7/10

Chasse à l'homme

Jean-Claude chez John Woo. C'est pas terrible mais ça pète bien.

"Que la paix soit sur le monde pour les cent mille ans qui viennent
Donnez-nous mille colombes à tous les soleils levants
Donnez-nous mille colombes et des millions d'hirondelles
Faites un jour que tous les hommes redeviennent des enfants"

- Mireille Matthieu

Question-piège, là tout de suite, au saut du lit : Chasse à l'homme est-il avant tout un film de Van Damme ou un film de John Woo ? Ni l'un ni l'autre en vérité. Pour faire simple, disons que le premier se porte caution du second, qui en échange le sauve du ridicule d'un scénario rincé. Les intentions de départs n'étaient pourtant pas mauvaises : Van Damme, en quête de réalisateurs poids-lourds, importe la fine-fleur de l'action hong-kongaise et John Woo passe par là. Malheureusement, si Ringo Lam est probablement ce qui est arrivé de mieux à Van Damme et si Tsui Hark n'en a comme d'habitude fait qu'à sa tête avant de repartir au pays avec une intégrité intacte, Chasse à l'homme, dont le héros s'apelle Chance, portera plutôt la poisse au symphoniste du gunfight, qui dès lors aura la tâche humiliante de devoir refaire ses preuves.

A l'inverse d'un Tsui Hark profitant de l'occasion pour expérimenter un maximum (Piège à Hong Kong et sa godasse en 3D), John Woo sort de ses valises tout ce qui fait son cinéma, qu'il avait de toute façon déjà poussé dans ses retranchements avec A toute épreuve (grosso modo, le film d'action ultime). Sombre héros de cette décalque moderne des Chasses du Comte Zaroff, Jean-Claude Van Damme est l'héritier de ses personnages hongkongais. Des personnages torturés, chevaleresques, pleins d'honneur, hérités du film d'arts martiaux ou des films de sabre. Le Nouveau Monde ne possédant pas cette tradition, John Woo emprunte à son patrimoine ce qui s'en rapproche le plus : le western. Et voila Van Damme, cheveux gras, long manteau, regard tourné vers l'horizon. L'univers se construit comme dans le vieil Hollywood : les méchants d'un côté, le cow-boy solitaire de l'autre, une femme au milieu, des fusillades et une chevauchée pour lier le tout.

Chasse à l'homme débute par une bonne surprise : Jean-Claude Van Damme commence à prendre de la bouteille. Physiquement, ça lui va bien. On pourrait même lui reconnaître un certain charisme au milieu d'un casting assez fade, où surnagent également Lance Henriksen (savoureux) et Arnold Vosloo (aussi). Côté John Woo, les choses se gâtent. Loin de la flamboyante noirceur de ses oeuvres passées, le cinéaste échoue à adapter son style et se caricature lui-même, en se rattachant tant bien que mal à ses tics les plus identifiables : fusillades stylisées, ralentis, petites colombes... Ceci posé, il faut reconnaître que le ratage est plutôt fun : il y a du rythme, les flingues vont toujours par deux et Jean-Claude, lorsqu'il ne nous fait pas le coup de la grenade dans le pantalon (yeah !), achève les sbires avec une sauvagerie assez attachante. Jugeant les balles de .45 peu efficaces, notre Belge préféré cueillera ainsi une pauvre âme d'un retourné bien placé, après l'avoir cloué sur place d'un feu nourri.

Voir Woo passer de Hard Boiled à Hard Target fut un choc pour tout le monde. Avec le recul, force est de constater que Chasse à l'homme conserve envers et contre tout une certaine patte, au regard du très impersonnel Broken Arrow, son film suivant. La chose digérée et en dépit de quelques scènes embarrassantes, on se prendrait même à considérer le film comme une sorte d'essai maladroit mais ludique, plaisir coupable qui a au moins le mérite de l'efficacité. Quand à Van Damme, il confirmait là sa volonté de pénétrer un cinéma d'action moins minimaliste que ses films de tatanes, ce qui ne pouvait que lui être profitable, même si sa carrière est depuis largement partie dans les choux. De Bruxelles, cela va de soi.

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