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Candidat (Le)

Titillés par le souvenir de la tonitruante surprise des présidentielles 2002, les Français s'intéressent de près aux élections à venir cette année. L'occasion pour Karl Zéro de sortir un Sarko et Ségo sont dans un bateau, et pour le comédien Niels Arestrup de passer à la réalisation avec ce Candidat.

Michel Dedieu (Yvan Attal) a été choisi pour représenter son parti aux élections présidentielles, malgré son manque de charisme et d'enthousiasme. Coaché de façon intensive par ses conseillers, il va devoir affronter au second tour le favori Eric Carson, alors que la France est sur le point de s'engager dans une guerre meurtrière...

Partant sur la pente savonneuse de la politique, le film pourrait facilement se la jouer engagé, façon "la guerre c'est mal" ou "les politiques, tous pourris". Mais curieusement, malgré la sortie opportunément programmée moins de deux semaines avant les élections présidentielles, le Candidat s'avère très peu partisan. Difficile d'établir un rapprochement entre les personnages du film et les candidats dont nous suivons les péripéties au quotidien dans les médias. Le parti auquel appartient le personnage d'Yvan Attal n'est d'ailleurs jamais rattaché à un bord précis, et il est plutôt expliqué que la gauche comme la droite se rallient à un programme quasiment identique et dicté par des forces extérieures.

Outre ce constat semi-pessimiste, de quoi traite donc le film ? D'un homme tout simplement. Yvan Attal, un acteur dont la présence attachante et décalée transparaît même dans des bouses comme le Serpent ou Anthony Zimmer, incarne un homme poussé presque malgré lui à briguer une fonction dont l'importance le dispute à l'absurdité : Président de la République. Important, parce que - il le voit chaque jour - les yeux de la nation sont tous tournés vers lui avec insistance. Absurde parce que son parti le dépouille de la possibilité de choisir la moindre de ses paroles, la couleur même de sa cravate.
Niels Arestrup (qui incarne par ailleurs le massif président du parti) tente-t-il par là d'établir un postulat général sur la condition de l'homme politique, manipulé par son entourage et simplement capable d'ânonner les textes pré mâchés qu'on lui écrit ? Peut-être, car il démontre que si l'on n'a pas le goût du spectacle et du culte de soi, on ne trouve pas d'intérêt à briguer la fonction de chef de l'état. Mais le côté abstrait du récit tend plutôt à montrer l'évolution de Michel Dedieu à travers le carcan qu'on lui impose. De même que le lycéen ou l'étudiant peine à trouver sa place dans un système qui lui martèle des vérités générales qu'on lui demande d'intégrer, Dedieu se débat avec des phrases qui ne correspondent pas à sa conception de la vérité, se plie à des cérémonials qui ne sont pas les siens. Il lui faudra passer par une phase de rébellion avant de pouvoir faire ses propres choix et s'exprimer librement, débarrassé du poids des obligations qu'il se laissait imposer.

Le Candidat est donc plutôt conduit comme un récit intimiste, aux dialogues assez feutrés et aux décors minimalistes. On lui pardonnera quelques ficelles grossières dignes d'un téléfilm policier pour apprécier pleinement la tension des vingt dernières minutes, parfaitement amenées.
Sans doute pas un film qui restera dans les mémoires - la faute en partie à sa promotion quasi-inexistante, certainement pas un film prenant position dans le débat politique actuel (mais finalement ça repose), mais une vraie réflexion sur le rôle de l'homme (politique ou pas) dans la société actuelle.

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