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Chocolat, prisonnier du sujet

Chocolat, ce clown noir véritable star du début du siècle dernier a maintenant son film. Un film qui repose sur un argument de poids : c’est une histoire vraie.

Pourquoi choisit-on un film plutôt qu'un autre ? Est-ce que c'est à cause d'un acteur ou d'un réalisateur qu'on aime ? Est-ce que c'est pour assister à la promesse d'une mise en scène virtuose ? Ou plus simplement parce que le sujet nous parle ? Sûrement un peu tout ça, mais ces derniers temps il semble que le sujet soit devenu l'argument principal. Des films comme Imitation Game, Jobs ou Une merveilleuse histoire du temps reposent uniquement là-dessus, sur l'idée que ce n'est pas un film qu'on va voir, mais une version magnifiée de la réalité.

C'est aussi le cas de Chocolat. Omar Sy y incarne le clown du titre, un artiste noir qui a amusé la galerie au début du XXème siècle par ses numéros où il était associé à un blanc. Une première évidemment à l'époque où le bon peuple se déplaçait en masse aux expositions coloniales pour y voir en vrai des "sauvages" venus de cette terre exotique et dominée qu'est l'Afrique. La trajectoire de Chocolat est, il est vrai passionnante, et Roschdy Zem, le réalisateur du film, le sait. C'est d'ailleurs le seul intérêt du film.


Pour la photo et les couleurs, Roschdy Zem a dit s'être inspiré, entre autres, de Barry Lyndon.

 

En l'état, Chocolat ne raconte qu'une histoire très classique: un clown sur le retour trouve chez un jeune talent l'occasion de faire rebondir sa carrière. Mais son nouveau comparse connaît les excés de la gloire et devient trop ambitieux, jusqu'à se brûler les ailes. C'est du vu et revu, mais la différence réside dans le fait qu'il s'agit d'une histoire vraie. A ce moment-là, on pardonne ces facilités scénaristiques, on s'émeut du destin tragique du personnage principal qui n'est pas qu'un personnage de film mais une vraie personne ayant vraiment existé et ayant déjà vécu ça.

Mais tout le reste est d'un classicisme desespérant. Comme si le réalisateur savait que son sujet se suffisait à lui-même et qu'il n'y avait pas besoin d'en faire plus. Ou plutôt comme si toute recherche d'originalité ne ferait que nuire au discours du film.

Pourtant, tout n'est pas à jeter dans Chocolat, loin de là. Omar Sy donne vraiment du sien, quitte à laisser tous les personnages secondaires loin derrière. A commencer par James Thierrée qui incarne Footit son comparse. Malgré son talent, il souffre d'une écriture qui, à se vouloir mystérieuse, en devient superficielle et paresseuse.

Un autre bon point : l'image. La photographie est très soignée et donne un aspect "Big Fish" pas désagréable. Les costumes sont superbes et la reconstitution du Paris d'il y a plus de cent ans est un vrai régal pour les yeux.

Dommage que la mise en scène manque d'envergure et que quelques longueurs se fassent sentir dans la deuxième partie.

C'est quand il devient plus audacieux que le film surprend. Notamment vers la fin, sur une scène de théâtre pendant une représentation d'Othello.


Petite anecdote: James Thierrée est le petit-fils de Charlie Chaplin.

 

Mais au final, sans histoire vraie" soulignée encore une fois à la fin, le film n'a pas grand intérêt. Et c'est dommage pour le cinéma en général. C'est une bonne chose de vouloir représenter le réel via la fiction, de vouloir mettre l'accent sur des faits s'étant vraiment déroulés. Mais ce n'est pas la seule chose qu'on attend en allant voir un film. Il faut que le film se suffise à lui-même pour pouvoir être fort, sans avoir à côté une connaissance du matériau d'origine. C'est le même problème avec les adaptations de livre : le film doit faire oublier le média dont il est tiré. Il ne doit pas devenir un jeu des 7 différences pour spectateur averti. Et à en voir les critiques qui détaillent, et parfois regrettent, les libertés prises par Roschdy Zem avec l'histoire, Chocolat n'a pas su se défaire de son sujet d'origine.

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

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