7.5/10

Blood Diamond

La guerre civile de la Sierra Leone démarre au début des années 90, par l'action sanglante d'un groupe armé baptisé Front Révolutionnaire Uni. Cette guerre, coûteuse en argent et en hommes, obligeait le FRU à s'approvisionner constamment en armes à feu. Le groupe trouva non seulement le financement nécessaire à son action par la prise de contrôle des zones diamantifères du pays, d'où était extrait un important gisement de diamants revendus au Libéria (qui à son tour exportait vers les pays occidentaux), mais aussi un vivier de soldats faciles à diriger au sein des villages ciblés par la guerre, par le biais de kidnapping d'enfants. Ces préadolescents, brutalement arrachés à leur famille et traumatisés, furent contraints de participer à de multiples meurtres et génocides, les enchaînant dans une spirale de violence qui les transforma en de parfaits petits hommes de main froids et inconscients.

« La mise au jour d'une ressource naturelle, diamants, or, caoutchouc, pétrole, etc, se solde presque toujours par des drames pour le pays où on la découvre [...] ». C'est ainsi qu'Edward Zwick présente la problématique de Blood Diamond, film à mi-chemin entre l'action explosive et le pamphlet un peu timide. Par le périple de deux âmes que tout (ou presque) sépare, il pointe du doigt la négligence des grandes corporations qui financent indirectement le terrorisme réactionnaire et provoquent des évènements tragiques dans les pays du tiers-monde. En quelques minutes, le décor est planté : Solomon Vandy (Djimon Hounsou), simple pêcheur Mende, est capturé par un groupe d'extrémistes africains pour travailler dans des mines de diamants ; Danny Archer (Leornardo DiCaprio), lui, est un mercenaire se faisant passer pour un revendeur d'armes. Le lien est tissé : le Front Révolutionnaire Uni, par ses méthodes esclavagistes, dispose de moyens financiers suffisants pour s'approvisionner en armes et faire régner la terreur parmi la population. Le message est simple, clair, mais ne se contente pas d'aborder le problème des « diamants de sang ». Il dénonce également le traitement infligé aux enfants par ces groupes terroristes organisés, qui n'hésitent pas un seul instant à recruter de force des préadolescents pour leur enseigner façon lavage de cerveau leurs principes et leur manière d'opérer (formation qui sera complétée par une approche brutale du monde des armes à feu).
Alors, Blood Diamond, film engagé ? Pas réellement. L'oeuvre, malgré son message fort, est avant tout un pur produit de divertissement où l'action conserve ses droits. Edward Zwick s'explique : « Je pense que la conscience politique peut être éveillée par une oeuvre de divertissement autant que par des discours. Rien ne nous interdit de traiter un thème provocant par le biais d'une histoire palpitante. En tant que réalisateur, je désire avant tout divertir, mais il est permis d'espérer faire bouger les choses en aidant les gens à prendre conscience des problèmes de notre temps. » L'intrigue tourne alors autour de deux personnages de pure fiction, aux destinées et aux objectifs très différents. Le premier, Danny Archer, voit le diamant rose comme la porte de sortie de l'Afrique et du monde instable qu'il côtoie chaque jour ; tandis que le second, Solomon Vandy, cherche avant tout à retrouver et sécuriser sa famille. Leurs motivations tourne donc autour d'un précieux caillou un peu plus petit qu'une balle de squash, légèrement rosie, mais d'une valeur absolument inestimable (que certains parviendront de toute façon à estimer). La route tracée jusqu'au diamant amènera douleurs, sacrifices, et effusions de sang, parabole évidemment volontaire à la problématique des diamants de sang.

C'est ainsi que d'un matériau puissant et profond, Edward Zwick extrait une histoire prenante qui durera plus de deux heures. La réalisation ne se verse jamais dans la prouesse acrobatique, mais se montre professionnelle jusqu'au bout de la pellicule, le minimum que l'on pouvait attendre du réalisateur de Glory (1989) et du Dernier Samouraï (2003), dans les scènes d'action comme dans les moments plus sages. La photographie est pour beaucoup dans la réussite du film, balancée entre couleurs chaudes et sèches, tout autant que la musique, pourtant discrète, qui emprunte généreusement aux sonorités africaines pour constituer une bande originale efficace et envoûtante. Un tableau qui ne serait pas très loin du chef-d'oeuvre, certes, si dans son désir d'être avant tout une oeuvre de divertissement, le film ne se laissait pas de temps en temps harponner par un scénario assez porté sur les clichés du cinéma d'action, l'exemple le plus probant étant cette faculté que le hasard affiche pour arranger les choses quand tout semble perdu (vous savez, cette petite période de quelques secondes où un héros est sur le point d'être assassiné et se retrouve sauvé par un évènement incontrôlable qui relève de la chance honteuse).
Pire, quelques scènes se paume dans le buddy-movie le plus primaire, reléguant Djimon Hounsou, pourtant personnage et matériau principal du film, au rang de faire-valoir de Leonardo DiCaprio. Ce dernier se paye également le luxe de participer à une romance en toc ciselée entre son personnage et une journaliste engagée et débrouillarde (interprétée par Jennifer Connelly), comme si une histoire ou même un héros masculin ne pouvait exister sans une petite larmichette sentimentale. Il suffira alors à Danny Archer d'alléger son coeur et sa conscience pour arracher un brin de compassion de la part de la scribouillarde et gagner à plus ou moins long terme ses faveurs.
Je râle, bien évidemment, sur les relations entre personnages, car il est difficile de constater ce genre d'imperfections quand un trio d'acteurs met autant de bonne volonté dans leur composition. Leonardo DiCaprio montre une nouvelle fois son aptitude à se saisir d'un personnage et à s'élever au-dessus des autres par sa présence et son jeu, tandis que Djimon Hounsou, malgré le peu d‘approfondissement qu'il suscite au cours du film, incarne à la quasi-perfection le désespoir d'un père de famille et, au dans une mesure plus large, d'un continent tout entier.

