4.5/10

Broken Flowers

Primé par le jury de Cannes 2005 (prix du jury) et encensé par la majorité des critiques, le dernier Jim Jarmusch, après entres autres Down by Law, Dead Man et Ghost Dog, La Voie Du Samouraï, appairait sur nos grands écrans avec une certaine attente. Et pour cause, ce Road-Movie enquête-sentimentale est doté d'un casting de qualité avec Julie Delpy, Sharon Stone, Jessica Lange, Chloë Sevigny et bien sûr le grand Bill Murray.

Dès le début, Jarmusch annonce la couleur avec une réalisation lente caractérisée par de multiples silences, des plans et scénettes plus ou moins utiles. Après presque un quart d'heure bien laborieux, Broken Flowers démarre réellement avec une scène (celle du portable) savoureusement comique entre Don Johnston (Bill Murray) et Winston (Jeffrey Wright). Dès lors, le long métrage va alterner de manière régulière entre des scènes doucement caustiques (avec trois des ex de Don), d'autres franchement drôles (comme ce sommet d'absurdité avec Carmen, la communicatrice animalière) et des transitions interminables. Sur ce dernier point, le film de Jarmusch énerve fortement. Avec une prétention évidente que seuls quelques réalisateurs pseudo-intellos qui ont fait leurs preuves (auprès de la critique) peuvent se permettre, le réalisateur américain se plaît à filmer les voyages de son héros sans réel esthétisme et avec une répétition rapidement lassante. Bien sûr, cela permet d'exprimer les doutes de Don et les efforts qu'il fait dans la recherche de son fils potentiel, mais quel ennui. Si l'on rajoute ces transitions (avec les trois tonnes de fondus en noir d'au moins 5 secondes à chaque fois) aux nombreuses petites scènes anecdotiques prétentieuses (la coupe de champagne...) et parfois franchement inutiles (les rêves), on pense parfois au récent Last Days de Gus Van Sant (même si rien n'atteint jamais la puissance d'un plan fixe de fougères de 30 secondes).
Sans surprises, la prestation de Bill Murray (Un Jour Sans Fin, Lost in Translation, La Vie Aquatique...) est excellente. Souvent sans dire un seul mot, l'acteur cinquantenaire parvient à transmettre des émotions allant du rire à l'émotion en passant par les doutes et surtout la solitude. Car s'il y a bien un point que Jarmusch a réussi à retranscrir, c'est l'isolement et la désorientation de cet homme désabusé qui se cherche un fils sans trop savoir pourquoi.

Après la vision de ce Broken Flowers, la première impression est celle d'une espèce d'arnaque. Le dernier Jarmusch est un film très lent où il ne se passe pas grand chose, partiellement sauvé par l'interprétation de son acteur principal et qui ne décolle malheureusement que lors de petites scènes tendres et amères avec les ex de Don. C'est un exercice de style prétentieux qui casse systématiquement tout rythme qu'il crée au bénéfice d'un ennui que certains trouveront génial. Et pourtant, avec moins de pertes de temps dans ses transitions et dans la démonstration de ses interrogations, le film aurait pû atteindre des sphères bien moins conventionnelles et suffisantes.

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Clean, shaven

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9 commentaires

  • Protos

    08/09/2005 à 00h50

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    J'ai bien aimé. Bill Muray, toujours aussi non-chalament génial, Sharon Stone toujours aussi palpitante, et tout ça malgrès l'age grisonnant.
    Ca file tout de même un coup de vieux de voir Bill les cheveux blancs, sans trucages. Bill Muray, c'est SOS Fantômes, Un jour sans fin, Lost in translation, La vie aquatique...
    Il joue ici sur le même registre que Lost in translation, à savoir une personne d'un certain age, perdu dans sa vie sentimentale, à la recherche de soi et de son passé. Pas de prétentions dans ce film, l'essentiel est dans les rencontres de ses anciennes amies qu'il n'avait plus revu depuis des lustres.

  • Protos

    08/09/2005 à 14h20

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    Ha, je ne suis pas d'accord, j'ai bien aimé Broken FLowers. Je n'y ai vu aucune prétention, les vols et séquences paysagistes sont là car il ne pourrait en être autrement, les acteurs jouent bien, sans prétention non plus, tout en simplicité et naturel. L'humour est présent, tout en finesse aussi, comme avec le personnage de Lolita. Il y a des surprises tout au long du film, et les rencontres se déroulent de façon imprévu, ce qui ne permet pas de nous en lasser. La dernière rencontre, avec le jeune voyageur végétarien, est aussi inoubliable.
    En tout cas, j'en garde un bon souvenir, et suis sorti avec le sourir.

