8/10

choix du destin (Le)

Fresque au goût certain, réalisé par un futur maître du cinéma Hollywoodien. Paul Verhoeven arrive ici à lier le subtil à l'agréable laissant légèrement de côté ses partis pris artistiques crus. Mais une fresque est faite pour être belle. Il s'agit donc probablement d'une belle victoire et d'une libération pour un sujet trop peu connu.

La Hollande est un beau pays où il fait bon être un jeune homme brillant aux yeux bleus. C'est du moins ce que pense Erik dans sa petite vie paisible de jeune premier lorsqu'il rentre à la faculté de Leiden en 1939. Il rencontre alors la jeune bourgeoisie du pays et s'étale dans un cadre de vie mêlant l'insouciance des nuits sans lendemains aux représentations d'un peuple fier noyé en pays royaliste et fort. Puis la guerre éclate entre les Allemands et le Monde et s'ensuit d'une capitulation quasi immédiate d'une armée Hollandaise qui se déplace à vélo au milieu des moulins. Tandis que la bande d'amis se déchire entre la résistance et la passivité, le monde évolue et transforme les peuples à l'image des hommes que nous suivons dans cette fresque mêlant les trois phases de la guerre la plus meurtrière que l'Europe ait connue : l'avant, l'actualité et la suite des événements.

Evènement phare de la période hollandaise de Paul Verhoeven, il signe ici le film qui lui permettra probablement de s'installer plus tard aux États-Unis avec ses premières productions hollywoodiennes (Il signera également Black Book dans un registre simmilaire et 25 ans plus tard pour revenir en Hollande après son exil). Le grain en est d'ailleurs un peu similaire bien que techniquement inférieur en qualités graphiques. La construction des plans reste savante et déterminée, l'œil de la caméra tantôt sociologue, parfois paysagiste voire visagiste. Il n'y a toutefois qu'un pas entre ce film et La chair et le Sang du même auteur en termes de composition visuelle. Une fois de plus, mais cette fois dans un registre moins léger que les histoires de prostitution de Turkish Delight, le décalage et l'humour sain associés aux situations crues que nous propose Paul mélangent les genres pour accentuer le réalisme de vies déjà écrites et ressassées en y ajoutant la touche personnelle qu'on lui reconnaît. Les tortures, les mises à morts, sont moins exagérées qu'à son habitude et restent associés à une symbolique forte mais sobre donnant du pouvoir à cette œuvre.

Le film dont la mise en place lente détermine à la fois l'état d'esprit hagard des personnages principaux de ce micro-drame soudain ainsi que la lascivité des armées conquises et de la population déchirée qui revêt l'uniforme du drapeau orange ou celui de la croix gammée, s'accélère en fin de parcours. Le drame de guerre devient alors un film d'espionnage sérieux et efficace un instant après l'humour social et la satire militaire. Le mélange est plutôt savant bien que ne revêtant pas la perfection du récent Black book de ce même réalisateur. Un bon scénario aboutit toutefois à la découverte impressionnante des nombreuses facettes d'une histoire peu connue dans nos régions si peu éloignées. La fresque n'en est pas pour autant que démonstrative, mais déconstruit également les mécanismes du destin.

Rutger Hauer signe à nouveau un de ces personnages intransigeants et froids dont il tire les ficelles avec virtuosité. Il y apporte toutefois plus de subtilités qu'à son habitude et se mets au diapason d'une réalisation tout aussi feutrée. Les couleurs se réservent à la libération alors que le noir et blanc lointain qui glace les premières images du film pour cette même libération nous revient en mémoire et témoigne d'un film dont la véracité documentaire dénote de toutes les souffrances d'un peuple meurtri. A la fois récit et conte, il s‘agit d'un voyage long vers une liberté par définition toujours incomplète. Les survivants de ces tranches de vie absurdes partagent des souvenirs orchestrés dont la perfection affaiblit l'impact. Le brouillard londonien finit par envahir les canaux et le son et lumière un peu vieillissant fait résonner les murs des villes, romançant peut-être un peu trop l'Histoire par un biais artificiel.

L'héroïsme reste donc trop présent et pas assez émotionnel pour accrocher le spectateur au cours des deux heures trente de film. A noter toutefois une excellente prestation du deuxième rôle masculin en la personne Jeroen Krabbé dont la ressemblance à Lambert Wilson est impressionnante.

Un film complet aux allures de film d'espionnage des années 80 et à la subtilité des romans sociologiques visuels d'un Ken Loach et signé par un maître de la composante à dominante Orange, soldat d'un cinéma engagé dans le vrai, légèrement fourvoyé pour l'occasion dans le surfait d'une école américaine qu'on aime pour sa tendance naturelle à délier les sentiments.

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