8/10

Bronson

L'histoire vraie du prisonnier le plus violent de Grande-Bretagne fournit la matière d'une expérience cinématographique peu commune. Tom Hardy habite son rôle de brute avec intensité.

Vanté par l'affiche comme le « Orange mécanique du XXIème siècle », Bronson est le sixième film du Danois Nicolas Winding Refn, réalisateur notamment de la trilogie Pusher. La passion de l'homme pour la violence ne fait pas de doute, restait à savoir de quelle façon il allait traiter l'histoire vraie du dénommé Bronson...

Charlie Bronson s'appelle en réalité Michael Peterson, ce qui n'est pas bien grave puisque l'acteur Charles Bronson s'appelait pour sa part Charles Buchinsky. Incarcéré depuis 1974, Peterson est connu pour être le détenu le plus violent d'Angleterre... Sa carrière hors des murs d'une prison consiste simplement en deux braquages minables, mais sa peine est constamment rallongée en raison des
"Vous savez où je vais vous
le mettre, mon panneau ?"
crimes qu'il commet en tant que prisonnier. En taule comme en hôpital psychiatrique, Charles Bronson est une terreur depuis 35 ans.

Il est facile de voir pourquoi la comparaison avec Orange mécanique, véritable tarte à la crème dès qu'il est question d'un film violent et potentiellement controversé, surgit dans le cas présent : musique classique utilisée comme contrepoint à la violence (ou comme catalyseur), univers carcéral... à ceci près que le héros est ici un fanatique de la prison, qui n'envisage pas de vivre ailleurs que dans ce milieu où il s'est bâti une identité. Pas vis-à-vis des autres, mais simplement pour lui-même, dans une démarche quasiment artistique qui dépasse l'entendement du commun des mortels. Présenté comme le narrateur de sa propre vie sur une scène de music-hall plongée dans une quasi-obscurité oppressante, Bronson fait figure de dangereux psychopathe à l'ambition unidimensionnelle : tataner tout ce qui ressemble de près ou de loin à une figure d'autorité. On pourra même trouver répétitives les séquences de pugilat qui l'opposent aux matons, reflétant le caractère obsessionnel du personnage.

Le rôle-titre est incarné par un Tom Hardy qui gagne à être connu : la densité de
"Arrêtez, je disais ça pour déconner !"
son jeu, qui fait passer à la fois le côté semi-neuneu, le besoin de violence et le semblant d'espièglerie de l'homme à la moustache, n'est pas sans évoquer un Robert De Niro de la grande époque. Comme lui, il sait faire passer la menace sourde d'une situation sans bouger un muscle, laissant présager une possible explosion de brutalité à tout moment. La réalisation est également à créditer pour cet effet, alternant avec talent les longs plans fixes contemplatifs et les échappées de violence libératrices, sur fond de Wagner ou de Pet Shop Boys. Le film est galvanisant, sans pour autant qu'on prenne parti pour le barjot qu'il met en scène, et renvoie en quelque sorte aux féroceries du Rob Zombie pré-Halloween : The Devil's rejects mettait également en scène un moustachu antipathique mais jusqu'au-boutiste, qui prônait une sorte d'hommage tordu à l'énergie de la vie.

Bronson ne prétend pas délivrer de message fondamental sur le sens de la vie, bien qu'on puisse y voir un rapport avec l'allégorie de la caverne chère à Platon : il s'agit plutôt d'une expérience viscérale, un cri de rage qui prend souvent la forme d'un rire, porté par une réalisation inventive et une interprétation bluffante.

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