4.5/10

Che - 2ème partie : Guerilla

Che : Guerilla est la chronique d'un échec. Echec de Che Guevara en Bolivie et échec de Soderbergh avec un film lent, brouillon et moyennement intéressant.

Rappel des faits. Soderbergh s'attelle à la réalisation d'un film sur une des figures marquantes du XXème siècle : Ernesto Guevara, dit Che Guevara. Apeuré par les éventuelles réactions du public, il décide de séparer son film en deux entités quasi-indépendantes : Che l'Argentin et Che Guerilla. La première partie nous montrait El Commandante dans la jungle cubaine tentant de rallier La Havane d'une part et le discours de Ernesto Guevara aux Nations Unies en 1964. La deuxième partie nous propulse dans le dernier combat du révolutionnaire dans la jungle bolivienne.

Chronique d'un échec

Je peux pas le béret!
Je peux pas le béret!
Le Che Guevara cubain est d'abord un médecin, marchant sur les pas de Fidel Castro puis prenant de plus en plus part à la guérilla, devenant même un chef, un guide pour la Révolution. Le Che des Nations Unies est un homme aux visions d'espoir pour une Amérique du Sud libérée du joug de l'impérialisme. Entre les deux, il sera membre du gouvernement cubain en tant que Ministre de l'Industrie. Après son discours devant les Nations Unies, il disparaît pendant quelques temps. Le 3 octobre 65, Fidel Castro lit une lettre du Che déclarant partir à l'étranger pour mener la Révolution. Il passera 7 mois au Congo avec une colonne de guérilleros cubains. Sa mission se solde par un échec qui ne l'échaude pas, puisqu'il tente à nouveau de mener la guérilla dans sa chère Amérique Latine, en Bolivie. C'est le début de Che Guérilla et aussi le début d'un échec retentissant pour El Commandante, comme pour Soderbergh. Ernesto Guevara se plante complètement en Bolivie, n'arrivant pas à rallier à sa cause les mouvements qui préfèrent tenter de renverser pacifiquement le gouvernement et n'obtenant pas l'aide nécessaire des paysans pourtant opprimés. Le contraste est saisissant entre les deux parties du film : les guérilleros boliviens ne combattent presque pas, et s'ils le font, ils essuient plus de pertes que le camp opposé. La population locale se méfie d'eux, les traitant de voleurs et de violeurs, et ne leur apportent donc pas la nourriture qui pourrait les faire survivre dans la jungle. Les traîtres et les déserteurs se multiplient, et Che Guevara semble toujours faire les mauvais choix. Cet échec total va se solder tout simplement par la capture et l'exécution du Révolutionnaire, donnant une des deux plus fameuses photos de Che Guevara.

Chésus

Ché la classe
Ché la classe
Sans doute Soderbergh a-t-il voulu nous faire ressentir le fiasco bolivien en montant un film dénué de rythme, et surtout assez obscur. Soderbergh vole de groupes de guérilleros en groupes de guérilléros, s'arrête un instant sur le gouvernement bolivien et filme Che Guevara qui marche entre les arbres, Che Guevara qui tousse, Che Guevara qui s'essoufle, Che Guevara qui lâche quelques vagues phrases, Che Guevara qui sépare les troupes de guérilleros et enfin Che Guevara qui s'inquiète des trop nombreux contacts avec l'extérieur. Ce Che Guevara-là devient presque christique, barbu comme un Sauveur du dimanche matin, mourant dans un fondu au blanc signifiant. Presque comme Gus Van Sant, Soderbergh semble prendre un malin plaisir à filmer l'ennui dans la jungle bolivienne, un ennui de temps à autres troublé par de remarquables moments de tension avec de longs plans fixes sur une traversée de gué, une embuscade. Et puis parfois passe à l'épaule, se lance sur les traces d'une voiture sur la Route de la Mort, tremblotant à la limite du rejet gastrique. Et surtout prend la place du Che au moment de son exécution, sans qu'on sache très bien pourquoi si ce n'est pour dégoûter une dernière fois le spectateur d'une réalisation si triste.

Caché
Caché
Comment expliquer la déception procurée par cette deuxième partie qui n'apporte franchement rien, à moins qu'une preuve que même Che Guevara est faillible. Etonnant non ? Le film de Soderbergh reste un portrait plutôt flatteur, ne montrant que les bons côtés, Ernesto médecin, Ernesto maître d'école, Ernesto chef de guerre, Ernesto le magnanime... Où est passé le Che Guevara déclarant que sa lutte est une lutte à mort ? Où est passé le commandant du tribunal révolutionnaire chargé de juger les dirigeants du régime de Batista ? Avec une première partie réussie, une deuxième inintéressante, Che laisse franchement le spectateur sur sa faim. Mais sans doute faut-il être indulgent avec Soderbergh car résumer une vie aussi remplie que celle de Che Guevara dans l'espace de 5 heures est un exploit impossible.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

1 commentaires

  • Veterini

    27/02/2009 à 16h42

    Répondre

    C’est une idée de maxime ça : « Ayez une vie de merde, on pourra faire un film d’une heure trente. »



    Donc oui, Le Che il aime bien ça la révolucion. Donc il se remet à gambader dans la jungle bolivienne. Et contrairement à la première partie, où on avait le droit à un précis politico géographique de Cuba façon dessous des cartes. Là on ne saura quasiment rien de la situation ; ce qui est bien dommage parce qu’autant je connaissais un peu l’histoire récente de Cuba, autant pour la Bolivie tout ce qui est antérieur à l’élection de Morales flotte dans le flou.

    On ne saura pas grand chose en dehors de ce que  le Che veut bien nous dire genre « Les enfants qui travaillent dans les mines c’est pas cool ! Revolucion ! »



    Forcément les gens sont vaguement dubitatif.



    Forcément, après, c’est dur de tenir la route, un conflit dont on ignore la majorité des enjeux (avoir de l’aspirine gratuite ? Les USA ne sont pas gentil ?), ça se ballade dans la jungle et puis c’est un peu tout. Pas d’aparté à NY pour varié un peu les choses, pas de monté en puissance. C’est qu’on s’emmerde un peu quand même.



    33/100



    Après, faudrait probablement plutôt les voir l’un après l’autre, vu séparément ça donne l’impression d’être une redite manquant d’inspiration. (D’un autre coté 4 heures d’affilé de Che qui se ballade dans la forêt je suis pas sûr que je tiendrais personnellement.)

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