6.5/10

clefs de bagnole (Les)

Potiche dans Nulle part Ailleurs, compère provoc' d'Ardisson dans Double Jeu puis dans Tout le monde en parle et auteur à succès de la pièce de théâtre Sexe, magouilles et culture générale, Laurent Baffie s'improvise jardinier pour son premier film : Les clés de bagnole. Son challenge totalement avoué et assumé : faire un navet avec humour, inventivité et fierté.
Auparavant, zoophile dans l'âme, en 1998, il avait déjà tourné un court métrage Hot Dog que l'on peut découvrir avec étonnement et amusement juste avant la diffusion du film. La patte du maître Baffie est déjà décapante et décalée.

Baffie a galéré sept longues années pour sortir un film de merde dont personne ne voulait. Le prégénérique avec les acteurs et producteurs refusant le film (qui constitue en partie la bande-annonce du film) est la juste et drôlissime autoparodie du chemin de croix pour faire son film. Le porte à porte ayant échoué, Baffie fut donc obligé de produire lui-même son navet. Mais, en plus d'en signer le chèque, il signe dialogues, scénario, réalisation et y joue son propre rôle. Beaucoup pour un seul Baffie...

L'histoire... euh, l'histoire, c'est qu'il n'y a pas vraiment d'histoire. Un type (Baffie) cherche ses clés de voiture avec son pote (Daniel Russo). C'est surtout le prétexte pour se faire plaisir à faire son cinéma. Pour obtenir la recette du film à succès, il suit scrupuleusement les règles d'or du milieu : quelques poignées de nenfants, une pincée de sexe soft, une cuillère à café d'amour express, une louche d'actions pas chers, un spray d'effets spéciaux inutiles mais vendeurs, des animaux à foison, une giclée de dialogues coupés à la scie sauteuse, 23 cuillères à soupe d'humour baffiesque, un gramme de message philosophicoexistentiel trouvé dans Bonux. A cette mixture, il faut bien entendu ajouter quelques guests stars bien commerciales (ou bankables pour les initiés). Depardieu, Jamel, Bigard, Galabru et Chabat se prêtent au jeu, dans des rôles à contre emploi que je laisse découvrir aux tits curieux (ceux de Djamel et Chabat valent à eux seuls le coup d'oeil ^^).

La recherche des clés de bagnole est un patchwork de saynètes/sketchs (assemblés avec plus ou moins de bonheur) qui sont souvent de multiples références à des films ou au monde du cinéma. Le concept même du film dans le film avec son analyse baffiesque de la réalisation, de l'inspiration, du cinéma était intéressant. Problème majeur : le film manque souvent de rythme et s'essouffle par moments, ne supportant plus sa faiblesse scénaristique de base. De même, les répétitives coupures de "l'histoire" par un microtrottoir (où Baffie demande l'avis des passants) ne sont pas toujours très drôles, ni pertinentes, bien que l'idée soit sympatoche.
Néanmoins, pour les fans de Baffie, le film est le portrait craché de son père : caustique, absurde, moqueur, zoophile jusqu'au bout des griffes, amoureux du cinéma, amusant voire divertissant. L'imagination cinglante de Baffie se retrouve particulièrement dans des scènes remarquables d'ingéniosité et de trouvailles (la scène de la boutique d'animaux, la séparation entre Baffie et son chien, la course de voiture pas cher).

Piètre acteur mais pitre cathodique pas très catholique dans le sacro-saint monde du cinéma, Baffie propose une autre idée du cinéma. L'apôtre du "nawak" assène une première claque avec un film inclassable qui risque d'avoir du mal à trouver son public.
Mais pour une fois qu'on nous propose au menu un bon navet autoproclamé, sans se prendre au sérieux...

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4 commentaires

  • gyzmo

    11/06/2005 à 00h10

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    le vocabulaire de cette critique a très bien été pensé pour recadrer ce film de Laurent Baffie. malgré tout, jaimerai essayer denfoncer un clou supplémentaire car jai revisionné ces Clés de Bagnole il ny a pas longtemps et cela ma inspiré une ou deux petites réflexions.

    tout dabord, en essayant déviter de tomber dans le fanatisme, je dirais que le nom de Baffie évoque pour moi le patronyme dun Dieu. rien de moins.
    je suis avec une certaine dévotion cet humoriste depuis sa naissance cathodique. il mapporte réconfort et joie. il est la raison pour laquelle jaime de temps en temps allumer mon poste de télévision dans lespoir de le voir jouer de sa répartie foudroyante et de sa capacité à faire du rentre-dedans.
    lorsque jai appris que Laurent Baffie sortait une uvre de cinéma, je me suis mise n transe avant lheure.
    quand jai lu sur laffiche "ny allez pas, cest une merde !", jai entendu le message caché du réalisateur et jai tout de suite su quil proposait à ses fidèles la première page dune nouvelle doctrine messianique.
    car si on y regarde dun peu plus près, cette épître cinématographique est en quelque sorte le Sacrifice dun contemporain incompris et porteur de la bonne nouvelle : tout le monde a le droit de faire son cinéma, aussi minable soit-il!

    si javais eu une mauvaise langue, jaurai dit que le talent de Laurent Baffie nest à laise que dans lurgence de la blague réactive, que sil réfléchit trop, que cest râpé et que le format de premier long-métrage ne favorise pas la fulgurance dune scène sur lautre et oblige les passages à vide.
    si javais eu envi de blasphémer, jaurai souligner les problèmes d'argents qui ont restreint considérablement limagination de Laurent Baffie (avec lexemple impitoyable à lappui des 2 ou 3 gambas absents des aqua-toilettes!).
    si, enfin, javais été un hérétique, jaurai proclamé bien haut que des Clés de Bagnole affrontant des épées du Seigneur des Anneaux (sorti au même moment), cétait le mont Calvaire assuré!!
    or, ma foi en Laurent Baffie est inébranlable!
    et la foi de Laurent Baffie lest tout autant que la mienne!
    effectivement : jai entendu lautre soir chez Thierry Ardisson que Laurent Baffie travaillait sur une nouvelle uvre cinématographique.

    si javais eu un marteau, jaurai tapé sur mon téléviseur pour voir sil ne déconnait pas encore une fois

  • lejlp

    15/06/2005 à 15h52

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    Interessant que cette description ! Tout à fait d'accord !

  • Manfred Jix

    11/07/2006 à 08h10

    Répondre

    Aïe je serais donc le seul à avoir aimé ce film? J'ai rit, beaucoup, j'ai apprécié l'univers complètement barré et même si je n'ai pas retrouvé la puissance caustique de Baffie qui en un quart de seconde trouve la réplique qui tue que tu n'aurais même pas rêvé balancer à ton pire ennemi, j'y trouve de la magie, du rêve et somme toute un bon moment. L'apparition de Gotlib à l'écran m'a bien fait marré... La gag de "Il est terne à la station Ternes aussi" (faut dire que ma copine habite pas loin de cette station donc j'y passe tous les jours ou presque donc ça m'a fait rire...) Enfin je ne sais pas vraiment pourquoi mais j'ai adoré ce film...

  • El Zozio

    11/07/2006 à 12h14

    Répondre

    Non tu n'est pas seul!

    Je ne suis pas baffiste, et pourtant j'ai adoré!
    C'est d'une derision enorme et c'est completement original!

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