9/10

Braveheart

Freedom !

Braveheart, le film qui résonne comme la première réalisation de Mel Gibson. Eh bien non ! Introduisons cette critique par le démenti de cette fausse vérité. Mel Gibson n'a pas commencé sa carrière de « film-maker » par Braveheart mais par The man without a face, film qui a d'ailleurs fait un bide. Cet échec n'a pas discrédité Gibson pour autant puisque l'acteur est parvenu à réaliser un second projet, nécessitant un budget plutôt considérable (la facture s'élèvera à 53 millions).

Braveheart, un blockbuster aux milliers de figurants, une machine à spectacle hollywoodienne ? Oui et non. En tout cas, pas seulement. Indéniablement, Mel Gibson s'inspire de la désormais longue histoire hollywoodienne, dont il est issu et avec laquelle il a grandit. Braveheart rappelle de grandes fresques américaines épiques et historiques, comme Spartacus de Stanley Krubrick, par exemple. Il faut se le mettre en tête une bonne fois pour toute : Braveheart est à appréhender comme un film épique, genre qui a les défauts de ses qualités. Au centre de tout, un héros, William Wallace, interprété par Mel Gibson himself. Un héros tout ce qui a de plus héroïque : grand, beau, les yeux bleus, brave, courageux... Bref,
charismatique. William Wallace est à l'image du discours qu'il prononce devant son armée lors de la première bataille, discours qui a marqué tant il se retrouve sous diverses formes dans d'incalculables parodies. Un discours fort, libertaire, qui exhorte l'homme à trouver en lui la fierté d'exister. Mel Gibson l'a dit, sa volonté pour ce film a été de créer un héros grâce auquel les gens se sentiraient "émus et inspirés". Connaissant ce postulat de départ, inutile de partir à la recherche d'une quelconque véracité historique. Non, William Wallace n'avait certainement pas un aussi beau sourire, non, il n'était certainement pas un tendre humaniste avant l'heure, non, il n'était certainement pas un gentleman horrifié par la rapine, le viol et le meurtre.

La grandiloquence, l'émotion, l'exaltation du sentiment de liberté : toutes les composantes du film épique, qu'il faut saisir et apprécier. Braveheart excelle à l'exercice. On peut crier au secours à la vue du message véhiculé par Braveheart. On a pu lire l'extrême gauche saluer la réalisation comme un éloge du peuple en marche pour l'émancipation, contre la domination coloniale.... Comme on a vu l'extrême droite se féliciter du haut degré de patriotisme du film et de son message de lutte nationale. Une nouvelle preuve de l'étendue des perceptions humaines pour un même objet. Une chose est certaine : le message de Braveheart s'éloigne clairement de celui de The patriot qui, comme son nom l'indique, est bêtement patriotique. Avec ce film, malgré la multiplicité des sentiments abordés, c'est l'élan libertaire, largement teinté de romantisme, qui l'emporte. Un esprit marqué donc, qu'on peut associer à un sens du spectacle renouvelé, pour tenter d'expliquer le succès, tant public que critique, de Braveheart. Les scènes de bataille ont toujours marqué l'histoire du cinéma. Souvenez vous d'Alexandre Nevsky d'Einsenstein ou, plus récemment, d'Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Le champ de bataille, c'est non seulement le théâtre des émotions les plus insoutenables, mais aussi un véritable argument de spectacle, pour les films à gros budget.


