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Christmas

Christmas est, de bout en bout, un film inintéressant qu'on ne peut que regarder de l'oeil lointain du spectateur qui n'est pas touché. Dispensable.

Si Noël revient, dans les séries, chaque année, un peu comme la crise de foie, Noël semble beaucoup moins présent au cinéma, si ce n'est dans des comédies pas très fines ou dans de sentimentales bluettes passables. A croire que la période ne se prête pas franchement aux films noirs. Christmas de Abel Ferrarra, sorti en 20001 semble se démarquer des thèmes habituels en s'intéressant à un couple de dealers de cocaïne.

L'histoire

Côté pile, Drea de Matteo et Lillo Brancato (ils n'ont pas de noms dans le film) forment un très beau couple de riches new-yorkais vivant à Manhattan. Noël approchant, la femme assiste à la fête de l'école de sa petite fille, tandis que le mari écume les magasins à la recherche du cadeau rêvé, la fameuse poupée Party Girl. Côté face, ils sont "les Dominicains", revendeurs de drogue dans le Bronx, à la tête d'un véritable gang. Une vie paisible et tranquille donc, à peine perturbée par la diminution du marché à cause des fêtes de Noël. Du jour au lendemain, cette situation va dégénérer avec le kidnapping du mari, et l'apparition d'un vilain malfaiteur, joué par Ice-T, qui tentera d'extorquer le plus d'argent possible à la femme. Avec en filigrane une question importante, est-il temps d'arrêter le deal de drogue ?

Manhattan et Bronx

L'avantage avec les films sur les gangs new-yorkais, c'est qu'ils donnent presque toujours de superbes images. On imagine toujours clients et fournisseurs s'échanger leurs produits sous un néon clignotant, dans une ruelle sombre, tandis que dans le quartier d'à côté, les honnêtes gens se livrent à des activités d'honnêtes gens. Christmas ne manque pas le coche de ce côté-là. L'antagonisme se manifeste évidemment par le côté sordide du Bronx et le luxe de Manhattan, par la nuit obscure et la nuit lumineuse. Le fait de placer l'action au moment de Noël permet encore plus de mettre en relation ces deux côtés d'une ville schizophrène. La frivolité de Noël et la gravité du trafic de drogues. Jingle Bells contre gangsta rap. Doit-on voir alors dans le couple sans nom une manifestation de la ville en elle-même ? Avec Ice-T en mode deux ex machina ? Difficile à dire.

Ice-T en Père Fouettard

Toujours est-il que cette histoire de dealers et de kidnapping reste au départ dans des chemins bien tracés avec pour seul suspense, la réussite ou l'échec de la femme dans le sauvetage de son mari. Va-t-elle réunir assez d'argent pour contenter cet étrange ravisseur ? Ce n'est certes pas franchement novateur, et ne reste d'ailleurs que vaguement intéressant. On se dit que c'est un film qu'on a vu des centaines de fois. Et on commence à bailler en le regardant quand, soudainement, sans crier gare, à quelques minutes de la fin, le scénario prend un virage à 90° et tombe dans une sorte de fable moralisatrice avec un Ice-T dans un rôle assez inhabituel, celui d'un ange gardien (ou peu s'en faut) pas crédible pour un sou. Avant que le film ne reprenne encore un virage à la corde en dérapant dans un retournement de situation de dernière minute (pour ceux qui n'auraient pas fait attention cinq minutes avant).Et laisse le spectateur dans un état plus que dubitatif, entre ennui et désespoir.

Ferrara est pourtant un réalisateur reconnu. C'est sans doute pour cette raison que Christmas a fait l'ouverture de la sélection Un certain regard du Festival de Cannes en 2001. Parce que Christmas est un échec dans les grandes largeurs. Echec d'un scénario inutilement touffu. Echec de personnages loin d'être crédibles. Echec d'un twist final qui n'amène rien au film. Seuls l'image et le son sauvent un film qu'on ne peut que regarder d'un oeil torve et lointain.

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A propos de l'auteur

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