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Blueberry, l'expérience secrète

Blueberry in the Sky with Diamonds

En Amérique au 19ème siècle, quelque part à l'ouest. Blueberry, jeune Cajun au caractère impétueux, est envoyé chez son oncle afin de lui apprendre "la vie". Dit d'une autre façon, ses parents viennent de se débarrasser de lui. Harassé par un oncle (campé par un Tchéky Karyo méconnaissable) qui n'en finit plus en récriminations et baragouins vaguement injurieux, Blueberry décide d'aller prendre un peu de bon temps en ville. Eperons grinçants, saloon enfumé, gueules de redneck et mines avinées font de Blueberry un gamin ébahi devant ce spectacle qu'on appelle le far-west. Le sourire incrédule de Blueberry, c'est un peu le sourire du spectateur qui découvre ou plutôt redécouvre les joies du western... Et le sourire ne fait que s'élargir quand Blueberry rejoint les bras d'une jolie marie-couche-toi-là pleine d'attention. On se dit que tout va pour le mieux et que ça ne va sûrement pas durer car le Blueberry de Moebius a plus l'allure d'un desperado que d'un joli cul-terreux naïf.

Et effectivement le destin se rappelle à Blueberry en la personne de Wally Blount (ze Michael Madsen de Reservoir Dogs), à première vue salaud typique des films de western. Une rixe éclate, Blueberry s'enfuit dans le désert après avoir laissé sa bien-aimée et sa brute pour morts.

Recueilli par des indiens puis élevé selon les traditions indigènes, Blueberry reviendra à la civilisation un insigne de marshall sur la poitrine. Jusqu'au jour où il croise à nouveau le chemin de Wally la brute, chemin menant à une quête d'identité et à la protection d'un pouvoir sacré.

Une chose est sûre. Blueberry, l'expérience secrète ne plaira pas à tout le monde. Et les critiques pleuvent déjà. Le Nouvel Obs' consacre un western nouille à défaut d'un western spaghetti. Le mot est bien joli mais rendons à César ce qui est à César. Blueberry n'est pas en soi un western. L'action se déroule à l'époque mythique du far-west et on se retrouve donc avec les cowboys et indiens de notre enfance, pourtant l'influence 'Sergio Leone' est plus que discrète... quel intérêt d'ailleurs me direz-vous de refaire ce qui a déjà été très bien fait ?
En l'occurrence, Blueberry serait plutôt à chercher du côté d'un Twin Peaks version far-west (pour la trame générale) ou comment sauver le monde en se sauvant soi-même.

De même, les médias se sont bien reposés sur le côté "expérience chamanique" du film. Jan Kounen n'a pas caché les changements qu'ont provoqué ces pratiques sur sa vie et a fait le pari d'en retranscrire une partie pour son second film. Car Blueberry reste un gros coup de poker. Grosse production pour un film français vaguement western mais surtout introspectif, le bide aurait pu être au rendez-vous.

Alors que les choses soient claires : Blueberry, l'expérience secrète est techniquement bien maîtrisé. Les plans, la photo valent n'importe quel gros film made in Hollywood. Vincent Cassel campe un Blueberry tout à fait crédible et son jeu de "je te tiens tu me tiens" avec Juliette Lewis est suffisamment émoustillant. S'il est vrai que le film se cherche par moment, c'est par pur sacrifice au scénario. Et après un peu plus de deux heures de projection, on réussit à s'accrocher sans temps mort. Restent les voyages chamanistes (deux longues scènes) qui évidemment tranchent dans le rythme et dérouteront le spectateur, mais raccourcir ces scènes serait revenu à amputer de la même façon ce qui fait l'essence du film.  

Blueberry, l'expérience secrète est donc un très beau film qui demande un peu de recul pour plaire au spectateur. D'ailleurs j'aurais préféré ne pas voir la bande-annonce pour rester "vierge" face au film mais mettons qu'on n'a jamais rien sans rien. Au final, Blueberry est un western paisible saupoudré d'un peu d'action et qui a bien des chances de laisser sortir un spectateur apaisé et serein par un peu de magie grand écran.

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4 commentaires

  • nazonfly

    26/10/2007 à 10h30

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    Je copie un vieux truc que j'avais écrit ailleurs quand j'avais vu Blueberry au cinéma. 


    Comme beaucoup de personnes, semble-t-il, je ne connais pas la BD dont est originellement tiré Blueberry, et heureusement celà ne m'a pas fait défaut. Certes les fans ont dû (je pense) se retrouver perdus au milieu de ce pseudo western chamanique.

    Mais je pense que le but de ce film n'est justement pas de proposer une lecture conventionnelle du western, il y en a marre des indiens et des cowboys qui se tirent dessus. Blueberry aurait sûrement encensé la critique si celui-ci n'avait pas été une superproduction. Comme son titre l'indique, c'est une expérience. Et c'est celà que j'ai aimé dans Blueberry, c'est que c'est une expérience innovante, peut être inédite, en tout cas dans le monde des grosses productions.

    Je suis resté presque bouche bée devant ce film, en ayant eu l'impression de vivre quelque chose de fort, quelque chose que je ne comprends pas, mais parfois je préfère me laisser porter par l'ambiance et/ou l'esthétisme d'un film que suivre les chemins clairement tracés par le réalisateur.



    Et je rajoute ces quelques mots aujourd'hui :


    Je viens d'ailleurs de le revoir en DVD et me suis rematé le film avec les commentaires du réalisateur. Pour lui, c'est clair (il le dit d'ailleurs dans une sorte de préface au DVD), Blueberry se veut un film à part, un film qui ne fait pas appel à l'intellect mais à la sensibilité de chacun. En cela, le trip mystique, chamanique déconcertera la plus grande partie des spectateurs. Et le voir en DVD enlève beaucoup de puissance à ce trip.


    Pour répondre à CBL (qui de toute façon ne lira pas cette réponse), Jan Kounen n'a pas voulu citer le nom de Blueberry à cause de sa sortie internationale. Blueberry veut dire Myrtille et donc ça aurait été plutôt ridicule un marshall Myrtille. De la même façon, il dit clairement que le western n'est qu'une excuse et que le film aurait pu être fait à n'importe quelle époque, à condition que le chamanisme soit présent dans la culture filmée évidemment. 

  • riffhifi

    26/10/2007 à 10h56

    Répondre

    "Bien de chez nous" c'est discutable puisque tourné en anglais avec un casting métissé (Michael Madsen etc.)


    Navet je suis d'accord

  • Wax

    26/10/2007 à 11h08

    Répondre

    *mode QI d'huître /on*


    Vou conprné rien band de c**s. Allé fère votr film pr voir de koi vous ète kapabl!!!! lol


    *mode QI d'huître /off*


    N'empêche que j'avais bien aimé moi... au grand désarroi de mon entourage il est vrai.

  • gyzmo

    26/10/2007 à 14h13

    Répondre

    Puis bon, faut dire aussi, c'est du Kounen tout "crashé" : rien dans la tête, tout dans les muscles.

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