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Cars

Pilier de Pixar depuis sa création, John Lasseter porte l'amour de l'animation et des voitures depuis sa plus tendre enfance. En 1998, il discute déjà avec le scénariste Joe Ranft d'un projet réunissant les deux domaines, qui ne commencera que trois ans plus tard par une expédition sur la célèbre Route 66. Entre temps, Lasseter développe son histoire, ses désirs, notamment grâce à sa propre famille, avec qui il part en vacances sur les petites routes d'Amérique à bord d'un camping-car. Un retour sur soi-même, une leçon de vie, voilà ce qu'il obtiendra dans ce voyage, et ce qu'il donnera à ses héros de tôle et d'écrous...

Une grande première dans une finale de la Piston Cup : suite à un incroyable coup du sort, les trois favoris passent la ligne d'arrivée exactement dans le même temps. Incapable de les 59906.jpgdépartager, les organisateurs planifient une ultime course réservée aux trois concurrents, en Californie. Sur le chemin, en pleine nuit, le brave semi - remorque Mack s'assoupit, et abandonne Flash McQueen, l'impertinent « rookie », en pleine autoroute. Complètement paniqué, celui-ci se retrouve à Radiator Springs, au contact des locaux, loin des paillettes et de la célébrité...

Je l'avoue non sans en ressentir une certaine honte : j'ai douté. Oui, je le concède, la bande-annonce m'a plus ou moins laissé de marbre, ne m'inspirant guère plus qu'un relatif petit intérêt davantage dû aux exploits passés de la firme (Pixar) qu'une solide envie de me planter devant. Et je suis un dangereux récidiviste ! Un peu moins de deux ans avant cette ère (enfin ce mois de juin 2006), j'affirmais le même mécontentement envers un autre film d'animation : Les Indestructibles (le résultat, on le connaît tous). Mais cette fois-ci, le concept paraissait moins évident à avaler, faut dire. Oui, car d'habitude, les histoires racontées par Pixar s'amusaient à donner vie et/ou intelligence humaine à des « entités » qui en sont théoriquement dépourvues, dans un univers d'êtres humains « normaux » (les jouets, les insectes, les poissons, etc). Mais dans Cars, les voitures remplacent les êtres humains. Oui oui, vous avez bien lu. Attendez-vous alors à contempler d'immenses gradins remplis de véhicules occupés à faire la hola pendant qu'un autre véhicule déambule dans les allées en proposant des pare-soleils. Et ceci n'est qu'un exemple du caractère absurde de l'entreprise, idée germée d'un esprit malade (donc génial) et propulsée sur grand écran avec passion et humour.
Et malgré cet étrange petit décalage avec la réalité, il est incroyable de constater qu'une nouvelle fois dans l'histoire de l'animation, Pixar fait mouche avec une précision effroyablement ajustée. L'histoire n'est pas si différente des autres Disney : le film prône des valeurs d'amitié, d'introspection, à travers les aventures d'un arrogant petit bolide de course, Flash McQueen, dans la petite ville de Radiator Springs. Pour notre plaisir, il rencontrera les personnalités si atypiques de ce patelin asphyxié par les grands axes, comme Luigi, ce marchand de pneus italiens fan de Ferrari flanqué de son petit acolyte de chariot élévateur, ou Martin, cette sympathique dépanneuse toujours prête à se faire des amis. Si la vie à Radiator Springs est loin de l'effervescence indécollable de la vie de McQueen, la petite ville presque abandonnée lui donnera pourtant une leçon qu'il ne sera pas près d'oublier.

Si l'humour semble s'amoindrir au fur et à mesure des productions, il n'en est pas moins présent à chaque instant. Chaque élément, visuel et narratif, a été pensé dans ce sens, cohabite avec le message de Lasseter, qui exprime avec les moyens numériques modernes ce qu'il porte au fond de son coeur depuis des années. Sincère et naturel, le film provoque l'émotion, le sourire, le rire, parvient à amuser les petits comme les grands.
Modéliser des voitures n'est en outre pas aussi facile que l'on pourrait le croire, surtout si elles doivent plus ou moins réagir comme des êtres humains. Un pari pénible à relever, mais une nouvelle fois remporté avec brio par les animateurs de Pixar, insufflant vie et personnalité à de simples carrosseries par de subtiles déformations, sans pour autant dénuer leurs mouvements de crédibilité. La prouesse technique ne s'arrête pas là, puisque pratiquement chaque plan met en scène une ou plusieurs voitures soumises à la loi des reflets. Le résultat est bluffant, le travail phénoménal : pas moins de 3.000 ordinateurs, et une puissance de calcul quatre fois supérieure à celle des Indestructibles, ont été nécessaires à l'élaboration de Cars. Temps de calcul moyen d'une seule image du film : 17 heures. Glups.

Une perle technique (l'animation irréprochable, les somptueux environnements numériques) doublée d'une belle histoire pleine de sens. Une réussite exemplaire, comme à l'habitude de Pixar.

P.S. : Restez pendant le générique, ne serait-ce que pour découvrir Buzz l'Eclair sous la forme d'une voiture...

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1 commentaires

  • bertyone2046

    16/06/2006 à 11h30

    Répondre

    Je dois avouer que j'avais, moi aussi, été déçu à l'annonce du projet Cars. Après avoir exploré le monde des jouets, des animaux, des monstres ou encore des super héros c'était donc le tour des voitures de devenir les héroïnes d'un film Pixar. le problème pour moi c'est que j'adore ce que fait Pixar mais je n'ai aucune passion pour les voitures. Mais c'était oublié que Pixar est synonyme de magie. Outre le fait q'ils réussissent à hausser leur niveau de rendu 3D et de leur animation à chaque film, ils produisent des scénarios universels qui seraient sûrement capable de m'intéresser à la vie des haricots verts en boite. Tout ça pour direque j'ai vraiment accroché à cette histoire et à ses personnages. Bien sûr le thème du jeune fougueux qui va découvrir l'amour et la sagesse loin de ses repères et au contact d'un vieux sage et d'une belle jeune fille n'est pas original. C'est d'ailleurs le thème récurrent des premiers films de Tom Cruise. Mais il y a dans Cars une fraîcheur et un message humaniste vraiment bienvenus.
    Sans oublier un humour de chaque instant dénué du moindre cynisme. Et la touche d'émotion qu'il faut pour mouiller les yeux des plus sensibles.
    Vraiment une bonne surprise pour un film qui ne me tentait pas plus que ça.

    Seul petit bémol sur le fait que ce film Pixar est vraiment un film américain. J'entends par là que la situation géographique y est très importante et que du coup la musique suit le mouvement. Et là je suis moins enthousiaste. Mais cela ne gâche vraiment pas le plaisir.

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