais son rôle est vraiment trop linéaire pour être significatif, à la limite il est l'alibi), plutôt grossiers veules et insensibles. A l'opposé se trouvent des personnages féminins, avec Jaoui qui ne résiste toujours pas à son péché mignon : se donner le beau rôle, qui s'ils ne sont pas parfaits font au moins montre d'une certaine prise de conscience qui fait défaut aux mâles. Bref les mecs sont d'indécrotables débiles et on se demande bien ce que les femmes font avec eux...

A découvrir

Dark Crystal

Partager cet article
A voir

Old Boy

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • hiddenplace

    07/10/2004 à 00h00

    Répondre

    Je reviens de ma séance de ciné , et pour ma part, clairement, je suis déçue par ce nouvel opus Jaoui-Bacri...pas vraiment pour le film en lui-même; car il est assez bien composé, comme dirait Kassad, on apprécie les dialogues et les petites manières de chaque personnage (bien qu'un peu caricaturaux parfois, et donc souvent prévisibles), mais le seul hic...c'est qu'il n'y a eu que quelques mois entre la sortie de Comme un image et celle du Rôle de sa vie (avec la même Agnès Jaoui, mais pas écrit par elle), du coup, c'est flagrant: même si c'est un thème riche et qui peut alimenter films et livres à foison, POURQUOI Agnès Jaoui a-t-elle choisi d'écrire spécifiquement ce film, qui traite exactement du même problème? C'est un peu gros comme une maison, les interactions entre personnages sont pratiquement équivalentes d'un films à l'autre (sauf que Bacri prend la place de Jaoui ici, et Jaoui celui de Viard)...on peut concéder qu'il y quelques personnages en plus dans Comme une image: la fille que son père ne regarde pas, son petit copain aussi par la même occasion. Le jeu des acteurs est d'ailleurs remarquable, rien à dire dessus...
    Même si à un autre moment j'aurais grandement apprécié ce film, je n'arrive pas proscrire toute comparaison avec Le rôle de sa vie. C'est dommage, car sinon, le film est intéressant dans son entité. Il me semble juste inutile à présent.

    A ne voir que si vous n'avez pas vu le Rôle de sa vie.

Participer à la discussion

Nous nous réservons le droit de ne pas publier les commentaires qui ne nous semblent pas appropriés (netiquette, loi, point godwin, imbécillité profonde, etc.). Et ne venez pas crier à la dictature !

Vous allez commenter en tant qu'invité-e :

Krinein cinéma, c'est l'actualité et les critiques de films qui sortent au cinéma, en dvd et en bluray .

Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

Rubriques