On s'est habitué à voir défiler les films ne lésinant pas sur les costumes et les figurants. Là où Braveheart étonne et renouvelle complètement le genre, c'est dans la réalisation des scènes comme dans la nature des événements rapportés. La B.O. de James Horner est un véritable bijou. Très présente, la musique agit comme un métronome. Cornemuse, flûte et instruments à corde soutiennent brillamment les moments calmes et mélancoliques, les percussions massives interviennent ensuite pour tambouriner les passages d'action et de suspense. On se rappellera, à ce propos, la scène de charge de la cavalerie lourde anglaise, et ce fameux jeu de champ/contre-champ. Dans les scènes de bataille se déchaîne tout le génie créatif de Mel Gibson, aussi bon réalisateur que le personnage qu'il interprète était stratège. Les scènes de bataille sont chorégraphiées au millimètre, sans pour autant donner une quelconque impression d'esthétisme irréel. Décapités, démembrés, écrasés, éventrés, transpercés de toute part, les hommes tombent dans un énorme bain de sang, la caméra s'en retrouvant parfois même éclaboussée. Cette dureté est renforcée par le maquillage, les costumes et les décors naturels du film. Braveheart a été tourné en Irlande, dans des régions fort pluvieuses et brumeuses. Chaque acteur a été maquillé à la boue et à la crasse, et dans un souci de réalisme les dialogues ont été fortement teintés d'un accent nous plongeant dans l'écosse du 14ème siècle, un aspect qui passe forcément totalement à la trappe lorsque l'on visionne le film en VF.

Braveheart est un film mémorable, couronné de cinq Oscars dont ceux de la meilleure réalisation et du meilleur film. Un film impressionnant dont on se souvient pour son message, comme pour son esthétique et sa réalisation. On osera l'appeler, à nos risques et périls puisque la carrière du réalisateur semble loin d'être achevée, le chef d'oeuvre de Mel Gibson.

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Serpent (Le) - 2006

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10 commentaires

  • Anonyme

    15/01/2007 à 11h09

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    Bon je vais pas m'attarder sur ta critique car je pense que nous avons la même perception du film par contre je pense pas que beaucoup de "cinéphiles " pensent que braveheart est le premier film de Gibson, et l'homme sans visage n'est pas aussi mauvais qu'on veut le laisser croire, la faute à un public parfois intransigeant qui n'essayera pas de le revoir une deuxième fois.

  • iscarioth

    15/01/2007 à 11h15

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    J'ai pas dis que ce film était mauvais, juste qu'il a fait un bide, ce qu'on ne peut pas nier

  • Anonyme

    15/01/2007 à 11h28

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    Gallu a dit :
    J'ai pas dis que ce film était mauvais, juste qu'il a fait un bide, ce qu'on ne peut pas nier


    Ah non mais je te repproche rien, j'essaie de justifier le bide, sujet délicat traité avec un peu de maladresse et sur la forme, ça reste un drame avant d'être une sorte d'analyse sur sa personne...

    Mais je sais que tu n'est pas contre le film, moi je trouve que tout le monde l'ignore pour pas dire, ouai il a pas fait que braveheart.

    Moi j'adore Gibson mais tout a un commencement et son premier film a été carrément ignoré (enfin la je parle depuis Braveheart ) comme si il l'avait jamais fait et je trouve ça un peu minable...

  • gyzmo

    15/01/2007 à 12h05

    Répondre

    Bon divertissement. Bonne critique

    La mise en scène est maîtrisée, notamment pour rendre compte de l'intensité des batailles, points fort du film. A chaque fois que Braveheart repasse à la téloche, si je suis dispo, je suis devant ma tv, prêt à revoir ce grand spectacle (un peu larmoyant quelque fois), preuve pour moi qu'il reste percutant à long terme. Je n'en dirais pas autant pour L'Homme Sans Visage par contre, premier essai bourré de niaiseries (d'après MA perception, hein).

  • Anonyme

    15/01/2007 à 12h57

    Répondre

    gyzmo a dit :
    Bon divertissement. Bonne critique
    (d'après MA perception, hein).



    Ta peur que je t'agresse ??

    Non mais dis pourquoi tu le vois comme ça ???

    ça m'interesse

  • gyzmo

    15/01/2007 à 13h35

    Répondre

    Je soulignais juste que mon précédent post sur L'Homme Sans Visage n'était QUE mon avis, suivant ma petite perception personnelle à moi et à mes expériences de (télé)spectateurs (insondables, de toute manière), et que par conséquent, il était inutile qu'un internaute lambda (je n'ai visé personne, cela dit) perde son temps à me taxer de remarques ultra propice à l'échange et du type : "tu devais être saoul à la projection, c'est pas possible !", "t'as pas compris le sens caché du truc, je t'explique...", "tu dois pas souvent aller au ciné, un vrai cinéphile ne tiendrait pas ce genre de discours" , et ma préférée, généralement diffusée de manière implicite, "Moi : grand manitou du bon goût qu'il faut respecter, toi : petite crotte insignifiante que j'aime bien quand même" .

