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Cannibal ferox

Gnap ! Gnap ! Gnap !

De tous les réalisateurs italiens s'étant essayés aux films de cannibales, Umberto Lenzi est sans doute celui qui a le plus de légitimité. Inspiré du "mondo", ces vrais-faux reportages comparant mode de vie moderne et moins civilisé, séquences chocs à l'appui, le film de cannibale italien ne prendra en effet son envol qu'en 1972, avec Cannibalis : Au Pays de l'Exorcisme. De Lenzi, donc, qui persévérera dans le genre à deux reprises avec la Secte des Cannibales et Cannibal Ferox. Ce dernier, véhicule opportuniste destiné à suivre le sillage de Cannibal Holocaust, n'est pas le film le plus grotesque d'Umberto Lenzi -cette dernière palme étant probablement détenue par l'inénarrable Avion de l'Apocalypse-, mais reste sûrement un de ses plus indéfendables, tant il s'emploie à repomper Deodato dans un but outrageusement lucratif. Le résultat de ce demi-plagiat, effarant catalogue de gratuités, a été interdit dans 31 pays, exploit recensé dans le très sérieux (hum) Guiness Book. Il n'en fallait pas plus pour que Cannibal Ferox devienne culte.

Enfin tout ça, c'était en 1981. Il faut reconnaître qu'aujourd'hui, Cannibal Ferox a tout d'un classique du bis un peu désuet que l'on regarde un peu penaud. Car Cannibal Ferox n'est tout de même pas bien folichon, avec ses séquences snuffs, ses mutilations sexuelles et ses séquences de cannibalisme qui s'entrechoquent au petit bonheur dans la narration éclatée du récit. Et il est bien difficile de rester de marbre face à une trépanation façon base-ball, un pénis découpé et mangé tout cru par un sauvage béat ou un pauvre homme que l'émasculation toute fraîche n'empêche pas de courir comme un lapin, sans oublier cet autre malchanceux dévoré par des Piranhas maladroitement filmés à travers un aquarium.

Ce qui sauve Cannibal Ferox, c'est paradoxalement sa vocation essentiellement commerciale. Que ce soit dans son scénario (il y en a un) ou son déroulement, Cannibal Ferox apparaît comme un film, certes douteux, mais ludique. Lenzi, qui connut son heure de gloire dans le polar transalpin, fait une rechute et dote ainsi sa cannibalerie d'un prologue urbain sur fond de règlement de compte. Une entrée en matière qui basculera ensuite dans le film d'aventure proprement dit et enfin, dans l'Enfer Vert. Cette variation des genres, qui permet une histoire beaucoup plus consistante que celle de Cannibal Holocaust, est un moteur pour Umberto Lenzi, qui n'aura de cesse de descendre du divertissement carré vers l'exploitation glauque. Au fur et à mesure que le film avance, il semble baisser d'un ton. La violence (snuff animalier mis à part) devient peu à peu plus dure, à mesure que les représentants de la civilisation retrouvent leurs instincts primaires. Dans le dernier acte, bouquet final de cette lente montée en puissance, la séquence mythique de Cannibal Ferox, celle qui est restées dans tous les esprits des spectateurs : Zora Kerova, pendue par la poitrine, d'énorme crochets passés en travers des seins, trépassant par étouffement au terme d'une scène particulièrement tordue. Là où, dans Cannibal Holocaust, le sublime thème de Riz Ortolani mettait le spectateur en porte à faux par rapport à l'horreur des images, la musique de Cannibal Ferox est particulièrement représentative de son approche frontale et quasiment dénuée de sous-texte. Un score implacable dont les accents dramatiques viennent hanter les oreilles aux moments les plus difficiles.

A la fois si proche et si éloigné de Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox est une sorte de film schizophrène, à la fois tentative, manquée ou réussie, de renouvellement d'un genre et exemple de point de non retour atteint par opportunisme. Une sorte de grand film raté qui dévoile soudain son potentiel dans un épilogue grinçant, où l'unique survivante de cette expédition de cauchemar, toujours traumatisée par son expérience, publie le fruit de son calvaire, une étude sur les tribus cannibales. Un travail qui lui vaudra sans doute un certaine reconnaissance. Mais une partie d'elle est restée là bas, en Amazonie. Ce qu'on lit dans ses yeux, c'est un souvenir qui la poursuivra jusqu'à la fin de ses jours...

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3 commentaires

  • iscarioth

    04/12/2006 à 20h28

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    Même si le film n'est pas rentré dans les annales, la scène de la pendaison par les seins reste l'une des plus marquantes du genre cannibale. Un film moins nanar qu'on le dit...

    T'as oublié de dédicacer ta critique à Zdenek, Lestat. On le sait friand de ce genre de réalisations

  • Anonyme

    02/07/2008 à 19h11

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    C'est assez spécial... Je trouve que c'est un peu défier le GRAND ET INCONTOURNABLE Cannibal Holocaust sauf que le réalisateur se casse un peu la gueule mais cela peut être sympa à regarder avec des potes le soir pour déconner...

  • Anonyme

    07/09/2008 à 12h12

    Répondre

    Et oui cela défis encore Cannibal Holocaust. Mais bon cela se laisse regarder. La pendaison par les seins, il fallait vraiment trouvé un scénariste un peu dérangé pour trouver un supplice pareil.C'est quand même pas mal.

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