5.5/10

Casablanca Driver

Maurice Barthélémy, membre éminent des Robin des Bois, auteur, réalisateur, et principal interprète de Casablanca Driver, ou « l'histoire d'un type qui aurait dû rester inconnu ». En incombe à moi la lourde tâche de vous convaincre que la première réalisation du « petit avec pas beaucoup de cheveux » est loin d'être une nullité nullarde, mais bien un film d'auteur personnel qui se dote d'un certain charme même si celui-ci reste invisible pour beaucoup de gens. Ce qui se comprend d'une certaine façon, puisque Maurice n'a d'une certaine façon pas choisi la facilité : la parodie, presque pure et dure, d'un documentaire majeure du septième art, d'ailleurs récompensé d'un oscar en 1997, When We Were Kings. Ou tout du moins, il en reprend les codes et joue avec les comparaisons.

Personne ne le comprend, ni ne le prend au sérieux dans le monde de la boxe. Pourtant, en ce début des années 1970, Casblanca Driver, 12 défaites dont 12 avant la fin du temps réglementaire, est en passe de réaliser l'incroyable : affronter la grande star Jimmy La Renta dans un duel ultra médiatisé. L'issue du combat est a priori connue de tous : « Casa » va se faire démonter. Mais bientôt, la notoriété de Casa montant en flèche, le doute s'installe : et si...

Maurice n'a pas choisi de faire un film au sens premier du terme, mais de réaliser un documentaire parodique. La vie de Casablanca Driver, « le plus mauvais boxeur de tous les temps », il vit boxe, il pense boxe, il s'habille boxe, il parle boxe. Enfin, plutôt une espèce de mélange entre le français, l'anglais, l'espagnol, le portugais, et deux-trois autres langues encore indéterminées. Un personnage incompréhensible, niais, qui n'est pas sans rappeler certains anciens personnages incarnés par Maurice lors des fameux sketches des Robins. Le « petit » Maurice en profite d'ailleurs pour lui adjoindre son inénarrable science de la chute, dont il use et abuse tout au long du film jusqu'à plus soif. Vous comprendrez bien qu'il faut, à la base, ne pas être insensible à l'humour des Robins des Bois si l'on veut un tant soit peu apprécier ce film, et que même dans ce cas, la déception risque d'être présente. Fort heureusement, le film cultive un décalage documentaire / gags ineptes avec un sens aigu de la dérision, gonflé par une voix-off tout ce qu'il y a de plus sérieuse, même quand elle en arrive à nous dévoiler quelques pans de la vie (enfin surtout de la mort) du créateur du papier peint que couvre le salon des parents Driver. Parents adoptifs d'ailleurs incarnés par Chantal Lauby et Sam Karmann, qui ne sont que quelques exemples des têtes connus du film, citons la bande des Robins au complet, le trio Nuls au complet, Elie Seimoun, Tom Novembre, Christian Morin (!), Plastic Bertrand etc. N'oublions pas Dieudonné, le coach de Casa, lucide mais pas pour autant décourageant. Bref, du beau linge, pas tous utilisés à la hauteur de leurs talents, mais qui ont le mérite de croire en celui de Maurice. Ou tout du moins de le soutenir par leurs présences. Bref, pour l'humour, ce n'est pas gagné. Cependant, attention de ne pas mélanger tout et n'importe quoi. Car, si Maurice signe un film plutôt personnel qui n'a pas potentiel à attirer un grand nombre de personnes, ce n'est pas sa réalisation qui trahira ses intentions. Son documentaire ressemble en effet... à un véritable documentaire, jouant allègrement avec les scènes narratives avec images d'archives (genre les images de l'attentat perpétré contre Casa), les interviews diverses (les parents, l'entraîneur, la femme, le réparateur télé), et les moments plus filmiques (sortes de petits sketches greffés ici et là). Parfois en manque flagrant de rythme, l'absurde est ici le maître mot et donne un peu de ressort à une oeuvre pourtant carrée et intelligente dans sa construction.

Une première réalisation globalement « pas ratée », principalement techniquement, mais qui souffre un peu du même syndrome que RRRrrr : l'humour contestable des Robins des Bois. Maurice, maître de la chute, pose sa patte de comique particulier sur une oeuvre d'une absurdité interplanétaire et s'expose ainsi aux foudres des anti-Robins et des adeptes du bon sens. En soi, l'objectif est atteint : Casablanca Driver se démarque de ses congénères français.

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2 commentaires

  • Migou

    02/02/2005 à 00h52

    Répondre

    J'ai trouvé derrière l'humour "robin des bois" beaucoup de charme et une certaine finesse à ce film et même une certaine poésie décalée.
    Original et plutôt bien construit,

    j'ai le sentiments que plus les "Robins" sortent du bois plus il maturent et s'améliorent

  • schiste

    08/11/2005 à 05h06

    Répondre

    Todooooooooo matchhhhhhhhhhhhhhhhhhh!!!!!!!!!!!!!!!


    Bon, ce film est le genre de film qu'on peut dire "particulier"... Pourquoi?
    Parceque beaucoup de gens le trouveront "bof" et même parmis les fanas des Robins Des Bois.. C'est ce qu'on pourrait appeller un film/ documentaire humouristique de l'absurde. Pourquoi Absurde? Parceque simplement le film est absurde de A à Z. Mais il en est tellement absurde et bien réalisé que certains finiront par ne pas en rire, et à le trouver limite lourd. C'est du Barthelemy puissance 1000. et yé comprrend.

    Si l'humour des Robins est marginal, il en est tout de même accessible... Maurice Barthelemy signe ici son film, avec son humour ... et ca déménage (enfin ca déménage dans le sens ou ca tue bien que ce ne soit pas mortel, quoique certains le trouve mortel) Un humour piquant, fin, absurde et déroutant...

    Sé yé mé batté come oun sénior, La renta sé baté come oun pingouhin ... OUN PINGOUHIN!!!!

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