7.5/10

Che - 1ère partie : L'Argentin

Dans cette première partie, Soderbergh dresse un portrait plutôt conciliant du plus célèbre des révolutionnaires en prenant soin de montrer son évolution et sa vision politique. Sympathique.

Aqui se queda la clara,
La entrañable tranparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara

Qui ne connaît pas Hasta Siempre me jette la première pierre ! Rassurez-vous, cette chanson n'apparaît pas dans le Che de Soderbergh. A moins qu'elle n'ait été réservée pour la deuxième partie. Car le projet du réalisateur américain (Erin Brockovich, seule contre tous, Ocean's eleven, Traffic...) ne pouvait apparemment pas sortir en un seul film de 4h sans être boudé par le public ; il est donc composé de deux parties, Che : l'Argentin et Che : Guerilla qui devrait sortir le 28 janvier prochain. Pour Che : l'Argentin, Soderbergh a choisi d'illustrer deux parties de la vie du célèbre révolutionnaire en les entremêlant de telle façon qu'il faut plusieurs dizaines de minutes pour rentrer dans le film, et commencer à l'apprécier. Les deux événements majeurs sur lesquels se base le film sont l'avancée du Che à travers la jungle cubaine en direction de La Havane et du pouvoir de Batista, à la fin des années 50, d'une part, et son voyage aux USA en 1964 en tant que représentant de Cuba aux Nations Unies d'autre part.

Le guérillero

Che une gross téléscope cha !
Che une gross téléscope cha !
Bizarrement, Che : l'Argentin se pose comme une suite presque logique de Carnets de voyage, autre film sur le Che prenant comme point de vue le premier voyage de Ernesto Guevara à travers l'Amérique du Sud en 1951. Après un deuxième voyage pan-America, Guevara rencontre, par l'intermédiaire d'un ami, Fidel Castro en 1955. C'est le point de départ de Che : l'Argentin : Guevara et Castro en train de parler révolution dans une cuisinette, des rêves de fou sans doute. On retrouve Ernesto Guevara plus tard au milieu de la jungle, s'appuyant sur des arbres ou sur son fusil avec un seul objectif : rejoindre son ami Fidel. Le futur Président de Cuba traverse l'écran et le film de temps à autre, juste à temps pour transmettre ses ordres et affections à un Che complètement sous l'emprise du chef de guerre cubain. C'est Fidel qui dresse les plans, Fidel encore qui donne les objectifs. Comme un Dieu étranger et lointain. Au contraire, Ernesto Guevara apparaît, dans cette première partie, terriblement humain, brisé par des quintes de toux et des crises d'asthme quotidiennes. Aux ordres de Castro, il est tour à tour médecin cantonné aux soins et aux rapatriements des blessés, chef du camp d'entraînement, chef de colonne. A chaque nouvelle rencontre avec Fidel, il prend du galon, et c'est du reste pendant ce voyage qu'il prendra ce fameux grade de Comandante. Dur avec les traîtres et les couards, tolérant envers les pauvres et les braves, Che Guevara prend de l'importance au fur et à mesure qu'il se rapproche de La Havane, et notamment de la ville de Santa Clara qu'il prend seul avec sa troupe de guérilleros. C'est dans ce parcours quasi-initiatique que se construit le personnage de révolutionnaire/guérillero de Che Guevara, comme Carnets de voyage représentait l'éveil à la politique de ce jeune médecin argentin.

Le théoricien

Che mon doigt
Che mon doigt
Si Soderbergh nous fait suivre Che Guevara dans l'enfer vert, en faisant couler ce sang rouge comme la Révolution, le réalisateur nous montre aussi le futur du guérillero par des intermèdes en noir et blanc, ressemblant à des images d'archive. C'est en 1964 que Ernesto Guevara fait un voyage aux Etats-Unis. Il est alors Ministre de l'Industrie et a posé les bases de son combat, notamment par la rédaction de La guerre de guerilla. C'est donc un véritable phénomène qui débarque dans le pays de l'Oncle Sam, dans le fief de cet impérialisme qu'il combat. Au cours de ce voyage, il donne plusieurs interviews mais surtout il fait un discours contre la politique étrangère américaine devant les Nations Unies. Ces brefs passages permettent de comprendre les raisons et idées qui dirigent El Comandante dans son combat révolutionnaire contre l'impérialisme américain. Le médecin asthmatique est ainsi devenu un brillant orateur remettant à leur place journalistes étatsuniens et dirigeants d'une Amérique Latine à la solde des Etats-Unis. Ainsi on assiste à la fois, à la création de ce personnage et à son aboutissement politique. Il n'en reste pas moins que, dans cette première partie, le tableau dressé par Soderbergh est plutôt flatteur pour Che Guevara. Les zones d'ombre potentielles sont occultées et seul le révolutionnaire forcé par les événements est dépeint. Mais peut-être Che : Guerilla apportera-t-il une vision moins idéalisée de Guevara ?

Toujours est-il que Che : l'Argentin est un film réussi, ne sombrant ni dans l'admiration béate, ni dans la critique pure et simple de celui qui reste un symbole de la Révolution cubaine, voire de la Révolution en général. Et un film réussi passe normalement par de bons acteurs : Benicio Del Toro s'en sort plutôt bien dans son rôle délicat. On arrive même à oublier les traits si caractéristiques de l'acteur pour se concentrer sur les actes de Che Guevara. Et à ce titre, il mérite son Prix d'Interprétation à Cannes.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

1 commentaires

  • Veterini

    17/01/2009 à 12h46

    Répondre

    C’est très jolie et bien réaliser ce Che.

    En gros on voit des gens se balader dans les jungles cubaines , de temps en temps ils attaquent des militaires ennemis, enfin deux ou trois fois en tout, et c’est rapide. La dernière demi-heure est sur la prise de "Santa Clara" et donne un climax efficace.




    Mais les marches dans la jungle ne sont pas franchement passionnantes, même si c’est en grande partie justifié par un parti pris réaliste. Quoique ce soit sans excès comme réalisme, probablement même beaucoup trop soft.


    Et bien sûr comme tout « bon » biopic le tout  est raconté en Flashback ; Ici de sa visite aux USA pour parler à l’O.N.U.



    Le film repose donc complètement sur son sujet, Le Che, Benicio Del Toro s’en sort bien (après ; moi, je l’ai jamais vu le Che alors j’en sais rien en fait). Mais ça reste tout de même superficiel, en dehors de quelque discours révolutionnaire et de ses activités militaires, on ne le voit pas faire grand chose. Y a le film de Salles pour ça me dira-t-on, mais c'est pas une excuse.



    42/67

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