9/10

Bubba Ho-Tep

Don't Fuck with the King !

Si maintenant, tout de suite, je vous disais qu'Elvis Presley n'est pas mort. Que John Fitzgerald Kennedy, en plus d'être Noir, n'a pas été assassiné. Et que tout deux coulent leurs derniers jours dans une déprimante maison de retraite, rythmés par des repas immangeables, des digressions de comptoirs et des troubles de l'érection. Impensable, pensez-vous ? Et pourtant c'est bien le cas. Jusqu'au jour où une momie ancestrale sème la mort dans la bâtisse. Mais l'antiquité n'a qu'à bien se tenir : nos deux vieilles gloires ont sorti les déambulateurs et sont prêtes à lui botter les fesses !

On savait depuis Road to Graceland que le King n'était pas mort et n'avait fait que prendre un peu de bon temps en attendant l'ultime come-back. D'ailleurs, il est intéressant de regarder ce film de David Winkler, road-movie tragi-comique et décalé, avant ou après Bubba Ho-Tep, tant il pourrait en être une excellente préquelle. De 1998 à 2002, Bruce Campbell remplace Harvey Keitel, l'hospice les routes interminables de l'Ouest américain, mais les deux films semblent habités du même feu. A la différence que Road To Graceland était une petite histoire humaine, alors que Bubba Ho-Tep est une revanche camouflée sous les oripeaux d'une bisserie improbable. La revanche de deux papys ventripotents, qui soudain trouvent une raison de continuer à vivre, se découvrent une existence tournant autour d'autre chose qu'une paranoïa galopante ou qu'une excroissance au bout de la verge, et surtout, se découvrent une place dans le monde qu'ils avaient perdu sous le poids des rides. Bubba Ho-Tep est un film en demi-teinte, tout en nostalgie et alternant des plages comiques avec des instant bien plus graves. Le rythme est lent dans cette maison de retraite aux couleurs feutrées, posée sur un coin de verdure où l'on trépasse plus que l'on ne passe, où les dialogues impayables d'Elvis et JFK côtoient les interrogations douloureuses sur un probable cancer ou un statut d'oublié.

"La vieillesse est une Île entourée de Morts" - Juan Montalvo

Don Coscarelli est un réalisateur qui aime la Mort. Plus que l'aimer, il l'icônise, donnant au genre fantastique ce fabuleux personnage que le Tall Man de la tétralogie Phantasm. Un amour tendre du macabre qui n'est pas absent de Bubba Ho-Tep, où la Mort prend une beauté transfigurant des personnages déglingués, telle un ultime pied de nez où chacun retrouverait sa dignité voir son héroïsme dans le trépas, tel ce vieux cow boy, passant l'arme à gauche sans se débotter, faisant feu de toutes part avec ses revolvers en plastique. L'humour noir n'est pas exclue, véhiculé par deux croque-morts gaffeurs assez irrésistibles. Film complètement bicéphale, à cheval entre deux tonalités et jouant volontiers sur l'absurde, Bubba Ho-Tep acquiert une sorte de flottement, accentué par la voix off implacable d'un Elvis oubliant d'être une loque.

Réflexion subtile sur la vieillesse où débarque une momie suçant les âmes par l'anus, Bubba Ho-Tep est une sorte de miracle, alchimie parfaite d'un gros Z qu'un inconscient aurait oublier de rendre ridicule. Parsemé de passages destinés à devenir cultes -l'insulte hiéroglyphique de la Momie, la préparation au combat, le Kung Fu brinquebalant d'Elvis...- qui ne le deviendront probablement jamais, Bubba Ho-Tep semble débarquer d'on ne sait trop où, enfant terrible d'un réalisateur discret porté par deux stars qui ne le sont pas moins. Bruce Campbell, le Ash des Evil Dead, qui apporte tout son talent comique mais aussi dramatique à son personnage d'Elvis, soudain magnifié et rendu incandescent lors d'un flashback superbe revenant sur la genèse de l'histoire. Ce n'est ni plus ni moins que son meilleur rôle à ce jour. Face à lui, un acteur engagé, plutôt connu pour ses rôles au sein de la Blaxploitation, Ossie Davis. Presque ironiquement, il décèdera en 2005, jouant là un de ses derniers personnages, celui d'un homme un peu fou censé être mort. Un pas de deux extraordinaire à la démarche claudicante. Et comme toujours chez Coscarelli, c'est une musique étrange qui nous caresse les oreilles, mélancolique et douce, en phase parfaite avec le film.

