7/10

Bubble

Un sobre Soderbergh

Ok monsieur Soderbergh, vous vouliez nous prouver qu'on peut faire du cinéma sans dépenser quelques millions en stars et effets spéciaux. Qu'une histoire simple et linéaire pouvait accrocher le spectateur autant que des scénarii tordus et à double lecture. Qu'une heure bien remplie en vaut largement autant que deux et demi de bavardage stérile. Que le fait que vous soyez le metteur en scène de blockbusters tels qu'Ocean's eleven, Traffic ne vous avait pas fait oublier que vous étiez en premier lieu en cinéaste "d'art et d'essais" : Sexe mensonge et vidéo vous valut la palme d'or de Cannes en 1989 (film tourné à 25 ans). Ok c'est plutôt réussi, mais je dois dire que ça a un léger parfum d'agaçant pour le commun des mortels.

Bienvenue dans le trou du cul du milieu des États-Unis. Une petite ville où la pauvreté est autant économique, qu'intellectuelle et affective. Les perspectives d'avenir y sont comme les industries du coin : elles baissent le rideau les unes après les autres. Kyle, un tout jeune adulte travaille avec Martha dans une usine de poupées. Ils sont amis, par défaut pourrait on dire. Une nouvelle employée, Rose, va venir bouleverser cet équilibre.

Bubble est un film fulgurant dans la forme et le fond : une petite heure et quart sans temps mort et une tempête cachée derrière une vie bien rangée. Avec très peu de moyens, Soderbergh arrive à traiter un nombre incroyable de thèmes. Il s'agit en fait d'une analyse impitoyable de la vie des États-Unis d'en bas : des multiples jobs qui assurent plus une survie qu'une vie en passant par l'absence totale de perspectives intellectuelles, sentimentales, c'est toute l'horreur de ces vies vides de sens qui est peinte. Le pinacle de l'horreur est atteint lors d'une conversation où Martha demande à Kyle ce qu'il va faire des 50 $ (40 €) de primes qu'ils vont toucher. Ils en parlent comme s'ils avaient gagné le jackpot d'Euro-millions.

Bubble est aussi une étude de moeurs particulièrement réussie. On y voit bien comment les relations sociales sont aux US formatées à l'extrêmes et finissent par ne plus correspondre en rien à la réalité. Les personnages, à part Rose semblent ne pas avoir de sentiments. Ils sont comme cadenassés dans des tournures de phrases, des formules de politesses : enfermés dans leurs vies comme dans leurs esprits. Pour moi c'est tout l'inverse d'Oskar Schindler qui rit fort, boit, trompe sa femme, bref affiche tous les vices du monde. Chacun son masque, chacun sa vérité...

Soderbergh passe avec brio son examen de sobriété. Je ne dirais pas que Bubble est un film culte. Il s'agit juste d'un bon film, bien fait. Il ne faut pas vous attendre à une révélation transcendante mais à un bon moment, et ce qui est assez rare au cinéma, un moment intelligent.

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