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Bloody Sunday

30 janvier 1972, à Derry en Irlande du Nord. Le député local Ivan Cooper prépare la grande marche pacifique qui doit rassembler le mouvement pour les droits civiques et, de ce fait, tous les catholiques de la ville. Entre les jeunes qui lanceraient bien quelques pierres sur les soldats anglais et l'IRA qui prône le recours à la force, pas évident d'éviter les débordements. Et l'histoire étant connue car authentique, la manifestation va se terminer dans l'horreur lorsque les officiers de sa gracieuse majesté vont tirer à balles réelles sur des civils.

Trivia

La tragédie du Bloody Sunday (« dimanche sanglant ») marque le début de la guerre civile en Irlande. L'objectif de l'armée britannique était d'arrêter 500 personnes (dont les meneurs et fauteurs de trouble connus) en exemple. A l'arrivée, treize civils ordinaires ont été froidement abattus, et quinze autres ont été blessés.

Le réalisateur Paul Greengrass est un ancien journaliste. En 1982, il fut le premier à interviewer les membres de l'IRA emprisonnés et grévistes de la faim. L'un d'entre eux, Raymond McCartney, s'était engagé dans la lutte armée clandestine au lendemain du Bloody Sunday auquel il avait pris part en tant que manifestant. Son témoignage a en quelque sorte poursuivi Paul Greengrass depuis.

Bloody Sunday est une coproduction anglaise ET irlandaise. Un symbole d'autant plus fort que la volonté de Paul Greengrass était de raconter la tragédie avec plusieurs points de vue différents.

La plupart des acteurs et figurants jouant dans le film sont des non professionnels ayant vécu de près ou de loin la tragédie. Certains des manifestants l'étaient déjà le 30 janvier 1972, d'autres ont perdu des membres de leurs familles ce jour-là et les soldats sont des anciens officiers britanniques ayant servi en Irlande du Nord. Point d'animosité sur le tournage cependant, puisque tous avaient envie de contribuer à ce « devoir de mémoire ».

Jim Sheridan, producteur de Bloody Sunday, est par ailleurs le réalisateur de Au nom du père et The Boxer.

La célèbre chanson de U2 également inspirée par le dimanche sanglant se retrouve dans une version live au générique de fin du film.

Bloody Sunday a reçu l'Ours d'Or au festival de Berlin 2002, ex-aequo avec Le Voyage de Chihiro. Un bon cru, donc.

Point de vue

Lorsqu'un cinéaste décide de raconter dans un film un événement historique de triste mémoire, il part avec un avantage certain. D'abord parce que toute la matière dramatique nécessaire au récit est là, préexiste au film, il n'y a donc plus qu'à la ramasser pour un faire un bon script. Ensuite parce qu'il est a priori toujours noble et louable de revenir sur ces sombres périodes où l'être humain oublie qu'il est différent des animaux, d'où complicité immédiate avec le public.

Pourtant, la puissance évocatrice du cinéma se retourne parfois contre ceux qui s'en servent. Le dimanche sanglant de Derry était un parfait terrain pour ralentis poignants et musiques larmoyantes interprétées par l'orchestre philharmonique de Sophia (enfin je dis Sophia, ça pourrait être Prague, mais là n'est pas le propos) saupoudrés par une exaltation hollywoodienne de l'héroïsme militaire ou des « martyrs » de l'IRA.

Or, dans Bloody Sunday, rien de tout cela. Juste des caméras qui filment façon documentaire, images granuleuses, secouées ou obstruées par un dos ou une épaule, au gré des événements. Et des fondus au noir pour passer d'une séquence à l'autre, avec une alternance des points de vue qui témoigne du souci d'objectivité émis par Paul Greengrass. Si l'armée britannique n'avait évidemment pas à tirer sur des civils, il n'était sans doute pas très malin de la part de certains manifestants de jeter des pierres sur les soldats un jour de marche pacifique.

En ancien journaliste, Greengrass sait exactement ce qu'il faut filmer pour donner tout son poids à ce « faux documentaire ». Et le résultat est là. Le spectateur sera tour à tour édifié ou ému quand il faut et pas à un autre moment. Et comme rien n'est romancé ou exagéré dans le film, difficile de reprocher quoi que ce soit à une telle maîtrise du sujet et à sa mise en image. Même si le prévisible Bloody Sunday de U2 vient faire la morale de manière insistante plusieurs minutes après la fin du générique.