  • Anonyme

    15/01/2007 à 14h38

    Répondre

    Ben je suis daccord avec toi sur un point, il ny a pas grand chose à sauver du premier Gibson mais j'ai pas troucé ça complètement nul, je pense que oui le film regorge des questionnement intérieur de Gibson (rien que le coup du visag défiguré , c'est flagrant, mais je ne l'ai vu qu'une fois et je serai tenté de dire qu'il faut le voir au moin deux fois.

    Le problème est que depuis, Gibson a fait mieux et s'est nettement fait plus remarquer, donc du coup je pense que personne n'a tenté de vérifier si sa première oeuvre nécessitait plus d'attention ou si c'était vraiment un mélodrame à deux balles qu'il faut à tout prix oublier.

    Moi je pense surtout que Mel n'avait à ce moment pas les compétences pour livrer un film interessant, il n'a pas réussit à utiliser les bonnes méthodes pour raconter son histoire et ce qui aurait pu être un film psychologique est devenu par la fores des choses le mauvais film.

    j'avoue aussi qu'il faut que je calme mes ardeurs car j'ai un second degré un peu trop poussif ces temps ci !!!

  • gyzmo

    15/01/2007 à 15h16

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    Attention, je n'ai pas dit que [i]L'Homme Sans Visage était un mauvais film. Ce qui est niais n'est pas forcément râté, ça peut également être une ligne directrice, quelque chose de calculer, tout comme le cynisme dans une oeuvre n'est pas forcèment un signe de qualité, par exemple. Après, faut aimer ça, un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout. Mais ce que je disais était qu'en matière de bon goût, ce n'est pas très intéressant de savoir qui a tort, ou qui a raison. Par contre, avoir une large palette d'opinions diverses et variés sur un même objet, du plus sérieux au plus loufoque, ça c'est passionnant !

    En parlant de niaiserie, d'ailleurs, je trouve le gouffre entre L'Homme Sans Visage et Braveheart [/i](mais aussi La Passion et - apparemment - Apocalypto) assez significative. Gibson est un cinéaste (et acteur) qui a rarement fait dans la litote. Brut de décoffrage dans ses dernières productions, c'est marrant de constater que son premier métrage en est assez loin, tout en restant manichéen, autre caractéristique du Mel (pas subtil pour un sous, je trouve). D'où, peut-être, l'intérêt de voir ce petit film - bien niais - comme le témoignage d'un versant discret de sa personnalité d'Auteur. Ce qui contribut quelque part à "enrichir" son cinéma.

  • Anonyme

    15/01/2007 à 15h24

    Répondre

    Oui BraveHeart en est l'exemple le plus flagrant, c'est Brut, pas vraiment niais et c'est vrai que le contraste avec Son premier film est déboussolant.

    Mais j'avais pas pensé à ce que tu as souligne, c'est évident que son style lourd réussit plutôt aux fresques qu'au films intimistes.

    Pour la passion, je ne l'ai pas vu, mais les echos, les images et les critiques me laissent penser que bon ou mauvais, c'est un film intégre et je suis sur qu'il est interessant, faudra d'ailleur que je le regarde un de ces jours mais surement après apocalypto .

  • numeroVI

    16/01/2007 à 10h34

    Répondre

    ce qui est révélateur de l'homme sans visage, c'est le rapport de gibson à la chair et à la souffrance, sujet qu'il développera par la suite (j'ai l'impression d'avoir un collier de barbe et une pipe quand je parle comme ça )

    cela dit, j'ai trouvé le film très mauvais! (oui ce n'est aussi que MA perception).

    au contraire, bravehart est un chef d'oeuvre. je me souviens du chos lors des scenes de batailles, le fracas des armes, le sang (pour la 1ere fois, les types ne passent pas l'épée sous le bras de celui qu'ils embrochent!). quasiment la voie ouverte pour la scene de débarquement du soldat ryan.

    merci mel!

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