6.5/10

Combien tu m'aimes ?

Monica Bellissima

B. B. est de retour au cinéma ! Rassurez-vous, il ne s'agit pas de Brigitte Bardot mais de Bertrand Blier : les bébés phoques peuvent dormir sur leurs deux oreilles.
Les cinéphiles eux s'interrogent, est-ce le retour du génial réalisateur de Buffet froid ou bien celui du piteux Les côtelettes ? Bertrand Blier reste en tous cas fidèle à lui-même dans les thèmes choisis. L'argument du film tient en une phrase : François qui vient de gagner au Loto s'offre (il n'y a pas d'autres mots désolé) la plus belle pute de Pigalle, Daniela. Charly son souteneur/amant n'est pas vraiment de cet avis. La différence entre ce film et Mon homme est donc, à première vue et au niveau de l'argument, minime. On peut donc légitimement craindre une créativité en chute libre. De plus l'affiche mettant en scène une Monica Belluci, en femme objet, littéralement partagée entre deux hommes ravive les pires craintes.

Nous voilà en présence d'une énième variation sur le thème rebattu de la prostituée au grand coeur qui trouve le chemin de la rédemption grâce à un micheton sensible. Le terrain est donc miné et toute faute de goût risque de faire glisser le film vers les abîmes insondables de la sensiblerie bon marché. Mais Blier n'est pas le premier venu et Combien tu m'aimes est bien plus fin qu'il ne le laisse paraître au premier abord. B. B. est un malin et il multiplie les fausses pistes : au moment ou l'on croit que le film va trébucher sur un lieu commun il se rattrape et, par un retournement de situation improbable, prend une autre direction.

Si le scénario et les dialogues tiennent correctement la route, cela ne suffit pas à faire un bon film. Les acteurs sont primordiaux, surtout dans ce type de production où ce sont les dialogues et les plans rapprochés qui forment 90% des scènes. Je vous rassure tout de suite : Monica Bellucci est éclatante de sensualité et Bernard Campan confirme qu'il est un acteur capable de jouer tout en finesse. A ce propos on voit bien que Combien tu m'aimes est un film d'homme pour les hommes. Attention, je ne voudrais pas que vous vous imaginiez de mauvaises raisons, si je dis ça c'est surtout du point de vue esthétique. Monica Bellucci a des formes (d'autant plus qu'elle a tourné ce film juste après son accouchement) incroyables, impensables même pour un directeur d'agence de mannequin (je me rappelle des "tu as trop de formes" durant Top Model). Bref c'est le genre de beauté qui fait chavirer les hommes mais qui n'est pas du goût des femmes. Trop charnelle, trop animale peut être pour apparaître dans un magazine de mode, je ne sais pas...

Pourtant, vous devez le sentir à la manière dont j'écris cette critique, il y a un petit quelque chose qui m'a empêché d'apprécier pleinement ce film. Je crois que cela tient au caractère délibérément sophistiqué et délirant, bref à l'ambiance typiquement Blier que j'avais adoré dans Buffet froid. En l'occurrence ce ton décalé ne colle pas bien avec la finesse et la sensibilité du scénario et des acteurs. Les interventions de François Rollin et d'Edouard Baer, par exemple, font artificielles, même si dans un autre contexte elles auraient pu être réussies. Ce que Blier avait réussi à insuffler en émotion s'évanouit brutalement en une grosse farce. C'est son style, il faut le reconnaître, mais là ça gâche, ça énerve.

Aurait pu mieux faire. Oui ça fait un peu scolaire comme jugement mais c'est tellement juste. Il reste un film plaisant à voir mais qui aurait pu être d'une classe tellement supérieure avec un peu plus de sobriété. On pourra toujours se consoler (oui c'est une remarque machiste mais bon j'assume) avec une Monica Bellucci transcendante de volupté.

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