3.5/10

Carnosaur 2 : Espèce mutante

Parfois, le visionnage d'un film, ça tient à peu de chose. Pour Carnosaur 2, ce sera la jaquette : au recto, des petits Velociraptors qui gambadent joyeusement. Au verso, une citation :

" Carnosaur 2 est ce que Jurassic Park aurait dû être", par Chris Gore (!), de Film Threat Magazine.

Là on se dit logiquement que ce Monsieur Gore n'est pas un sot et que donc Carnosaur 2, suite à la fois inutile et hérétique d'un premier opus bien jouissif, doit déménager un minimum.

Carnosaur 2, plus connu sous le titre explicite d'Espèce Mutante est donc la suite qui ne s'imposait pas d'un film qui de surcroît terminait très mal. Sorti en 1995, Carnosaur 2, toujours produit par Roger Corman est cette fois réalisé par Louis Morneau, un habitué du Direct to Video, avec des films comme Aftershock Final Judgement (à vu de nez, ça parle de météorites) ou encore l'intéressant Hitcher 2. Pas un mauvais faiseur en soi, qui obtiendra en outre le Grand Prix du Public du Festival suédois du Film Fantastique. Une équipe à priori potable, une citation élogieuse, pas de surprises, Carnosaur 2 est un film qui effectivement renvoie Jurassic Park au rang d'aimable plaisanterie.

Partant sur la base d'un scénario subtile et vénéneux, Carnosaur 2 est un morceau de suspens nerveux et implacable, baigné dans des atmosphères qui sont autant de références directes au cinéma de Murnau ou de Bunuel. Casting haut en couleur et effets spéciaux de hautes volées caractérisent cette entreprise dont la petitesse du budget n'a d'égal que l'ingéniosité d'une équipe amoureuse du cinéma qui tient sans peine la dragée haute à la concurrence Hollywoodienne, de toute façon bien trop riche pour être honnête. Carnosaur 2 est resté plus de six mois à l'affiche des plus grands cinémas du monde. On raconte que depuis, Steven Spielberg est ruiné et n'ose plus sortir de chez lui, honteux de la raclée infligée par le tandem Corman/Morneau...

"Louis ? Houhou Louis ? réveilles-toi vieux ! "

Louis Morneau se réveille soudain et se frotte les yeux. Autour de lui, on tourne les dernières scènes de Carnosaur 2 : un T Rex fait mine de se battre contre un tracteur. Ou plutôt, une marionnette en caoutchouc se tient raide comme un piquet face à un chariot-élévateur à peine moins amorphe : Le technicien-animateur est parti fumer une clope. Tant pis, on fera pas plusieurs prises, des stock-shots du combat final du 1 feront le reste. De toutes façon, c'est à peu de choses prêt le même...

Oui il est bien loin le temps du film de mutants bien noir et bien saignant. Carnosaur 2 : Espèce Mutante est un gros nanar monté sur un scénario incompréhensible et fourre tout. Partie remettre en état une mine d'uranium, une équipe du Ministère de la Défense (???) se retrouvera tout à la fois entourée de dinosaures et les fesses sur des ogives nucléaires pas très stables (!!!). Pour couronner le tout, il s'avère que le commanditaire est en fait un affreux traître, un imbécile appuiera sur le bouton d'autodestruction et le seul moyen de quitter la mine est un hélicoptère qui se crashera lamentablement. C'est vraiment trop pas de chance. Ajoutez à cela des acteurs qui cabotinent comme des furieux, un doublage et des voix à se taper le croupion par terre et des bestioles encore plus lamentables que dans le premier Carnosaur et vous obtenez cette chose qui ne démériterait pas sur une chaîne hertzienne un vendredi soir. Comble de tout, et c'est sans doutes cela le plus grave, le film met une bonne heure à se mettre en place et se trouve fort avare en créatures et en scènes de tripaille, la plupart des attaques se déroulant hors champ. L'unique scène gore amène un peu de gaieté là dedans tout en frustrant terriblement. Un arrachage de bras suivi d'éventration fait toujours son petit effet, mais cela reste tout de même bien maigre. Davantage porté sur la charcuterie et en reprenant son aspect tragi-comique, Carnosaur 2 aurait pu se hisser au niveau de son prédécesseur sans trop de problèmes, d'autant plus que son univers à huis clos permettait quelque chose de bien paranoïaque.
Du reste, pas grand chose à se mettre sous la dent (héhé !), hormis quelques passages parfois assez amusants, comme le dinosaure qui bouffe une victime substituée en mannequin bien rigide ou encore le crash d'un hélico davantage sponsorisé par Joueclub que par l'Us Air Force. Dernier coup de grâce, une vilaine Happy End mal à propos qui transforme cette suite en affront.

Grosse déception donc pour Carnosaur 2 qui n'est même pas capable d'assouvir les bas instincts carnassiers de son spectateur. On s'y amuse assez peu, même pour un amateur de nanars, et l'ensemble ne se regarde que d'un oeil. Le combat final, bien fichu mais décalqué du premier épisode grappille toutefois quelques points et Louis Morneau n'est pas un manchot derrière sa caméra, ce qui sauve tout juste cette suite dont l'intérêt reste soumis à controverse. Quand à la citation, elle achève d'enfoncer le film en ne lui donnant même pas le mérite de l'humilité, et il n'y a rien de pire qu'un mauvais film prétentieux.

A noter que Corman ne s'est pas arrêté en si bon chemin, puisqu'il apporte quelques deniers à un Carnosaur 3 ainsi qu'à Raptor, soit un Carnosaur 4. Et oui, quelque chose a survécu...

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Magnolia

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