On ne peut s'empêcher de penser à Lord of War, même si le traitement se montre très différent. Blood Diamond est un parfait petit condensé de prise de conscience politique et d'action, mené par un trio d'acteurs bien dirigés et bien préparés, qui a le mérite de pouvoir être regardé aussi bien comme un divertissement que comme un petit pamphlet.

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21 commentaires

  • tyler

    09/02/2007 à 16h49

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    Tres impressionnant. J'aime beaucoup ce melange entre action et moral. Le message du film passe mieux.

    J'ai ete tres impressionné par Djimon Honsou et par Leonardo Dicaprio qui ont livrés une excellente interprétation.

    Je le recommande a plein de monde car il parle d'un sujet assez grave, les diamants de sang (ou de conflits) qui permettent encore les massacres en Afrique..

    Vraiment tres bien

  • rotko

    25/02/2007 à 09h12

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    LAfrique est mise à feu et à sang
    jai été très impressionné par les scènes de violence dans ce film. Elle surgissent avec une rapidité qui contraint les villageois à la fuite, et on voit ainsi lAfrique prise entre des troupes dorigines diverses, mais dont les comportements sont les mêmes.

    Particulièrement impressionnante cette peinture des enfants soldats, dont nous savons que le phénomène existe.
    On voit bien le continent africain « oublié de Dieu » comme le dit un personnage, exploité par les uns, rançonné par les autres. Léonora Miano dans son livre l'intérieur de la nuit avait bien montré à quel point les populations civiles sont vulnérables devant toutes les bandes armées.

    Cette histoire de diamant sert de prétexte à une vision de l'Afrique. Le film a des defauts, mais au regard de ce qu'il presente, faut pas chipoter.

  • Henry Letham

    26/02/2007 à 11h39

    Répondre

    Mouais, le coup du "ya un prétexte politically correct donc "pas touche"" cela ne marche pas trop chez moi... Surtout quand je le ressens dans ce sens (la fausse morale sert de bouclier pour le film (qui n'en a rien a cirer), et non l'inverse..).
    J'ai pour ma part surtout vu un nanard hollywodien (achevé par la V.F.) dans le plus mauvais sens du terme, avec tous les passages obligés caricaturaux à l'extrême (pour ne citer que l' "agonie" repentante du zentil-beau-fort-intelligent léooooo ou la consécration au plus haut niveau des instance mondiale du encore-plus-zentil-beau-intelligent-papa-noir-représentant-et-sauveur-des-pauvres-africains-exploités), où la grandiloquence et le ridicule détruise totalement la moindre émotion.
    Tout ceci ne relève évidement que d'un humble avis personnel.

  • rotko

    26/02/2007 à 13h15

    Répondre

    tu n'as pas tort sur cette fin artificielle qui rappelle les mauvais côtés de [b]la constance du jardinier.

    J'ai quand même apprécié ce tableau de l'afrique en proie au pillage et aux guerres civiles. Les attaques dont sont victimes les villageois, on les voit aussi dans le roman de leonora miano. A mon sens, elles sont bien rendues.

    je ne jette pas le bébé à cause de la sauce hollywoodienne.

    je te concède aussi que la journaliste est exaspérante !

    mais di caprio fait des progrès. Depuis les infiltrés[/b] il a pris des airs de nicholson, ce qui n'est pas si mal

  • weirdkorn

    26/02/2007 à 19h14

    Répondre

    Il a surtout pris du muscle.

    Pour ma part, j'ai vu un grand film hollywoodien avec des énormes moyens, de l'action, de l'émotion, de la dénonciation et un grand sens du spectacle. La première heure et demi est vraiment impresionnante et Blood Diamond restera comme un des films de l'année.

  • tyler

    26/02/2007 à 20h41

    Répondre

    Pour ma part, j'ai vu un grand film hollywoodien avec des énormes moyens, de l'action, de l'émotion, de la dénonciation et un grand sens du spectacle. La première heure et demi est vraiment impresionnante et Blood Diamond restera comme un des films de l'année.