  • Vincent.L

    08/09/2005 à 19h49

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    les vols et séquences paysagistes sont là car il ne pourrait en être autrement


    Bah si justement

  • Djak

    08/09/2005 à 20h53

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    c'est quoi l'histoire?

  • Protos

    08/09/2005 à 21h04

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    Alors, c'est l'histoire d'un mec, Don Jonston, tu vois...
    il est vieux, et toujours célibataire, le mec...
    ensuite le mec, tu vois, il reçoit une lettre lui disant qu'il a un fils qui va venir se pointer, le gars...
    alors le mec, tu vois, il est désapointé... alors avec son pot', au gars, il va chercher d'où viens cette lettre, en rencontrant ses anciennes amies.
    Wouaa, il a trop de la chance d'avoir Sharon Stone comme petite amie au fait.
    Toutes caractérielles d'ailleurs.
    L'une est rangeuse d'armoires professionnelle, l'autre est doc en communication animale, celle-là est BCBG malheureuse avec son mari stupide alors qu'elle était hyppie, et celle-ci est rockeuse anarchiste dans les montagnes sauvages.
    Bref, c'est l'histoire d'un mec... tu vois.

  • Kassad

    16/09/2005 à 21h28

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    C'est vrai moi aussi je trouve la critique un peu dure. Disons que Jarmush joue sur du velours, pour faire bref et brutal : ça pisse pas loin. Mais tout de même ça se laisse voir et est bien plaisant. Quelques passages sont bien vus. Comme une friandise ou une barre glacée quoi. Vite vu, vite oublié mais il reste un petit gout de frais, ça peut faire du bien entre quelques grosses machineries holywoodiennes.

  • Vincent.L

    17/09/2005 à 14h33

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    En même temps 4.5 c'est presque la moyenne non?

  • hiddenplace

    23/09/2005 à 22h34

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    Moi aussi, je désapprouve Je ne comprends pas trop la comparaison avec [i]Last Days (que pourtant j'avais aussi apprécié, mais dont je me souviens que tu avais été encore bien plus virulent!^^), car ici, on est quand même, malgré la lenteur, sur une réelle trame narrative, qui vaut ce qu'elle vaut...

    Le périple de Don n'est pas un cheminement intérieur (enfin si, mais pas de la même façon que le personnage de Last days), il rencontre de réels personnages secondaires qui l'aident à se poser des questions. Le rôle est taillé sur mesure pour Bill Murray vu qu'il ressemble à celui qu'il a endossé sur Lost in translation, en quelques sortes. Et je fais une ovation encore une fois à cet acteur qui retransmet avec brio le doute et le remise en question de la cinquantaine, en effet avec bien peu de mots.

    Mais dans Broken Flowers, on joue peut être plus sur le voyage physique, géographique, pour illustrer le cheminement intérieur (car si, c'est vrai qu'il y en a un, tout de même) de Don. Là où le personnage de Lost in translation[/i] stagnait dans un même endroit géographique (Tokyo) et s'évadait grâce un personnage lui aussi en stagnation, Don Johnston part en quète de réponses et de solutions; et à la rencontre de gens qui ont vécu des mutations (euh, pardonnez cette pas belle l'expression), des gens du passé qui ont évolué alors que lui n'a presque pas bougé.
    Bref, sans atteindre les sommets qu'a touché le film de Sofia Coppola, celui de Jim Jarmuch a ce petit charme modeste et divertissant, il questionne parfois, fait sourire souvent, et, je trouve, présente des ouvertures intéressantes qui tiennent en haleine et permettent de combler les petits défauts de l'ensemble:

    les différents éléments roses parsemés le long du film, qui font "avancer" l'enquète; les "ex" qui ont vieilli, et qui ont été dépeintes presque en caricature de ce à quoi Don a échappé; l'omniprésence du survet à rayures chez les jeunes hommes rencontrés, qui rappellent la jeunesse évanouie de Don Johnston et son envie de donner un sens à sa vie...

    Bref, je pense aussi que je ne cataloguerai pas ce film parmi les inoubliables, mais il m'a fait passé un très bon moment, et pour moi c'est amplement suffisant...

  • vivi.04

    27/09/2005 à 16h32

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    c est la premiere fois que je regarde un film et que je regrette d y etre allée. A croire que le réalisateur manquait d argent pour finir le film. La fin est certaine surpenante, mais totalement baclée.
    Les commentaires dans la salle de cinéma ne trompent " c est ca la fin....."

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