7.5/10

Carnosaur

Nevada. Sous couvert d'inoffensives recherches sur la volaille, le Dr Tiptree, scientifique du petit complexe génétique d'Eunice, créée en réalité des animaux préhistoriques qui n'ont rien de braves poules pondeuses. Un jour l'une d'elle s'échappe, et entend bien faire de la population locale son quatre heure. Pendant ce temps, une mystérieuse fièvre sévie dans la région et les femmes infectées se mettent à pondre des oeufs quand elles ne sont pas directement éventrées par leurs progénitures. Ah, il y aussi un héros alcoolique, un shérif Noir et des écologistes militants.

1993. Steven Spielberg se frotte la barbe et arrange sa casquette : Jurassic Park est un triomphe. Un peu partout, le monde tombe dans une dinomania redoutable pour les mères de familles. Imaginez : dans les magasins, des troupeaux de Diplodocus, des hordes de Tyrannosaures Rex, des légions de Triceratops et au milieu de tout ça, le pire de tous, l'Homo Sapiens Sapiens, ici en version miniature qui clame à grands cris son Ptérodactyle articulé. Aux Etats-Unis, le phénomène est égal, bien qu'à une échelle plus vaste. "Foutrebouc", se dit Roger Corman dans son canapé, "ça serait bien le diable si on pouvait pas refourguer un film de dinos". Sitôt dit, sitôt fait...

Ah, sacré Roger Corman ! Tout ce qu'il avait à faire, c'est repomper Jurassic Park, mais c'est mal connaître le bonhomme : quitte à investir, autant injecter un peu d'Alien, une scientifique folle et bonne vielle une machination. Mis en boite par Adam Simon, fidèle réalisateur de l'écurie Corman, à qui l'on doit un Braindead en 1990 (à ne définitivement pas confondre avec celui de Peter Jackson), Carnosaur est un film bien étrange. Partant d'un prétexte à priori totalement foireux et à la limite de l'incompréhensible, Carnosaur s'avère pourtant être une furieuse série B bien violente. Car ça saigne, dans Carnosaur, et ça saigne même beaucoup. Quand une sorte de T Rex croisé avec de l'ADN de poulet (!) décide de bouffer quelques quidams, c'est avec élégance et raffinement : ça démembre, ça décapite, ça éventre et de préférence, en gros plan. Un bon point pour Adam Simon qui oublie l'ellipse et transforme son film en une boucherie potache, qui s'achève en une séquence dantesque et hautement dégoulinante, confrontant un Dinosaurus Furax avec une tractopelle !
Il faut toutefois avouer que dans ces scènes, le film ne pouvait décemment réussir avec un parti-pris de sérieux tant ses monstres sont ridicules. Les dinosaures, ou plutôt LE dinosaure, qui apparemment assure à lui tout seul la quasi-intégralité du casting saurien, se trouve être une grosse marionnette en caoutchouc bien raide qui attaque ses victimes en poussant d'hideux borborygmes. Cauchemardesque ! Incapable de se mesurer avec les Raptors de Spielberg, mais malgré tout, efficace quand il s'agit d'aller à la castagne, cette bestiole improbable donne aussi hilarante soit-elle un petit cachet années 60 qui n'est pas désagréable, effet accentué lors d'un passage en Stop Motion qui ne manque pas de charme. A noter que Corman, désireux de rentabiliser l'investissement, réutilisera sa marionnette pour Dinosaurs Island...

Partie de franche rigolade, Carnosaur n'en reste pas moins un film efficace à double tonalité. Car sortie des attaques de Craignos Monster et de ses réjouissantes effusions de sang, l'ensemble n'en reste pas moins extrêmement pessimiste, au point que la fin, totalement contre-pied, ne rappelle rien de moins que les meilleures années de Romero. On pourrait y voir une petite référence à la Nuit des Morts Vivants, voir à The Crazies. Dans ce climat incertain baigne également l'ambiance d'un Retour des Morts Vivants ou d'un Loup Garou de Londres, qui commencent avec le sourire et s'achèvent dans la douleur. Comme ceux-ci, le dénouement de Carnosaur reste en travers de la gorge. Corman et Simon ont réussi avec ce film une alchimie étrange, un long métrage mutant à la fois loufoque et sombre, lâchant au passage quelques considérations génético-philisopho-théologique bien senties.

Dans tout les cas, malgré ses effets spéciaux rudimentaires et son budget microscopique, Carnosaur peut se vanter d'être un petit classique du cinéma à peau grenue, pas toujours bien fichu, mais tellement sympathique. Le film se moque de ses handicaps et va au charbon quand il le faut, c'est bien tout ce qu'on lui demande. Si il peut au passage taper sur quelques institutions, et bien c'est encore mieux...

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3 commentaires

  • Veterini

    08/11/2004 à 13h06

    Répondre

    Encore une excellente critique Lestat, Je dois avouer cependant que ce film ne m'a laisser que des souvenirs fugitifs. Ce genre de film plus voué a l'hémoglobine qu'a l"hégémonie produit fréquemment chez moi ce genre d'effet.
    Comme on dit, du sang oui, mais bon sang, utiliser le avec bon sens.

    Cela dit le "un t-rex mélanger avec de l'ADN de poulet (!)" m'a sembler assez ironique, Dominque et moi nous insurgeons contre cette pantalolufable, cette méchanceté gratuite envers les gallinacés.
    AH ! Que Spielberg parle de Grenouille, de moustique bétement encrouter dans des arbres, et tout le monde crie au génie ! Je Nie en tout cas !
    En effet, des thèsessérieuse prouve que les galiacées et par l'occurence les poults, et autres volatiles on des rapports très étroit avec les dinosaure. Certe on peut imaginer que les relations de procréation et de descendance dinosaure/poulet puisse élargir les volatile, a une sphère plus répandu que les éléveurs de ces bêtes là.

    Mais je le dis, traiter les poulets avec respect ! Un jour ou l'autre qui sait si l'évolution ne changera pas de sens, et alors les poule-Rex risque d'avoir de mauvai souvenir de leur proporiètaire antropoide !

  • sondern

    09/11/2004 à 13h38

    Répondre

    Vous devriez alors sa suite : Carnosaur II

  • Lestat

    09/11/2004 à 13h43

    Répondre

    Je l'ai vu...^^
    C'est tout nul.

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