    +1

    Je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui disent que le réalisateur n'en a rien a cirer de ce problème. Ce dernier a déclaré qu'il voulait que le film soit en meme temps divertissant et en meme temps engagé car il pensait que le message passerait mieux. Et franchement, je suis bien d'accord avec lui. Ne dit on pas que ce n'est qu'avec des fictions qu'on raconte le mieux des vérités ?

    Pour ma part, je suis aussi de plus en plus impressioné par Dicaprio depuis Attrape moi si tu peux. Et encore une fois, Djimoun Hounsoun m'a vraiment impressionné.

    On a beau critiquer le film mais ils ne sont pas nombreux les films qui parlent de l'afrique notamment des massacres et du recrutement des enfants soldats.

  • kou4k

    04/03/2007 à 16h35

    Répondre

    Engagé ou pas, la mise en scene et les acteurs sont bons... La BO aussi.
    C'est rythmé et bien cadré.

    On passe un bon moment, quoi.

    Bon, dicarpaccio n'est pas aussi impressionnant que dans aviator, mais son jeu est vraiment correct, même pour un rôle aussi bateau que celui-là.

  • rotko

    04/03/2007 à 19h29

    Répondre

    Sans compter que cette histoire de diamants en Afrique, c'est du réel
    cf wikipedia

    la plupart des diamants viennent dAfrique (62,1 % en 1999). Cette situation a été lorigine de plusieurs guerres comme celle du Sierra Leone, où les objectifs stratégiques étaient le contrôle des principaux gisements du pays pour financer le conflit.


    Le spectateur n'est donc pas, là non plus, roulé dans la farine.

  • just_jorel

    05/03/2007 à 17h26

    Répondre

    Je ne l'ai pas encore vu, en gros vous me le conseillez ou pas??

  • Nicolas

    05/03/2007 à 17h34

    Répondre

    just_jorel a dit :
    Je ne l'ai pas encore vu, en gros vous me le conseillez ou pas??


    Oui, si le style et le sujet t'intéressent un minimum...

  • just_jorel

    05/03/2007 à 17h45

    Répondre

    Bon je suis preneur, je avis me regarder dans la semaine, je dirais ce que j'en pense

  • kou4k

    09/03/2007 à 20h18

    Répondre

    Je viens de me (rerere)mater Lord Of War...

    Les deux films se complètent vraiment bien...
    Et on peut y déceler quelques allusions entre les deux traffics et leurs retombées dans les deux films.

    A voir à la suite, donc .

  • Anonyme

    21/03/2007 à 13h19

    Répondre

    je viens de voir le film et je suis èpaté

    Magnifique et Emouvant

    Meme si l'on ne s'interesse pas au sujet, ce film nous montre la realité de la guerre et nous amene a nous remettre en question par la suite...


    Je n'ai qu'une chose à dire: Allez voir ce film c'est un film magnifique

  • just_jorel

    22/03/2007 à 10h31

    Répondre

    Je me positionne pareil, du grand cinéma à avoir abslomunent

  • Xalcor

    28/03/2007 à 03h12

    Répondre

    Je dirais que Zwick a manqué le film de l'année pour environ dix petites minutes inutiles, les dix dernières. Il donne l'impression de dire "Bon, j'ai filmé pas mal d'action entre 1h30 et 1h50 de film, maintenant faut que tout finisse bien avec une jolie morale". Raté.
    Le film montre un sujet assez gerbant je pense, la fin est vraiment déplacée. Dommage.
    Mais je le conseille quand même. C'est rare de voir un film à grand budget aussi intéressant.

  • just_jorel

    28/03/2007 à 08h07

    Répondre

    Je suis pas trop d'accord avec toi. Quelle fin tu aurais vu?

  • Xalcor

    28/03/2007 à 20h48

    Répondre

    Juste une fin avec l'avion qui arrive, Djimon Hounsou et son fils qui s'en approchent, et Leo qui meurt apaisé. Pas besoin de morale un peu "trop", de réintroduire la journaliste, de punir tous les vilains diamantaires, de faire croire que les gouvernements s'en soucient...ça décrédibilise.

  • kou4k

    29/03/2007 à 18h33

    Répondre

    Ben ouais, mais faut bien une happy end nationale...

    C'est vrai que ca aurrait pu finir comme tu l'as dit... J'aurais également préféré.
    Ca aurait un petit coté dramatique et humain en plus, pas un élargissement mondial inutile et poussif.

    A la limite, un petit speech, ou un message genre "de nos jours, les diamants,...", ou un mot de la journaliste. Un peu à la manière de Lord Of War.

  • Xalcor

    29/03/2007 à 19h52

    Répondre

    Je crois que le message y est, je sais plus si c'est avant ou après le film par contre.
    Mais avec une telle fin, il perd quoi qu'il en soit beaucoup de la force qu'il accumule durant le film.

  • Anonyme

    27/09/2009 à 14h06

    Répondre

    Film très touchant ! Je le conseille vraiment !

  • Anonyme

    11/11/2010 à 15h06

    Répondre

    Mon film péféré , J'adore


     


    .. (: Les larmes au yeux ..

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