Bubba Ho-Tep ne ressemble à rien de connu, un OVNI détraqué et étrange, camouflant son potentiel d'analyse sous des images d'une naïveté désarmante. On aura beau médire du cinéma fantastique actuel, Bubba Ho-Tep restera avec May et les délires de Rob Zombie parmi les perles à enfiler sur le cordon des années 2000, et par dessus tout, un membre de cette race de films étranges qui n'ont jamais les honneurs des encyclopédies, mais restent toujours quelque part dans une marge, tel un poil à gratter qui ne parvient pas à se faire oublier. Sorti en 2002 outre-Atlantique, Bubba Ho-Tep se sera évidemment fait attendre chez nous, obligeant le spectateur français à se rabattre sur un DVD anglais ou à attraper le film au cours de festivals locaux. Une sortie salle semble prévue, ce sera pour février 2006. L'occasion peut être de s'y plonger ou replonger, en attendant Bubba Nosferatu...

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15 commentaires

  • Castel

    24/02/2006 à 09h38

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    Ce message me fait plaisir : lorsque, sur une impulsion incontrôlée, je décidais d'aller voir ce film vendredi dernier, le site de cinéfil ne me donnait effectivement pour toute salle sur paris que l'UGC du forum des halles. J'y suis donc allé dimanche matin, sans trop me presser en misant sur l'anonymat dans lequel le film avait été plongé, et j'ai bien failli m'en mordre les doigts car la salle était presque comble !
    Comme quoi certains se plantent copieusement dans leurs prévisions. Ont-ils mésestimé l'effet Bruce Campbell ?

  • nazonfly

    24/02/2006 à 10h51

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    Dégoûté qu'il ne passe pas à Saint Etienne (ni à Lyon du reste), je me suis fait une petite comparaison :
    Les Bronzés : Sortie le 1er février. Encore 698 salles qui le diffusent
    Bubba Ho Tep : Sortie le 15 février. 13 salles le diffusent!!!

    Mais on nous avait déjà fait le coup avec Good Bye Lenin. Ce film était programmé par les Gaumont, il avait fait un mauvais démarrage à Paris et fut donc vite retiré des écrans. Alors que ce film est génial.

    Ce qui est embêtant avec Bubba Ho Tep c'est qu'il est trop "petit" pour être diffusé dans les UGC, Gaumont... et qu'il n'est pas assez "intello" pour être diffusé dans les cinémas d'Arts et d'Essais. Il y a toute une frange du cinéma qui ne peut pas se situer entre les deux (Sheitan par exemple sans Vincent Cassel aurait eu beaucoup beaucoup de mal à être diffusé, Calvaire l'année passée a eu une distribution honteuse, Rize aussi a été très mal diffusé au moins sur SaintE/Lyon).

  • Ceir

    24/02/2006 à 11h44

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    Je n'avais pas encore entendu parler de ce film.
    Mais puisqu'il passe à Caen le 8 mars, je vais essayer d'y aller.

  • naweug

    01/03/2006 à 13h51

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    moi j'ai refusé d'aller voir le film car justement il passe chez UGC à Paris.. les places sont trop chères (bon sauf le dimanche matin) et les salles moyennes.

