3.5/10

Blood & bones

La masse française a beau ignorer l'existence de Takeshi Kitano, le cinéaste japonais existe bel et bien aux yeux du cinéma, en tant qu'acteur et en tant que réalisateur. Habitué aux rôles plus légers (= comiques) concédés par la télévision japonaise, malgré un physique qui le prédestine à des rôles cinématographiques plus solides, il accepte dans Blood and Bones d'incarner le personnage principal, un monstre de violence et de cruauté, sous l'oeil inexpérimenté du réalisateur Yoichi Sai.

Au début du XXème siècle, le coréen Shunpei (Takeshi Kitano) rejoint le Japon en imaginant y faire fortune. Un but qu'il atteindra par la violence, imposant la terreur dans les esprits de sa femme, de ses enfants, de ses employés, et de toutes les personnes qu'il croisera dans sa vie...

Blood and Bones n'est pas réellement un film de psychologie ou de sociologie, comme l'on pourrait l'imaginer. Il fait partie d'une catégorie qui, à mes yeux, a tout pour être contestée par le malaise qu'elle procure et généralement par l'absence de pertinence de son propos. Car ici, le choc émotionnel provoqué n'est pas traduit des images, mais des actes en eux-mêmes. En somme, imaginez un type lambda ou presque, un coréen, d'une cruauté verbale et physique envers son entourage, sans une once de psychologie, de sens, ou de but dans sa recherche de la violence. Viols, bastons, insultes, pleurs, égocentrisme, recherche de pouvoir et d'argent. Un monstre à l'échelle humaine, dépeint sur plus de 140 minutes, où s'alternent hurlements, femmes battues, et décès. Le genre de film à ne pas s'empiffrer les soirs de morne moral. Le pire dans tout ça, est que cette bestialité est non seulement le sujet du film, mais aussi son prétendu intérêt. L'intrigue ne sortira pratiquement jamais de son quartier, ne montera jamais en puissance, pourra choquer à plusieurs reprises sans forcément faire prendre conscience de quelque chose. Juste le choc. Même le contexte historique, l'annexion de la Corée par le japon, passe au second plan en quelques minutes pour ne jamais vraiment reprendre le devant de la scène, considéré plus comme un élément de repère que comme un sujet ou niveau de lecture potentiel.

Un film d'une épaisseur incertaine, complètement porté par un Kitano d'une méprisable justesse. L'absence de sens et de synthétisme, la durée vraiment trop importante, grèvent un film déjà doté de peu d'intérêt, à moins d'avoir envie d'haïr quelqu'un pendant deux heures.

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1 commentaires

  • jizor

    02/08/2005 à 19h01

    Répondre

    Dans la critique de Nicolas, il est dommage de constater que l'auteur a complètement ignoré la violence de la société qui nous est décrite. Certes, le personnage central (humain malgré tout, fait "d'os et sang" comme nous) en concentre une bonne part, mais les rapports humains sont basés (ici plus qu'ailleurs) sur la domination.
    Il est également regrettable de lire des membres de phrase tels que : "labsence de pertinence de son propos" ou bien "pourra choquer à plusieurs reprises sans forcément faire prendre conscience de quelque chose", preuves pour moi que l'auteur de la critique a raté la majeure partie du contenu du film.
    Le héros est brutal, égoïste, buveur, il exploite ses ouvriers, devient usurier, mais il est attachant. Bête humaine dont l'humanité - justement - apparaît à quelques reprises et nous force à prendre de la distance avec les images de violence répétitive. Pour preuve cette scène d'une grande tendresse où le héros lave sa deuxième femme devenue grabataire à la suite d'une opération au cerveau. Quelle délicatesse, on serait tenté de dire quelle compassion, dans ces gestes où on le voit préparer l'eau du bain, la mettre à bonne température, puis prendre doucement cette femme et la laver avec douceur. L'image n'est pas sans rappeler dans sa composition une "piéta", avec ce corps de femme quasi squelettique et l'homme protecteur.
    Nicolas fait aussi l'impasse complète sur le contexte (guerre Japon/Corée) - qui, à dessein, nous est distillé - générateur de violence, d'incertitudes, de heurts (cf. cour de l'école), de nationalisme. Il ignore également tout l'héritage de l'éducation - coréenne ou japonaise - qui encore aujourd'hui entretient une société sans douceur pour employer un euphémisme... La liste des "oublis" pourrait être longue.
    Bref, mon avis sur ce film est complètement à l'opposé de la critique qui en est faite. Par petites touches faites de photos superbes, ordonnées, justes, les images nous emmènent dans une analyse pertinente de l'âme humaine et de ses dérives.

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