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Cité des Anges (La)

Les anges vivent parmi nous, nous écoutent, nous apaisent. L'un d'eux est Nicolas Cage, quelques années avant de devenir un démon du nanar d'action.

Remake, remake, quand tu nous tiens ? Hé oui, La Cité des Anges est encore un remake, et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de celui du film Les Ailes du Désir (1987) de Wim Wenders. De la ville de Berlin, et d'un travail de photographie esthétisant, nous voici à Los Angeles, en pleine comédie romantique américaine. On y perd un peu au change, certes... 

Nicolas fait son Dark Angel
Nicolas fait son Dark Angel
Il y eut une époque chaste où la comédie romantique était un genre très populaire et marquée par des sommités d'Hollywood, où même un film fantastique pouvait s'abstenir d'utiliser le département des effets spéciaux, et où Nicolas Cage n'avait pas de moumoute et encore moins l'ambition de devenir un acteur de film d'action indéfendable. Cette époque, à la fois si lointaine et si proche, ce sont les années 90. Beaucoup de choses ont changé depuis, notamment Meg Ryan. L'actrice, médiatisée pour ces rôles de jolie nunuche à tendances lacrymales, est passée depuis sur le billard pour se faire gonfler chirurgicalement les lèvres et les pommettes, le résultat étant tout sauf esthétique. Quant à Cage, je me permets de revenir sur cette histoire de postiche tout en précisant que, plus le subterfuge capillaire fut audacieux, plus la vautre fut mémorable (consacrons également une parenthèse à son fameux relevé de sourcil, inimitable).
La Cité des Anges est un bel exemple de ce que fut cette décennie. Le film nous présente l'infortune de Maggie Rice, chirurgien d'un hôpital de Los Angeles, jusqu'à maintenant pourvue d'un postérieur bordé de semoule de blé séché. Un jour, le cœur d'un de ses patients cesse de faire boum en pleine opération, et la remise en question s'impose. Au milieu des larmes et de toutes ces petites questions qui ne cessent de la hanter, un autre cœur fait boum : celui de Seth. Mais Seth, c'est un ange, une entité qui n'est pas visible par les mortels et qui rejoint ses potes tous les matins et tous les soirs pour voir le soleil disparaitre et apparaître. Sinon, hé bien, il accompagne les morts dans l'au-delà et procède à de menues interventions dans la vie quotidienne de toutes ces âmes si tourmentées. Bref, Seth a le béguin, mais c'est un ange : il ne sait rien de la vie des hommes.

Meg fait sa nunuche heureuse
Meg fait sa nunuche heureuse
Ce que je viens de décrire est une « comédie romantique à tendances fantastiques mais néanmoins stéréotypée jusqu'au trognon ». Ramenons tout à la plus simple expression de la problématique : les deux tourtereaux appartiennent chacun à un monde qui n'a rien à voir avec celui de l'autre. Un peu comme DiCaprio et Winslet dans Titanic, sauf que là, on parle de plan d'existence, d'où la notion de fantastique. D'ailleurs, Meg Ryan connaît bien, elle est déjà tombée amoureuse d'un duc de XIX siècle projeté dans le futur (Kate & Leopold). L'intrigue sera de voir comment les deux têtes d'affiche seront réunies au cours du film, par le sacrifice ou le dévouement. Car le couple a beau en avoir gros sur le cœur, ils ne peuvent avoir réellement de rapports physiques. Une « loose sentimentale », comme certains disent dans le métier (surtout moi, en fait).
Sur ce terrain, Meg Ryan joue à domicile et se montre imbattable : un petit regard bleu, un petit sourire, une petite larme, et c'est emballé. Impressionnante de maîtrise technique, elle porte le style romantique à elle toute seule, devient l'étalon type, la référence incontournable. On a envie de la voir dans toutes les comédies romantiques, ou peut-être pas. En fait, on a déjà l'impression de la voir partout, tellement sa composition, passablement juste au demeurant, ramène à n'importe quelle nunuche de comédie romantique. Ici est peut-être l'élément qui fait de Meg le fer de lance indéboulonnable du genre.
Par contre, pour nous qui sommes habitués à voir Nicolas Cage faire tout péter dans de sombres nanars (Ghost Rider, Next, Bangkok Dangerous), la surprise est de taille ! Cage est tout en retenu, tout en douceur, tout angélique qu'il est, le visage constamment hébété, feignant la compassion à l'extrême. Sa prestation est presque touchante. En plus Meg le trouve trop trop beau, donc c'est plutôt bien parti pour ces deux là.

Et voilà le travail !
Et voilà le travail !
La Cité des Anges a beau avoir des allures fantastiques, ce n'est pas pour autant l'aspect qu'il voudra mettre en valeur. Aucun véritable effet spécial n'y sera compté. Le gros travail des acteurs sera donc d'ignorer la présence des nombreux figurants angéliques qui envahiront la plupart des scènes, eux se contentant généralement de poser délicatement leurs mimines sur les épaules des mortels pour les apaiser. Pas bête, à ceci près que les « anges » en question se baladent tous en grand manteau noir, conférant au tableau des allures macabres. Une volonté ? Possible, mais les voir se retrouver tous sur la plage pour admirer le coucher de soleil fait plus penser à une obscure secte très dangereuse qu'à une intervention divine.
Un travail considérable à été produit pour donner au film une certaine intensité émotionnelle, à travers une lenteur constante et générale. Ici, on ne tape dans l'explosion de sentiments, mais dans la sentimentalité brute, la beauté des images, les regards, et la douceur. Brad Silberling, à la réalisation, tente de la jouer spirituelle, s'attache aux pensées des gens, et aux réflexions métaphysiques de ces êtres surnaturels. Le noyau reste négligeable, mais ne verse pas dans le ridicule, tout du moins pas tout le temps. Difficile en effet de rester stoïque devant la deuxième moitié du film, plus explicite, qui gâche un peu les efforts produits jusqu'ici pour construire un film hors norme. L'afféterie de certaines situations, et notamment celles appartenant au dénouement, pourront arracher quelques blagues à certains et des larmes à d'autres, tout est question de sensibilité.

La Cité des Anges, c'est l'histoire de deux cœurs qui font boum, ceux de Meg Ryan et de Nicolas Cage. La première est mortelle, l'autre est un ange, ce qui constitue la principale problématique du film. Un peu fantastique certes, surtout dans les idées, mais le film reste balisé dans les codes de la comédie romantique des années 90, les grignotant jusqu'à la moelle.

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1 commentaires

  • Anonyme

    02/12/2008 à 23h27

    Répondre

    Les Ailes du Désir avec Peter Falk (Columbo) et oui.


    Sinon, de souvenirs, les anges souffrent aussi: pas de sentiments peuvent pas mourrir.


    Et la fin, quelle claque: tout cela pour cela [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/bouhou.gif"%20border="0[/img]

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