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cité des enfants perdus (La)

Poétique et onirique. Inquiétant et éblouissant. Incontournable et inoubliable. A voir et à revoir.

Dans un port brumeux, teinté d'ocre et de vert, Miette et sa bande de gamins orphelins n'ont d'autre choix que de voler pour survivre. Ce qui n'empêche pas les redoutables Cyclopes de kidnapper de temps à autre un de ces gosses errants. A la suite de l'enlèvement d'un gosse, Denrée, Miette va découvrir le géant One, grand frère par adoption du gamin. Ensemble, ils vont se mettre à la poursuite des Cyclopes, une poursuite qui va les emmener chez d'étranges créatures... Dans ce monde enfantin peuplé de cauchemars, vont-ils réussir à libérer Denrée ?

Miette sans famille

Les Goonies de Jeunet
L'Empire contre attaque
L'univers de La cité des enfants perdus sort, semble-t-il, tout droit de l'enfance. Comme dans Delicatessen, on croise ce monde sans âge où sont conservés de vieux jouets d'antan, des instruments de musique dépassés et mélancoliques. Jeunet et Caro font ainsi revivre des souvenirs d'autrefois, des souvenirs de gosses. Comment ne pas voir dans ces bandes de gamins nos propres groupes de copains prêts à faire les 400 coups ? Comment ne pas voir dans La pieuvre l'image de ces institutrices revêches et sévères que nous avons pu côtoyer sur les bancs d'école ? Plus que l'enfance, c'est d'ailleurs finalement les cauchemars de l'enfance qui sont révélés dans La cité des enfants perdus. Ici il n'y a pas de parents, les enfants sont tous des orphelins obligés de voler pour survivre. Les différents personnages semblent être échappés d'un cirque de fous : des siamoises méchantes et égoïstes, un dresseur de puces La Menace Fantôme
La Menace Fantôme
toxicomane. Dans ce freakshow qu'aurait sans doute apprécié Tod Browning, il ne manquerait plus que d'inquiétants clowns pour compléter le tableau : ils sont heureusement avantageusement remplacés par des Pères Noëls effrayants. La cité des enfants perdus est assurément un univers sombre et effrayant, loin des  contes aseptisés.

Une histoire de famille

Plus loin que le port, de l'autre côté de la mer verte, après un champ de gigantesques mines marines, le cauchemar prend un nouvel aspect avec une collection de créatures issues du cerveau malade d'un savant fou formant une étrange famille. Mlle Bismuth représente la mère tandis que des clones intellectuellement et sujets à la narcolepsie, en même temps que terriblement drôles, sont les enfants. L'oncle, lui, n'est qu'un cerveau survivant enfermé dans un bocal. Cette famille ne vit que pour L'Attaque des Clones
L'Attaque des Clones
les ordres du grand frère : Krank (qui signifie malade en allemand) est grand, décharné et condamné à usurper les rêves des autres, notamment ceux des enfants. Finalement, le seul adulte rassurant est One, le fameux costaud de la foire qui arrache ses chaînes à la force de ses muscles. Pour Miette, il sera à la fois l'amoureux, le père et le grand frère qu'elle aurait aimé avoir. Le grand costaud, la fillette débrouillarde et le gamin vorace formeront tout simplement une nouvelle famille dans ce monde sans espoir.

Lauréat de 4 Césars avec Delicatessen, le duo Caro et Jeunet transforme l'essai avec ce nouveau long métrage, mis en scène quatorze ans après que l'idée originale leur a germé dans le cerveau. Toujours grâce à leur casting inouï en même temps qu'improbable (Ron Perlman et Daniel Emilfork en tête ici, mais on n'oublie pas Dominique Pinon ou Jean-Claude Dreyfus), ils s'imposent ainsi comme des formidables explorateurs des rêves et des cauchemars, comme peuvent l'être Michel Gondry ou Tim Burton. Jeunet sera reconnu par Hollywood en réalisant le quatrième épisode de la saga Alien avant de rencontrer un succès planétaire avec Le fabuleux destin d'Amélie Poulain. Histoire à suivre...

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

1 commentaires

  • riffhifi

    23/10/2009 à 10h13

    Répondre

    J'ai toujours gardé une préférence pour Delicatessen, qui reste plus cohérent que la succession de scènes (géniales) de La cité. Mais difficile d'oublier la séquence d'ouverture avec les pères Noëls. Ou la musique d'Angelo Badalamenti sur la scènes des puces. Ou la vision du cerveau dans son bocal. Ou... (etc.)

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