8/10

colt pour trois salopards (Un)

Belle de l'Ouest

Violée par trois bandits, sa maison brûlée, son homme assassiné, Hannie Caulder n'est malgré tout pas femme à se laisser faire. Il ne lui en faudra pas plus pour couvrir sa nudité d'un poncho, enterrer son mari, attraper une Winchester et s'en aller faire la peau aux trois fripouilles. En chemin, elle rencontre Thomas Luther Price, chasseur de primes désabusé, qui accepte de lui apprendre le maniement des armes. Aidé d'un mystérieux armurier qui lui fabriquera un colt sur mesure, Hannie sera désormais prête à assouvir sa vengeance...

Nous sommes en 1971 et dans le western, l'eau a bien coulé sous les ponts depuis la Trilogie de Sergio Leone. Si aux Etats Unis, les productions italiennes, brutales, violentes et en un mot, différentes, ont un peu de peine à convaincre, il faut tout de même signaler un mini-courant préférant s'inspirer du modèle transalpin plutôt que de le fouler aux pieds. Un Colt pour trois Salopards, film americano-anglais, fait partie de ces films servis al dente : violence explicite, défilé de sales gueules, de la poussière, de la saleté, quelques clins d'oeil et un Homme sans Nom. Tous les ingrédients d'un bon spaghetti !

Un Colt pour trois Salopards est un de ces petits westerns de série B assez efficaces, du genre qui vous divertit en une heure et demi avec son lot syndical de coups de pétoires, de romance et de phrases immortelles prononcées sous le soleil couchant. Mis en boite par Burt Kennedy, à qui l'on doit un Retour des 7 Mercenaires tout sauf palpitant mais aussi La Caravane de Feu, bien mieux inspiré, le film assume totalement son faux côté italien et se plait à lancer quelques références. Ainsi le costume d'Hannie Caulder, soit un poncho, un pantalon de cuir et un grand chapeau, rappelle le personnage de Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars et ses suites, le chasseur de prime qui arrête son malfrat en pleine partie de poker lorgne sans contestes vers ...Et Pour quelques dollars de plus, jusqu'à la musique qui souvent rappelle furieusement un thème de Morricone pour le Bon la Brute et le Truand. Parfois, la comparaison est hélas moins heureuse, lorsque Burt Kennedy, jouant probablement à l'Enzo Castellari du pauvre, nous livre vers les trois quarts du film un effet de ralenti absolument hideux. Eclats de rire assurés, un comble pour une scène qui se voulait dramatique...

A côté de cela, Un Colt pour trois Salopards est une barque plutôt bien menée, dotée d'un casting à l'avenant. Dans le rôle titre (car le film aux USA s'appelle tout bonnement Hannie Caulder), la belle Raquel Welch qui n'a pas besoin de flingues pour faire fondre les desperados du Far West. Une sorte d'Homme sans Nom au féminin tout à fait crédible, et tellement plus agréable que Clint mal rasé. On croise également Ernest Borgnine, éternel second rôle qui en fait des tonnes en malfrat bête et méchant et le taciturne Thomas Luther Price prend les traits de Robert Culp, acteur de télévision impeccable dans le registre de la force tranquille. Finissons par Bailey, l'armurier, interprété par... Christopher Lee ! Christopher Lee qui suit là son habitude de baroudeur du cinéma en quittant les plateaux de la Amycus, où il terminait deux films d'horreur, pour se laisser pousser une belle barbe et apporter sa carrure à ce western. Méconnaissable en artisan jovial, le comte Dracula laisse tomber sa cape de vieil aristocrate et s'en donne à coeur joie dans un rôle qui surprend autant qu'il fait plaisir à voir.

Quelques belles fusillades, une poignée de scènes pas vilaines, un peu d'humour, une introduction de haute volée, un souffle d'immortalité... Tout est réuni pour un plaisir qui se boude difficilement. Un Colt pour trois Salopards se fend même d'un soupçon de fantastique, par les apparitions courtes mais significatives d'un mystérieux homme en noir. Chasseur de primes ? Homme d'église ? De lui on ne saura strictement rien, si ce n'est qu'il tire vite et bien. Ce n'est certes pas du niveau d'un Pale Rider, mais l'occasion d'apporter un peu de mystère bien agréable et une occasion bienvenue de cogiter : serait-ce le diable ou la conscience d'Hannie qui se matérialise là ?

Au final nous voici avec un western un peu fourre-tout, mais qui a l'avantage de l'originalité et d'un capital de sympathie à toute épreuve. A défaut de devenir un classique, Un Colt pour trois Salopards semble bien avoir inspiré quelques réalisateurs contemporains. On peut retrouver dans cette belle histoire de vengeance un des multiples brouillons du Mort ou Vif, de Sam Raimi. Et pourquoi ne pas citer Tarantino ? Une femme qui se venge avec une arme créée spécialement pour elle, ça ne vous rappelle rien ?


A noter que vous pouvez trouver ce film en DVD pour moins de 10€ avec le numéro 44 (octobre 2004) de DVD Mania.

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