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Cold Prey 3 : le vilain petit canard norvégien

Initiée en 2006, la saga horrifique se termine (normalement) avec ce Cold Prey 3. Si Cold Prey et Cold Prey 2 avaient su convaincre grâce à une galerie de personnages intéressants, le troisième et dernier volet de la série se fourvoie complètement en plongeant la tête la première dans les clichés de base du slasher. Avec des situations vues et revues, Cold Prey 3 aura bien du mal à tenir le spectateur devant son écran pendant l'heure trente qu'il demande.

> La critique qui suit contient bien évidemment quelques spoilers. Si vous n'avez pas vu Cold Prey et Cold Prey 2, il est conseillé de ne pas lire le billet avant de les avoir visionné.


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Cold Prey
est une licence horrifique norvégienne initiée en 2006 avec un premier épisode qui, sans être un incontournable du genre, était dans sa globalité une bonne surprise, à tel point que la majeure partie de la presse spécialisée de l'époque l'a logiquement qualifié de « succès surprise », renforçant ainsi l'aura qui s'en dégageait. Grâce à ce succès commercial et critique, le long-métrage de Roar Uthaug a su gagner sa place dans différents festivals à travers le monde, notamment le Festival du film fantastique de Gérardmer en 2009 où il fut présenté pour la première fois en France en même temps que sa suite, sobrement baptisée Cold Prey 2. Un cran en dessous de ce qu'avait pu proposer son aîné, la première suite avait néanmoins préservé l'essence de la récente franchise, à savoir une photographie impeccable et des personnages non-caricaturaux. C'est donc avec une certaine curiosité que l'on accueille le troisième, et a priori dernier, volet de la série. Une fois n'est pas coutume, Fantefilm a changé de réalisateur et laisse une chance incroyable à Mikkel Braenne Sandemose qui signe là sa première œuvre cinématographique. Aux vues du résultat, on peut d'ores et déjà dire que mal leur en a pris puisque Cold Prey 3 a clairement joué la facilité et ne propose qu'un slasher banal, à la limite du caricatural.


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Quand on ne peut plus utiliser un boogeyman dans le présent, le mieux est de revenir sur ses origines pour répondre à deux questions essentielles : pourquoi et comment il en est arrivé au stade de psychopathe. En vogue pendant un certain temps, la méthode de la prequel a été de nouveau utilisée dans Cold Prey 3, la faute à un tueur déjà mort deux fois. Si l'idée pouvait être bonne sur le papier, il ne faut pas oublier que quasiment tout avait été expliqué dans les épisodes précédents, renforçant ainsi l'idée de la suite faite sur commande. Dans les faits, nous n'apprenons absolument rien sur le tueur et son enfance. Seule la séquence d'introduction pré-générique se situant en 1976 nous parle de ce stade de sa vie, séquence qui ne durera d'ailleurs pas plus de quelques minutes. Après cette mise en bouche superflue, on se retrouve directement douze longues années plus tard, sans explications, en train de suivre une bande d'amis explorant les magnifiques forêts norvégiennes. La nuit tombe et il va bien falloir trouver un endroit où dormir. Insatisfaits d'un hôtel abandonné (le même qui servira de planque pour le tueur par la suite), les six jeunes décident de camper à la belle étoile. Bien évidemment, ce choix ne s'avèrera pas être une très bonne idée.


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Dès la lecture du synopsis, on avait la crainte que tout ce qui avait pu faire l'originalité des deux premiers opus de la franchise soit soigneusement démantelé. Et malheureusement, force est de constater que c'est le cas, à commencer par les protagonistes. Si ceux de Cold Prey étaient vraiment plaisants à suivre et apparaissaient sympathiques devant la caméra, ceux de Cold Prey 3 sont des horreurs sans communes mesures. Puisant son inspiration dans ce que les années 80's avaient de meilleur à offrir en termes de stéréotypes, les six adolescents sont totalement sots, débilité renforcée grâce à des lignes de dialogues littéralement périmées. Périmé, c'est sûrement le mot qui convient le mieux pour décrire ce qu'est Cold Prey 3 dans le fond car les clichés utilisés par le slasher ne s'arrêtent pas qu'aux protagonistes. Les situations dans lesquelles ils se trouvent sont tellement téléphonées que l'on devine bien à l'avance le sort qui leur est réservé. Par exemple, à un stade avancé du film, deux des six amis (un garçon et une fille) sont blessés et dans un sale état physique. Ils voient une maison non loin et décident d'y quémander de l'aide. La personne y résidant s'avère être un homme bien douteux (le genre ermite qui a des pulsions sexuelles incontrôlables – au passage, un autre cliché) et pour qu'ils puissent utiliser le téléphone, il faut que le garçon reste dehors. Mais que va-t-il arriver à la fille ? Quel suspense insoutenable.


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C'est ce genre de situations vues et revues une dizaine de fois qui plombent complètement l'intérêt de Cold Prey 3. Malgré tout, il faut avouer que certaines scènes sont de très bonne facture et distillent de vrais moments de tensions comme le passage où quelques rescapés font cache-cache avec le tueur dans une maison de petite taille. La façon dont le montage est effectué rend cette scène admirable – d'ailleurs, la réalisation est globalement de qualité, mais ces passages sont malheureusement trop peu nombreux pour réellement faire décoller le film qui stagne méchamment au rang de simple slasher dispensable. Ce constat est d'autant plus dommage que la photographie employée est encore une fois remarquable et retranscrit à la perfection la beauté des paysages norvégiens. Bien que la forêt est pris la place de la montagne enneigée, le bilan est le même que pour les deux autres Cold Prey : une envie soudaine de visiter la Norvège nous prend en retirant le DVD du lecteur. Mais de beaux et bons décors n'ont jamais rendu un film agréable à regarder si ce dernier était mauvais.

Au final, Cold Prey 3 ne fait clairement pas honneur à la licence. Suite inutile au possible, le prétexte de remonter aux origines de la terreur ne parvient même pas à convaincre tant il est survolé en seulement quelques minutes. Mais le véritable problème provient surtout de la progression stéréotypée du film. Mikkel Braenne Sandemose a bien étudié ce qui se faisait durant l'âge d'or du slasher et vient mettre sur pellicule tout ce qu'il a appris. Mais dans l'équation, le cinéaste a oublié de prendre en compte que nous sommes en 2011 et les codes ont grandement évolué au fil du temps. Il ne reste donc de Cold Prey 3 qu'une excellente photographie et deux ou trois scènes efficaces. Ceci étant dit, il peut facilement servir de Bible afin de montrer aux futurs réalisateurs de slasher ce qu'il ne faut plus faire à l'heure actuelle…

> Cold Prey 3 étant sorti il y a quelques jours en DVD/Blu-Ray en France, StudioCanal propose un coffret regroupant les trois épisodes (24,99€ pour le pack DVD et 29,99€ pour le pack Blu-Ray). Une bonne occasion de s'offrir l'intégrale de la série horrifique à petit prix.


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