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Visitor Q

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2 commentaires

  • tyler

    31/05/2006 à 23h42

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    30 Janvier 1972. C'est le jour qui restera gravé dans la mémoire de pas mal d'Irlandais. Ce fu tle jour du Bloody Sunday, le debut de la guerre civile, ce fut le jour ou le sang d'innocents coula...Pourtant ce jour ne devait pas etre se passer comme ca : ca aurait du etre le jour de la manifestation pour la defense des droits civiques. C'est ce que raconte le film "Bloody Sunday"

    [b]3 points de vues

    Pour raconter un film de faits historiques, il est difficile de rester objectif et surtout de se contenter d'un seul point de vue. Paul Greengrass l'a bien compris et nous raconte cette journée en 3 parties correspondant aux 3 camps presents ce jour la. On commence donc par Yvan Cooper, député local très apprécié et très connu de la population, et aussi organisateur d'une marche pacifique mais illégale aux yeux de la lois britanniques. On passe ensuite a un groupe de paramilitaires venus pour faire une grande rafle de meneurs Hooligans et aussi de meneurs de l'IRA. Ces petits gars ne sont venus que pour se faire des Irlandais et sont tres enervés a cause des pertes . On passe ensuite a Gerry, jeune hooligans, tout juste sortie de prison qui retrouve ses amis pour participer a la marche mais surtout pour créer une emeute contre la présence armée britannique.

    Retour dans Derry [/b]

    Pourquoi ce film est reussi ? Parce qu'il hyperrealiste. Par exemple, l'histoire evolue petit a petit, sans aucune indication temporelle ni geographique, par ce que nous voyons (le realisateur nous fait comprendre ou se situe les manifestants et les militaires grace a la carte des militaires britanniques) mais aussi parce que nous entendons. Les dialogues de ce film sont vraiment utiles pour comprendre le contexte des evenements et aussi pour ceomprendre la mentalités des protagonistes.

    Mais ce qui renforce cet aspect surrealiste, c'est l'absence totale de musique (sauf a la fin avec U2 je pense que vous aurez devinez la chanson dont il est question) ET la camera. La camera n'est jamais fixe.. en fait Bloody Sunday est realise par camera a l'epaule, ce qui fait qu'on a a l'impression que c'est un cameraman amateur qui filme. Et le moment ou vous "apprecierez" cette camera, ce sera pendant la phase de fusillade car vous n'aurez pas l'impression de voir Bloody Sunday mais d'etre dans Bloody Sunday, comme si vous filmiez les evenements en direct.

    Enfin, ce qui fait que Bloody Sunday est vraiment realiste, c'est la prestation des acteurs, et surtout de James Nesbitt (Yvan Cooper) dont la scene la plus dechirante est quand il annonce la mort aux familles dans l'hopital.. je rajouterai aussi celle ou il fait son communique de presse et qu'il est presque en larme. A savoir que parmi les figurants, il y avait des gens qui étaient la le 30 janvier 1972

    Que devons nous retirer de ce film ? A qui la faute ? La faute revient aux jeunes hooligans qui ne voulaient pas de manifestation pacifiques et aussi aux anglais qui avaient envoyes des paras remontés a blocs. En fait, le film montre que les Anglais sont les plus fautifs de cette journée : ils ont tirés des ballées réelles au lieu de balles en caoutchouc, ils ont tirés sur des innocents, ils ont mentis en disant avoir recu plusieurs tirs, ils n'ont pas respectés le cesse-le-feu, et surtout ils n'ont jamais été sanctionnés pour leur acte et pire, ils ont été remerciés par la Reine elle meme..

    Je conseille vivement ce film car on comprend vite que ce genre d'evenements peut se produire n'importe ou et n'importe quand. Il pose la question de savoir si une lutte pacifique est tout aussi efficace qu'une lutte armée. Je termine donc cette longue critique par les paroles a la fin du film :

    Yvan Cooper - Et je veux dire ceci a l'armée et au gouvernement... Vous savez ce que vous avez fait ? Vous avez aneanti tout l'avenir de notre mouvement. Et vous avez offert a l'IRA sa plus grande victoire de toute son histoire. Dans tout le ville ce soir, des hommes jeunes , des enfants s'appretent a rejoindre l'IRA. Vous subirez la tempete de leur colère .. Meci

    Un journaliste - Mr Cooper, qu'auriez vous a dire a ceux qui s'engageraient dans l'IRA ? Quel message auriez-vous pour eux ?

    Yvan Cooper - Je me sens pas en mesure de leur faire un quelconque preche ou sermon après aujourd'hui.

  • nazonfly

    01/06/2006 à 08h19

    Répondre

    La critique de camite

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