    Et je ne suis pas vraiment d'accord quand on me sort que Mk2 et autres consorts ne l'ont pas voulu car ils soutiennent des films beaucoup plus commerciaux.. C'est n'importe quoi, surtout pour MK2 qui joue pas mal de films qu'on voit rarement ailleurs.
    C'est ce qui s'appelle du bon lobbying en marketing. J'attendrai le DVD, si jamais il sort (déjà que le film date de 2003.. il y a peut être aussi des raisons pour lesquelles personne n'a voulu le distribuer )

  • nazonfly

    01/03/2006 à 17h18

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    Guewan a dit :
    (déjà que le film date de 2003.. il y a peut être aussi des raisons pour lesquelles personne n'a voulu le distribuer )


    CF ma remarque plus haut.
    Un film non distribué n'est pas forcément mauvais (mon petit frère a vu Bubba Ho Tep en DVD en Angleterre et l'a plutôt bien apprécié. Ca vaut ce que ça vaut hein ).
    Chaque année il y a sûrement des dizaines et des dizaines de films mal distribués qui ne sont pas pour autant mauvais.
    Au contraire les mauvais films sont en général bien distribués

  • Lestat

    01/03/2006 à 17h55

    Répondre

    Moi ausi j'ai bien aimé

  • sven

    01/03/2006 à 20h07

    Répondre

    moi aussi, j'ai bien aimé

  • naweug

    07/03/2006 à 12h58

    Répondre

    Mais je n'ai pas dit qu'il était mauvais, je veux même le voir

  • gyzmo

    22/06/2006 à 08h58

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    La figurine Elvis est terrible, presque aussi inspirée que dans le film (que je n'ai pas trop aimé en fait, même si je suis fan de Campbell, certains dialogues et situtations sont un peu trop vulgaires à mon goût). Et je savais pas que ce Coscarelli était en plus le réa de la saga Phantasm et surtout de Dar l'Invincible. Quel talent !

  • phiiip

    02/10/2006 à 14h12

    Répondre

    je me suis bien marré devant ce film; je me demandais ce que pouvait être devenu Elvis, et dans quelle mesure il pourrait sauver le monde... ou bien se sauver lui-même... drôle, inventif, pas toujours très fin, c'ets un film à découvrir.

  • nazonfly

    01/04/2007 à 18h39

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    J'ai été bien déçu par Bubba Ho-Tep qu'on m'avait tant vanté ici et là. Certes l'idée que le King est encore vivant est marrante... deux minutes. Quelques bons passages (Man... that is one big bitch cockroach., la momie graffeuse...) se mélangent à de longs moments d'introspection elvisienne qui passent plutôt mal.
    Si l'humour noir est présent, ce n'est qu'à des touches homéopathiques.
    Heureusement ce cher Jack Kennedy arrive à sauver les meubles... juste à temps.
    Et pensez à protéger votre anus.

  • Anonyme

    17/05/2008 à 09h40

    Répondre

    Idem, j'ai vraiment pas adoré, un petit film sympa mais pas du tout la claque que j'espérai, on va me dire que je l'attendais trop, moi je dirai qu'il a été surestimé, c'est peut être un peu des deux.

  • Anonyme

    04/07/2008 à 00h40

    Répondre

    Ouhlala... ce film est une véritable catastrophe sans nom, ça n'a rien
    à voir avec de l'humour, ou alors vraiment je n'ai tout simplement pas
    du tout le même humour que les autres, mais en même temps, de la
    vulgarité gratuite sans intérêt peut difficilement être une forme
    d'humour et Bubba Ho-Tep le prouve bien, le scénario est certes peu
    banal je vous l'accorde, mais est d'aucun intérêt, vraiment ce film
    aura été une belle perte de temps (car on les sent passer ces 90
    minutes bon sang), et ce n'est pas très objectif mais je pense
    véritablement que ce film est destiné à un public un peu "simplet"...

  • riffhifi

    04/07/2008 à 00h53

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    en ce cas, beati pauperes spiritu

  • el viking

    15/09/2008 à 13h41

    Répondre

    exactement! certes, abonder en ce sens n'est guère flatteur pour moi, mais l'image du king vieillot accompagné d'un Kennedy noir en fauteuil roulant traquant une momie cow-boy suceuse d'anus, ben moi, ça me fait rire!!! (désolé pour le spoil...)


     

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